Londres

Frieze et le syndrome de la double voix

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 29 octobre 2013 - 726 mots

Alors que Frieze Masters a transformé l’essai, Frieze London se montre plus ordonnée mais guère palpitante.

LONDRES - Suspendue au plafond du stand baroque et un peu fou de Coll & Cortés (Londres, Madrid), où sculptures, objets et tableaux ont été surélevés sur des socles démesurés, une Vierge du Carmen de la fin du XVIIe s. a survolé le salon, y délivrant peut-être ses bienfaits. Car pour sa deuxième édition, Frieze Masters, qui s’est déroulée du 17 au 20 octobre, avait toujours belle allure, en offrant de naviguer dans une agréable et véritable diversité des modes d’expression et des époques, propice à sustenter des goûts divers avec des présentations de grande qualité pour la plupart. On y passait de la Renaissance et du baroque italien (Moretti Fine Art, Londres) au magnifique solo show du Japonais Kishio Suga chez Blum & Poe (Los Angeles), ou de l’art asiatique ancien (Sebastian Izzard, New York) à un formidable accrochage d’une dizaine de pièces de De Kooning chez Robert Mnuchin (New York), en passant par la découverte d’une Fuite en Égypte de Jean-Léon Gérôme (Jack Kilgore, New York).

Si la foire n’a pas souffert de son agrandissement, certains n’ont toutefois pas été particulièrement fins dans leur volonté de rapprocher les époques, ce qui est d’ores et déjà devenu l’une des marques de fabrique du salon, mais pourrait aisément se transformer en mauvaise habitude. Car tandis que Richard L. Feigen (New York) réussissait la juxtaposition d’un portrait de canard façon Rembrandt revisité par Peter Saul (The Rembrandt Duck, 1992) et un portrait du peintre flamand Philipp Peter Roos, d’autres faisaient montre d’un pur opportunisme commercial avec au final des effets ratés si ce n’est choquants. Comme chez Dickinson (Londres) accrochant sur le même mur une belle huile de Claude Lorrain et un collage de Hélio Oiticica, De Jonckheere (Paris) faisant très maladroitement voisiner de la peinture nordique du XVIIe s. avec de petites toiles de Lucio Fontana, ou encore la terrible et prétentieuse présentation de Bernheimer (Munich) mariant José de Ribera à Annie Leibovitz ! Avec une clientèle évaluée par certains à environ 60 % d’Européens, 30 % d’Américains et 10 % de nationalités diverses, le commerce n’y a pas faibli, au contraire. Chez Cheim & Read (New York), qui montrait Joan Mitchell, Man Ray et Lynda Benglis, Daniel Lechner déclarait que « le vernissage [s’était] beaucoup mieux passé que l’an dernier, avec des achats confirmés et la rencontre de nouveaux clients. Frieze Masters a trouvé le bon moment, la bonne place et la bonne manière de créer une nouvelle forme d’expression utile aux galeristes, collectionneurs, visiteurs, curateurs, en répondant au goût du marché pour des choses très fraîches avec de nombreuses découvertes et une véritable profondeur. »

Frieze London plus aérée
Au rayon frais justement, soit à Frieze London, de l’autre côté de Regent’s Park, l’ambiance était elle aussi relativement attentive, ce qui n’était pas pour déplaire, même si certains galeristes se montraient un peu impatients. « Nous travaillons mais tranquillement, relevait Daniela Zarate, directrice chez Kurimanzutto (Mexico). Les gens font le tour des stands avant de se décider. » Passée de 175 à 152 exposants, la foire a indéniablement gagné en clarté, avec des allées plus larges et de meilleures circulations. Surtout, nombre d’exposants ont poursuivi un mouvement engagé l’année dernière, en assagissant un peu leurs accrochages. Ce qui malheureusement ne constitue pas un gage de qualité, beaucoup se contentant de sortir des pièces, et pas forcément les meilleures, sans vraiment faire d’efforts dans la composition de leurs stands. Ainsi, entre autres, de Marian Goodman (New York, Paris), Max Hetzler (Berlin) ou Herald Street (Londres), offrant des accrochages sans passion de leurs artistes, finalement pas des plus engageants.
Certains avaient tout de même fait des efforts, comme Maccarone (New York), où un passage conçu par Oscar Tuazon donnait accès à l’intérieur du stand dans lequel étaient installées deux baraques avec des bars d’Alex Hubbard, ou l’élégante présentation de Fortes Vilaça (São Paulo) avec des photos de Mauro Restiffe et de belles sculptures en obsidienne de José Damasceno posées sur du feutre blanc.

Réagissant au caractère assez commun et commercial de beaucoup de présentations, un marchand persiflait : « Frieze a tellement vendu une image show off et paillettes que beaucoup n’y croient plus et font le service minimum. Il va lui falloir encore du temps pour s’en remettre ! » 

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°400 du 1 novembre 2013, avec le titre suivant : Frieze et le syndrome de la double voix

Tous les articles dans Marché

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque