Féminité

Gette en jaune et noir

Par Henri-François Debailleux · Le Journal des Arts

Le 13 novembre 2013 - 502 mots

La galerie Jean Brolly expose des « Calcinations » historiques aux côtés de dessins et images vidéo explorant plusieurs nuances de jaune.

PARIS - L’exposition est intitulée « des Calcinations au jaune de Naples ». Comme le raccourci d’un long cheminement et d’un grand écart. Pour Paul-Armand Gette, qui s’est toujours défini comme un artiste promeneur, le parcours commence lorsque, après des études d’ingénieur chimiste à Lyon, il se souvient d’un voyage en Italie, à Naples, effectué enfant en compagnie de ses parents. Plus tard, au milieu des années 1950, son goût pour le volcanisme le mène à faire ses premiers pas en art et à réaliser ses « Calcinations », exposées pour la première fois en 1960. Le visiteur en découvre cinq à la galerie Jean Brolly, noires comme il se doit, à la fois sculptures et reliefs en papier,  papier imprégné d’oxyde de fer noir. Radicales, fortes, intemporelles et peu montrées. Les fondements sont posés : dès le départ, Gette emprunte au domaine scientifique son vocabulaire et sa méthodologie.

En 1989, l’artiste retourne à Naples. Invité par Jean Digne, alors directeur de l’Institut français, et encouragé par le critique Bernard Marcadé, Gette y présente une exposition, « Éloge du jaune de Naples et du volcanisme campanien ». Avec cette couleur, caractérisée par un large éventail de nuances, il commence à dessiner des pubis et quelquefois plus. Des monts volcaniques au mont de Vénus, ce n’est qu’une affaire de géométrie, de triangles inversés et de végétation. Il n’y a donc qu’un pas pour mettre le pubis en éruption. En amateur de failles et de fentes, de laves, de sucs et d’écoulements, de plis, de lisières et de frontières, Gette va s’en donner à cœur joie. Une aubaine en effet pour cet admirateur d’Alice, celle du pays des merveilles, d’Adèle son modèle et d’Aphrodite dont il fit un jour les chroniques. Certains de ces dessins sont ici accrochés. Et, l’artiste ayant toujours aimé les glissements, d’un terrain à un autre, d’un mot à un autre, d’une forme à une autre, il décline ses anciens papiers en de nouvelles propositions spécialement réalisées pour l’exposition.

Sur de larges formats, il a dessiné des trames au carré, qu’il a caressées de ce fameux jaune souvent peint au doigt. Un jaune qu’il décline dans la vitrine de la galerie, avec une installation vidéo intitulée Solidifications devant la brûlante humidité des Nymphes. Elle reprend la position d’un corps nu féminin, cadré sur le pubis, sur lequel, dans une précédente version, Gette avait jeté des pétales de roses roses. Là, il les a troqués pour des jaunes, qui frémissent sous les gouttes de rosée. Si le jaune le change du rose, cela ne l’empêche pas de jouer avec la rose, mais jaune cette fois. Une façon de rappeler que le jaune de Naples s’écarte du jaune soufre au jaune rosé. Quatre pierres volcaniques accompagnent l’écran avec, sur la première, le sacrifice d’une rose qui a perdu ses pétales sur ce qui semble être alors l’autel à la féminité.

Paul-Armand Gette, des Calcinations au Jaune de Naples,

jusqu’au 23 novembre, galerie Jean Brolly, 16, rue de Montmorency, 75003 Paris, tél. 01 42 78 88 02, Nombre d’œuvres : env. 25
Prix : de 5 000 à 70 000 €target="_blank">www.jeanbrolly.com
www.jeanbrolly.com, du mardi au samedi de 11h à 19h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°401 du 15 novembre 2013, avec le titre suivant : Gette en jaune et noir

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