Foire

FOIRES D’ART ANCIEN, MODERNE, CONTEMPORAIN

Frieze Art Fair, la qualité plébiscitée

Par Stéphane Renault · Le Journal des Arts

Le 18 octobre 2017 - 1112 mots

LONDRES / ROYAUME-UNI

Meilleures que les années précédentes, Frieze London et Frieze Masters ont séduit les collectionneurs internationaux, venus en nombre. Avec de fortes ventes à la clef.

Londres. Il faut que tout change pour que rien ne change. Une certaine appréhension planait sur cette édition post-Brexit, qui s’est tenue du 5 au 8 octobre. Dès l’ouverture aux VIP le 4 octobre, les marchands étaient rassurés. À Frieze London, axée sur l’art contemporain comme à Frieze Masters, sa jumelle vouée à l’art ancien et moderne, l’ambiance était à la confiance sous les tentes blanches installées au milieu des frondaisons automnales de Regent’s Park. Les collectionneurs internationaux avaient fait le déplacement en nombre, venus d’Europe mais aussi d’Asie, de Russie, du Moyen-Orient. Au côté de grands collectionneurs d’Amérique latine, le retour des Nord-Américains avait de quoi réjouir les galeries – 160 représentant 31 pays à Frieze London, 130 pour la 6e édition de Frieze Masters. Des enseignes qui relevaient la qualité de cette 15e édition, marquée par de fortes ventes.

Côté visiteurs, une foule dense se pressait dans les allées de la foire, animée par un programme de « talks » et performances. Nouveauté cette année, 24 pièces monumentales installées dans le parc depuis juin, dans le cadre de « Frieze Sculpture ». Cette extension commerciale en extérieur permettait d’apprécier des œuvres d’Ugo Rondinone, Alicja Kwade, Miquel Barceló, Sir Anthony Caro, John Chamberlain, Tony Cragg, Bernar Venet, KAWS ou encore Eduardo Paolozzi.
 

Du « vrai art »

Le marché de l’art à Londres, place financière et plateforme internationale, reste préservé des soubresauts du monde. Les acheteurs, dont certains possèdent une résidence dans la capitale britannique, sont étrangers et appartiennent à cette élite mondialisée à l’écart des contingences économiques du Royaume-Uni. Plusieurs grosses fortunes internationales ont profité de la coïncidence – voulue – entre la foire, de grandes ventes publiques et des expositions exceptionnelles (rétrospective consacrée à Jasper Johns à la Royal Academy of Arts, « Basquiat, Boom for Real » au Barbican Centre, première exposition de l’artiste jamais organisée sur les bords de la Tamise).

Autre raison du succès, que le galeriste David Nahmad résume sans équivoque : « Le marché de l’art est devenu l’un des meilleurs investissements. De nombreux clients dans la finance, des sociétés l’ont compris. » Avant d’ajouter : « Je trouve cette édition de meilleure qualité que les années précédentes, avec un très bon public. On y voit du “vrai art”, dans une dimension historique. Les gens en ont assez de tout ce qui est superficiel. » À Frieze Masters, sur le stand muséal de la galerie, La Saucisse casquée de Magritte (1929) voisinait avec Le Poète et la Sirène de Gustave Moreau, peint en 1893 et exposé au Louvre en 1961. Plus loin, l’Oiseau éveillé par le cri de l’azur s’envolant sur la plaine qui respire (1968), de Miró, répondait à Knives (1981-1982) de Warhol. Figuraient aussi un Basquiat, Early Moses (1983), et un portrait non signé de sa fille Paloma par Picasso. Dès l’ouverture, la galerie a vendu une toile de Buren (1965) pour 1,5 million d’euros. Chez Lévy Gorvy, les ventes des premières heures ont été tout aussi décisives : un Calder, un Frank Stella et un Agnes Martin de 1955, le tout cédé pour un prix inférieur à 1 million de dollars.
 

Wesselmann, Sherman, Longo, Oehlen…

Waddington Custot, dont le stand recréait le joyeux capharnaüm du studio de l’artiste Peter Blake, a cédé quatre œuvres lors des premières visites. Almine Rech avait quant à elle opté pour une sélection de dessins de Tom Wesselmann. Une toile ovale de grand format, Drawing for Great American Nude (1971), était proposée à 3,8 millions de dollars (3,2 M€). Une version de Big Study for Smoking Cigarette est partie à 350 000 dollars, un dessin érotique (1966) à 80 000 dollars. « Le contexte à Frieze Masters n’est pas le même qu’à Frieze London. C’est un projet spécifique. Il y a toujours ici un autre timing, faisait remarquer Paul de Froment, de la galerie. Compte tenu des prix, les acheteurs sont plus dans la réflexion. » À ses yeux, la foire reste très solide, avec un intérêt pour les œuvres de qualité, en particulier celles d’artistes émergents en dessous de 30 000 dollars. « Je ressens moins de contraction du marché que l’an dernier, les gens cherchaient plutôt des valeurs sûres, des “blue chips”. »

Metro Pictures (New York) a cédé des tirages de Cindy Sherman et des dessins de Robert Longo, ces derniers dans une fourchette de prix allant de 65 000 à 95 000 dollars. Rachel Rechner, directrice des ventes de la galerie Max Hetzler (Paris, Berlin), confiait sa satisfaction : un tableau récent de Bridget Riley a été emporté par un collectionneur londonien pour 780 000 livres sterling (870 600 €) ; deux tableaux d’Albert Oehlen ont été acquis, l’un par un Allemand, l’autre par un Américain ; un ensemble de 21 photographies de Rineke Dijkstra est allé à un musée privé américain pour 240 000 euros.
 

Commissariat de stands

À Frieze London, David Zwirner était « sold out » à midi le jour de l’inauguration. Du jamais vu. Avec un Oscar Murillo vendu pour 400 000 dollars, un Luc Tuymans pour 900 000 dollars et un Kerry James Marshall pour 1 million de dollars, ces deux derniers acquis par d’importantes fondations européennes. À Frieze Masters, la galerie présentait le tout premier néon réalisé par Dan Flavin, The Diagonal of May 25, 1963 (to Constantin Brancusi), pièce phare dans l’histoire de la sculpture. Au nombre de ses ventes de haut vol, un très beau Josef Albers a trouvé acquéreur à 2 millions de dollars, un John McCracken à 1,5 million de dollars. Même satisfecit chez Pace, affichant de belles transactions : des dessins de Saul Steinberg (3 500-60 000 $), 16 œuvres sur papier de l’artiste californienne Loie Hollowell vendues en quelques minutes (6 500 $ chacune), plusieurs toiles dont une de Wang Guangle (280 000 $). « La foire est bien sûr un exercice commercial, mais les galeries cherchent de plus en plus à séduire par une présentation originale, véritable phénomène en ce moment sur le marché », soulignait Marc Glimcher, président de Pace. En la matière, la palme revient à Hauser & Wirth et son petit musée de l’âge du bronze de 3500 avant J.-C. jusqu’à aujourd’hui, dont le commissariat a été confié à Mary Beard, professeur à l’université de Cambridge. Au milieu d’objets de l’Antiquité romaine prêtés par des musées, des œuvres signées Giacometti, Louise Bourgeois, Paul McCarthy ou encore Matthew Day Jackson. Hans Arp et Subodh Gupta avaient très tôt trouvé preneur. Enfin, la section « Sex Work : Feminist Art & Radical Politics » a rencontré un succès mérité, réservant quelques belles découvertes. À Frieze comme ailleurs, le sexe fait vendre.

 

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°487 du 20 octobre 2017, avec le titre suivant : Frieze Art Fair, la qualité plébiscitée

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