Bande dessinée

Hergé en apesanteur

Par Éléonore Thery · Le Journal des Arts

Le 7 décembre 2016 - 580 mots

Plus de 50 % du volume d’affaires des ventes de BD a été réalisé sur le seul nom d’Hergé, l’album «Â On a marché sur la Lune » en tête.

PARIS - À première vue, le marché de la bande dessinée semble avoir atteint la stratosphère. Tandis qu’Hergé est opportunément présenté au Grand Palais, à quelques encablures du triangle d’or des maisons de ventes, les vacations se multiplient et les montants à 7 chiffres tombent régulièrement. Artcurial, pionnière dans le domaine, se réjouissait cette saison de réaliser pour ses deux ventes 4,4 millions d’euros, un chiffre au-delà de son estimation. De son côté, Christie’s affichait un volume de ventes de 3,2 millions d’euros pour son unique vacation, qui mêlait BD et illustration. De façon significative, cette spécialité nouvelle, impulsée par le galeriste Daniel Maghen, dépassait même les montants obtenus dans la même maison cet automne pour la photographie.

La maison de ventes Fauve rejoignait pour la première fois le cénacle en proposant le 16 novembre une vente originale consacrée à Jacques Glénat et à l’histoire de sa maison d’édition. À nouveau, enchères millionnaires et records ont été enregistrés.

Les autres créateurs loin derrière Hergé
Le mythique album de Tintin On a marché sur la Lune était à l’honneur dans les deux grandes maisons de ventes. Seize ans avant que l’homme ne pose le pied sur la Lune, Hergé y propulsait les héros des aventures de Tintin. La superbe planche d’Artcurial issue de cet opus a été emportée pour 1,5 million d’euros, tandis que celle de Christie’s, où les personnages n’étaient pas dessinés, récoltait 602 500 euros.

À y regarder de près, seules les œuvres d’Hergé font de très beaux prix, laissant très loin derrière les autres créateurs. L’inventeur du reporter à la houpette cumule sur son nom plus de 50 % du montant global des trois ventes organisées. Chez Artcurial seule, ce chiffre se monte à 75 %. Le musée de Louvain-la-Neuve (Belgique) possédant une grande partie des planches du créateur belge, les planches en circulation restent rares et les acheteurs sont conduits à se reporter sur des produits dérivés. C’est le cas chez Artcurial avec cet ensemble de Cartes neiges, destinées à illustrer des cartes de vœux, dont l’un des exemplaires a été cédé 146 700 euros.

Chez Christie’s, la tintinophilie trouvait des limites : cinq planches ou illustrations signées Hergé n’ont pas trouvé preneur, dont une à nouveau issue de l’album On a marché sur la Lune et réalisée pour un puzzle. De beaux prix étaient par ailleurs réalisés par Jean-Pierre Gibrat, qui bénéficiait d’un opus à part, mais près de 40 % des lots restaient sur le carreau. De son côté, Fauve n’a pas rencontré le succès escompté : malgré un beau prix pour le fantastique Escalier de François Boucq, la maison a laissé 60 % de lots de côté. « La vente thématique nous a contraints à accepter beaucoup de lots, importants dans l’histoire de Glénat, mais estimés trop chers », concède Dimitri Joannidès, qui dirigeait la vente. Le succès est allé au « magalogue » de la vente, regorgeant d’éclairages et anecdotes, il a été vendu à plus d’un millier d’exemplaires.

Note

Estimations indiquées hors frais acheteur, résultats indiqués frais compris.

Artcurial
Bandes dessinées et L’univers d’Hergé, les 18 et 19 novembre

Estimation : 3,9 M€
Résultat : 4,4 M€
Nombre de lots vendus : 224 sur 330 (68 %)

Christie’s
Bandes dessinées et illustration, le 19 novembre


Estimation : 4 M€
Résultat : 3,2 M€
Nombre de lots vendus : 133 sur 210 (63 %)

Fauve
Glénat, histoire(s) d’un demi-siècle de bande dessinée, le 16 novembre


Estimation : 216 000 €
Résultat : 400 000 €
Nombre de lots vendus : 75 sur 188 (40 %)

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°469 du 9 décembre 2016, avec le titre suivant : Hergé en apesanteur

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