Dimanche 22 juillet 2018

Géraldine Lenain, directrice du département des arts asiatiques chez Sotheby’s à Paris

«”¯Ce sont les Chinois qui font la cote des objets”¯»

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 1 août 2007 - 648 mots

Quel a été votre parcours avant de prendre la direction, en octobre 2006, du nouveau département parisien des arts asiatiques chez Sotheby’s ?
J’ai débuté dans cette spécialité il y a dix ans à Drouot, avec l’expert parisien Thierry Portier. J’ai travaillé quelques années pour Christie’s à New York en tant qu’expert en art japonais avant de m’installer en Chine en 2003. J’ai été le premier expert occidental à intégrer une maison de ventes chinoise, Guardian, à Pékin, en Chine populaire.

Quelles zones géographiques et quels domaines de collection couvre votre département ?
Nous couvrons toute l’Asie : Chine, Japon, Inde, Asie du Sud-Est. Mais nous nous intéressons principalement à l’art chinois. C’est le marché qui veut cela. Il y a une forte demande pour l’art chinois dans toute l’Asie et en Occident. Nous balayons toute l’histoire des arts asiatiques en nous arrêtant à l’art moderne. L’art contemporain asiatique est une spécialité dirigée par un département spécifique qui organise des ventes à New York et à Hongkong. À part cela, il n’y a aucune restriction quant au contenu des ventes parisiennes. Sauf que, pour l’art vietnamien, les plus importantes pièces partent à Singapour. Les beaux bronzes archaïques ont la faveur de New York tout comme la statuaire indienne, cambodgienne et d’Asie du Sud-Est.

Comment s’organise le marché de l’art en Chine ?
C’est un marché très récent même si la première vente de Sotheby’s à Hongkong remonte à 1973. La première vente publique par une maison chinoise (Guardian) n’a eu lieu qu’en 1991 à Pékin. Mais le marché chinois fonctionne en vase clos à cause d’une législation qui empêche la plupart des objets trouvés en Chine de sortir du pays.

Comment ce marché a-t-il évolué ces dernières années ?
Les acheteurs privés chinois ayant fait fortune sont de plus en plus nombreux et les musées privés pullulent. Les collections se forment très rapidement, en trois ou quatre ans. Il y a encore cinq ans, les Chinois achetaient un peu de tout à n’importe quel prix. Aujourd’hui, on peut parler de marché sélectif qui recherche de préférence des objets à la traçabilité sans faille. Le marché de l’art chinois classique tourne très vite. Cela a commencé avec la mode pour la porcelaine chinoise impériale marquée, puis pour les objets d’art impériaux marqués. À présent, il existe un engouement pour les cloisonnés. Dans l’art asiatique, ce sont les Chinois qui font la cote des objets. S’ils se désintéressent d’un domaine, les prix chutent.

Quelle est l’action de Sotheby’s en Chine ?
Nous organisons deux grandes sessions de ventes à Hongkong, en avril et octobre. Les chiffres de ventes des trois dernières années montrent un développement important. En 2004, nous avons adjugé 1 782 lots pour un peu plus d’un milliard de dollars de Hongkong (98,4 millions d’euros), une somme que nous avons quasiment doublée en 2006 avec 2 603 lots vendus. En 2007, sur la première moitié de l’année, nous en sommes à près de 100 millions d’euros pour 909 lots vendus. Nous avons ouvert une salle des ventes à Pékin il y a un an. Mais, la législation chinoise ne nous autorisant à vendre que des objets faits après 1949, nous offrons essentiellement de l’art contemporain chinois. Enfin, nous avons un bureau de représentation à Shanghaï.

Que proposez-vous pour la première vente d’art d’Asie à Paris chez Sotheby’s ?
Le 14 juin à Paris, nous avons réuni 182 lots provenant principalement de collections particulières françaises, sur une estimation globale de 2,5 millions d’euros. La pièce phare est un rare bol en porcelaine émaillé de la dynastie Qing, portant la marque impériale Yuzhi. Il est issu d’une collection privée japonaise et est estimé 150 000-200 000 euros. La vente inclura aussi un rare vase en bronze doré et émaux cloisonnés de la dynastie Ming, estimé modestement 150 000 à 200 000 euros ; une superbe sculpture Tang en grès gris représentant Bouddha, estimée 300 000 euros, ou encore une broderie impériale de la dynastie Qing en parfait état, ramenée du sac du palais d’Été en 1860, conservée dans la même famille depuis et estimée 30 000 euros.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°261 du 8 juin 2007, avec le titre suivant : Géraldine Lenain, directrice du département des arts asiatiques chez Sotheby’s à Paris

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