Vendredi 28 février 2020

Grigris funéraires de l’Égypte ancienne

Par Armelle Malvoisin · L'ŒIL

Le 17 février 2011 - 562 mots

Vendus 250 à 15 000 euros, les chaouabtis, ouchebtis et autres amulettes sont très appréciés des amateurs d’objets archéologiques égyptiens.

Retrouvés en quantité dans les tombeaux des rois et de la noblesse, les chaouabtis et ouchebtis sont très typiques de l’Égypte ancienne. Ils ont le plus souvent l’apparence d’un personnage momiforme, tenant les instruments aratoires rappelant leur fonction agricole dans l’au-delà. Leurs jambes sont ornées de hiéroglyphes représentant le chapitre VI du Livre des morts. Cette inscription mentionne également le nom, les titres et la filiation du défunt.
Ces statuettes valent de 3 000 à quelques dizaines de milliers d’euros, en fonction de leur taille (de 10 à 20 cm), de leur matériau, du rendu esthétique et du prestige du nom du défunt. La qualité du regard est importante : il ne faut pas qu’il louche. Les ouchebtis de Basse Époque sont appréciés pour leur finesse sculpturale. À condition qu’ils soient intacts, c’est-à-dire sans restauration, ces derniers se négocient autour de 15 000 euros.
Il existe des faux chaouabtis et ouchebtis. Pour ne pas se faire piéger, il faut s’adresser, les habitués de cette rubrique le savent bien, à de bons professionnels. Des incohérences stylistiques ainsi que des éléments techniques et hiéroglyphiques permettent d’identifier ces copies. « Une des erreurs des faussaires consiste à ajouter un pilier dorsal et une base à un chaouabti du Nouvel Empire, alors que ces éléments sculpturaux apparaissent seulement à la XXVIe dynastie », expose l’expert Christophe Kunicki.
Encore plus abordables sont les amulettes de l’ancienne Égypte, porte-bonheur très prisés pour démarrer une collection. Réalisées en terre émaillée, pierres précieuses, bois ou pâte de verre, elles prennent la forme de divers symboles, divinités et animaux, et mesurent en moyenne de 1 à 5 cm. Pour 250 euros, on peut s’offrir un petit scarabée de 2,5 cm en pierre du Nouvel Empire, portant des inscriptions hiéroglyphiques.
La préciosité des matériaux fait grimper les prix. Ainsi, pour un petit scarabée en or et améthyste, il faut compter 2 500 euros. Pour une amulette du dieu protecteur Bès en cornaline, cela peut monter à 4 000 euros. Les rares et grandes amulettes ( de 5 cm) en terre émaillée peuvent atteindre plus de 10 000 euros, si elles ont une très belle qualité plastique…

Questions à… Christophe Kunicki - Expert en archéologie, Paris

Qu’est-ce qu’un ouchebti ?
Les anciens Égyptiens imaginaient l’au-delà comme une campagne inspirée des marais du delta du Nil, dans laquelle ils s’adonnaient aux plaisirs en compagnie de leur famille, avec des contraintes essentiellement agricoles que les notables avaient du mal à accepter. Ainsi, dès la XIIe dynastie (vers 1800 avant J.-C.), leur trousseau funéraire fut enrichi de quelques statuettes momiformes, d’abord substituts de la momie puis serviteurs du défunt. Ces « corvéables » funéraires, dévolus aux tâches agricoles, furent d’abord appelés chaouabtis, terme probablement issu du mot chaouab désignant le bois de perséa dans lequel étaient réalisés les premiers exemplaires. Plus tard, à la XXIe dynastie (vers 970 avant J.-C.) et surtout à partir de la XXVIe dynastie (vers 660 avant J.-C.), l’appellation fut modifiée en ouchebti du verbe « répondre » en égyptien ancien. Le nombre de ces statuettes a considérablement évolué selon les époques : de un par tombe à l’origine, il atteindra plusieurs centaines – le nombre idéal était de 401, soit 365 pour chacun des jours de l’année commandés par 36 chefs dizeniers.

Les dieux protecteurs
Les amulettes font partie du trousseau funéraire. Elles étaient aussi destinées à être portées par les vivants, comme celle du dieu Bès, protecteur du foyer et des femmes en couches, sous la forme d’un nain grimaçant au corps difforme. Thot, représenté ici en homme à tête d’ibis, est le dieu de la science et de l’écriture, protecteur des scribes. D’une assez grande taille et en excellent état de conservation, cette amulette est exceptionnelle de qualité, d’une grande précision dans les détails anatomiques, de la coiffure et du vêtement. D’où son prix soutenu pour un objet miniature.

La cote des porte-bonheur
Parmi les amulettes les plus courantes, on trouve le scarabée dit « de cœur », symbole de résurrection ; le pilier Djed, incarnation de la colonne vertébrale du dieu Osiris qui est l’emblème de la stabilité et de la durée ; l’Ankh, croix ansée qui correspond à la représentation hiéroglyphique du mot « vie », symbole de vitalité et de prospérité ; ou encore l’œil Oudjat. Cette dernière amulette est la plus demandée des amateurs de grigris égyptiens. L’Oudjat est l’œil du faucon Horus, symbole d’intégrité. Cet œil fardé permet aussi de voir dans l’au-delà. Suivant ses dimensions, les matériaux utilisés et sa qualité esthétique, ce type d’amulette peut valoir de quelques centaines à quelques milliers d’euros.

Les statuettes en pierre
Les chaouabtis et ouchebtis sont réalisés dans des matériaux très variés : faïence, bois, bronze et pierre. Il existe un grand nombre de statuettes momiformes en faïence dans des nuances de bleu ou de vert. Ceux en pierre, plus rares, font partie des plus recherchés. Ils s’apparentent à des statues miniatures réunissant toutes les caractéristiques de l’art égyptien. Ils se négocient entre 10 000 et 50 000 euros, selon la qualité de la sculpture et de la gravure, leur dimension et l’importance du défunt. Celui-ci est un rare et bel exemplaire du prince Khâemouaset (1284-1224 avant J.-C.), quatrième fils de Ramsès II, nommé grand prêtre de Ptah de Memphis. Son tombeau a été découvert en 1852 par Mariette.

Rare chaouabti royal
À l’époque du Nouvel Empire (vers 1550-1069 av. J.-C.), les chaouabtis sont présents en petit nombre dans les tombes. Celui-ci est au nom du célèbre pharaon Ramsès II qui régna 67 ans, durant lesquels il fit construire de nombreux temples et palais. Sa tombe ayant été profanée à deux reprises dans la Vallée des Rois, sa momie fut transférée, sous le règne de Siamon (vers 978 à 959 avant J.-C.), dans la cachette de Deir el-Bahari qui ne sera découverte qu’en 1871. Très peu de chaouabtis de Ramsès II sont répertoriés. Et celui-ci reste le seul exemplaire complet donné avec certitude à Ramsès II. Sa provenance royale, sa rareté, son état de conservation et sa belle facture en font un des chaouabtis les plus chers du marché.

Galeries et maisons de ventes

Galerie l’Étoile d’Ishtar, 11, rue des Beaux-Arts, Paris VIe, tél. 01 46 33 83 55
Galerie Cybèle, 65 bis, rue Galande, Paris Ve, tél. 01 43 54 16 26
Galerie Gilgamesh, 9, rue de Verneuil, Paris VIIe, tél. 01 42 61 37 66
Maison de ventes Pierre Bergé & Associés, 12, rue Drouot, Paris IXe, tél. 01 49 49 90 00

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°633 du 1 mars 2011, avec le titre suivant : Grigris funéraires de l’Égypte ancienne

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