Dimanche 25 juillet 2021

Galerie

ART CONTEMPORAIN

La chevauchée wagnérienne d’Hermann Nitsch

Par Henri-François Debailleux · Le Journal des Arts

Le 23 juin 2021 - 671 mots

L’artiste autrichien, sulfureux dans les années 1960, n’a rien perdu de sa fougue créatrice, comme en atteste son exposition à la galerie RX.

Paris. Hermann Nitsch (né en 1938) aurait-il abandonné la violence de ses performances de la fin des années 1960, au moment de l’apogée de l’Actionnisme Viennois, mouvement dont il fut l’un des fondateurs avec Otto Muehl, Gunther Brus et Rudolf Schwarzkogler ? À première vue, les quatre tableaux de grand format (3 m x 2 m), de 2006 à 2009, présentés à l’occasion de sa troisième exposition à la galerie RX, pourraient le laisser penser. Or, à regarder ces huiles sur toile, non pas de près tant elles imposent du recul, mais plutôt avec attention, on s’aperçoit que l’artiste n’a rien perdu de la force de ses actions qui le voyaient intervenir notamment avec du sang et des intestins d’agneau, mais que cette intensité s’est déplacée et a changé de support.

On la retrouve, en effet, ici aussi bien dans l’intensité des couleurs (et notamment des rouges sang, justement) que dans la vigueur des gestes et mouvements, dans la façon très explosive, comme un surgissement, d’étaler la peinture sur la toile. Une intensité qui est également due à l’origine même de ses œuvres qu’il faut lire comme une avant-première, une introduction aux performances que l’artiste s’apprête à réaliser dans le cadre du Festival de Bayreuth, le 29 juillet, puis le 3 et le 19 août, comme l’indique le titre de cette sélection « Bayreuth Prélude ». « Elles sont ici montrées pour annoncer un moment très important pour Nitsch, le rêve de toute une vie devenu réalité », indique Denise Wendel-Poray, la commissaire de l’exposition, ainsi que de celle présentée parallèlement dans le nouvel espace de New York, qu’Éric Dereumaux, le galeriste, a inaugurée ce printemps à Chelsea. L’historienne a rencontré l’artiste une première fois en 2017 alors qu’elle rédigeait un livre sur les artistes qui ont fait des décors d’opéra. Elle lui a depuis souvent rendu visite dans le château de Prinzendorf, près de Vienne en Autriche, où Nitsch vit depuis 1971 et où il invitait le public pour ses actions.

Il faut se rappeler que le principe de « l’œuvre d’art totale » de Wagner a toujours été au centre de la vie du Viennois et de son œuvre notamment pour son Théâtre d’orgies et de mystères . C’est d’ailleurs à partir et autour de la Walkyrie que Nitsch travaillera cet été.

Ce n’est pas la première fois qu’il se penche sur ce registre. Il est déjà, par le passé, intervenu quatre fois sur des opéras en tant que metteur en scène et réalisateur d’actions : sur Hérodiade de Jules Massenet , Szenen aus Goethes Faust de Robert Schumann, Satyagraha de Philip Glass et Saint François d’Assise d’Olivier Messiaen.

Gestes d’un chef d’orchestre

Il ne faut pas non plus oublier que Nitsch lui-même est depuis toujours compositeur – musique atonale –, qu’il en a la précision et qu’il ne laisse jamais rien au hasard, à l’image des toiles ici accrochées. Derrière une apparente abstraction gestuelle et débridée, elles sont en effet parfaitement calculées comme si les mouvements fougueux dans les couleurs vives, qui témoignent une fois encore de l’engagement du corps, étaient l’illustration picturale des gestes d’un chef d’orchestre.

Entre 10 000 euros pour chacun des six dessins présentés évoquant des costumes de scène et 115 000 euros pour les toiles, ces prix sont accessibles pour un artiste historique à la longue carrière. Et ce d’autant plus qu’il s’agit d’œuvres rares puisqu’elles sont les dernières de cette série disponibles sur le marché. En effet, cela ne fait qu’une quinzaine d’années que Nitsch est à nouveau considéré comme un peintre (après avoir pratiqué cette discipline dès la fin des années 1950 et l’avoir reprise dans les années 1970), ce qu’a entériné sa rétrospective à l’Albertina Museum de Vienne en 2019. Sa cote est d’ailleurs en train de se réveiller, comme en témoignent ses deux récents records en ventes publiques, de 396 500 et 600 000 euros pour des toiles de 1960 et 1961.

Hermann Nitsch, Bayreuth Prélude,
jusqu’au 25 juillet, Galerie RX, 16, rue des Quatre Fils, 75003 Paris.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°570 du 25 juin 2021, avec le titre suivant : La chevauchée wagnérienne d’Hermann Nitsch

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