Jeune Pousse

Julien Crépieux, images « in & out »

Le Journal des Arts

Le 14 mars 2012 - 507 mots

La galerie parisienne Jérôme Poggi présente la première exposition personnelle du jeune artiste français.

PARIS - Julien Crépieux a 32 ans. Et à en croire la jeune génération de commissaires d’exposition, Yoann Gourmel et Élodie Royer en tête (commissaires invités au Plateau-Frac Île-de-France jusqu’en 2013) et son actualité récente (1), Julien Crépieux est un artiste à suivre. D’après son galeriste parisien Jérôme Poggi, « son travail est représentatif d’une nouvelle génération d’artistes qui détiennent une maîtrise technique et conceptuelle de leur œuvre, mais qui ne se limitent pas à un énoncé théorique, qui ont aussi une épaisseur poétique ». Repéré grâce à son travail vidéo, il tape aussi dans l’œil des collectionneurs Isabelle et Jean-Conrad Lemaître. Pourtant, pour sa première exposition monographique, qui a bénéficié de l’aide du Centre national des arts plastiques, il ne présente qu’un seul film, Sans titre (Spaceship Earth, 2011) : un plan-séquence d’une longueur irrévérencieuse qui enregistre le mouvement de la Terre et la courbe du Soleil en suivant l’ombre d’un poteau électrique plaqué au sol, sur une terre aride d’Arizona. En plein cœur de l’image, la silhouette brune s’étire et le paysage grandit, se révélant à mesure de la marche du temps. « Mes films ont un côté minimal et suivent un processus qui pourrait se résumer en une phrase, explique l’artiste diplômé de l’école supérieure des beaux-arts de Montpellier, mais c’est aussi l’expérience sensible que l’œuvre peut provoquer qui m’intéresse. »

Quel que soit le médium choisi, les images restent la matière première. Julien Crépieux les manipule, les arrache à leur source, les détache de leur circuit, brouille, dilue ou fragmente leur histoire.
Il interroge par des collages temporels ou narratifs leur statut, leur capacité de déplacement, leur fonction, leur tempo, leur potentialité. « Il questionne la notion du temps, résume Jérôme Poggi, le temps d’une image, son mouvement. » Comme dans la série récente « Up_and_Downloading » où il interrompt en pleine marche le téléchargement de photos pornographiques. En paralysant le flux informatique, il compose à partir de cette action des images infirmes, amputées, boiteuses mais paradoxalement très esthétiques, gommant leur nature obscène. « C’est presque un travail de photographe, relate l’artiste. Aujourd’hui on n’a plus besoin d’avoir un appareil photo pour faire une image. »

Dans Alice Opened Out, il colle les pages de l’Alice de Lewis Carroll à plat, créant une cartographie du conte, une image plane d’un livre, désorientant lecture et narration. À l’entrée de l’exposition, lisez « Rien ne bouge », une inscription dessinée en blanc sur rouge. Au sous-sol, son pendant lui répond Tout fout le camp, en rouge sur blanc. Une autre manière de déplacer le sens, des mots, des formes et des images. Prochaine étape : Loop, la foire vidéo prévue du 19 au 21 mai à Barcelone, où son galeriste présentera un ensemble de films de l’artiste.

Note :

(1) Julien Crépieux a exposé au Plateau-Frac Île-de-France à Paris, au Quartier, centre d’art contemporain de Quimper ; au Crac, centre régional d’art contemporain à Sète, à l’Espace d’Art concret à Mouans-Sartoux.

JULIEN CREPIEUX, RIEN NE BOUGE

Prix : de 500 à 11 500 €

Jusqu’au 24 mars, Galerie Jérôme Poggi, 115-117, rue La Fayette 75010 Paris, tél. 09 51 02 51 88, www.galerie poggi.com, du mardi au samedi 10h-19h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°365 du 16 mars 2012, avec le titre suivant : Julien Crépieux, images « in & out »

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