Foire & Salon

ENTRETIEN

Frédéric Castaing, président de la Compagnie nationale des experts : « Il faut élargir le cercle des collectionneurs en valorisant ces œuvres »

Par Marie Potard · Le Journal des Arts

Le 29 mars 2018 - 489 mots

Expert en manuscrits et autographes, le président de la Compagnie ­nationale des experts fait part au Journal des Arts de ses suggestions et critiques quant à la dispersion du « fonds Aristophil », qui a démarré en décembre 2017.

Quel regard portez-vous sur la manière dont est vendu le fonds Aristophil ?

Avec ses offres de plus-values, Aristophil a fait surgir en quinze ans ce qui aurait nécessité un siècle : 130 000 documents pour un marché de seulement 2 500 à 3 000 collectionneurs au monde. Comment sortir de l’impasse ? Il y a deux logiques. La première, celle de la « liquidation » : vendre n’importe comment, en vitesse et autant qu’on peut, ce qui ne profite qu’aux spéculateurs. La seconde, plus conforme aux intérêts des vendeurs : jouer sur la durée, inévitable, faire la promotion de ce fonds, enthousiasmant, et donc élargir la clientèle, indispensable.

Qu’entendez-vous par « promotion » ?

Premier constat : l’escroquerie sur les prix ne fait plus débat, en revanche, les vendeurs ont des lettres de Baudelaire, Racine ou Henri IV, des merveilles. Deuxième constat : vu le nombre d’œuvres, il faudra des années et des années pour les écouler. Alors, pourquoi ne pas mettre ce temps à profit pour élargir le cercle des collectionneurs, en valorisant ces œuvres au travers d’expositions, de conférences, en se fondant sur la passion, l’émotion et des prix redevenus normaux. Élargir, élargir encore… Y compris à l’étranger.

Qui peut le faire ?

Ni un commissaire-priseur, généraliste par définition, ni un Conseil des sages (1) qui ne comporte aucun expert en autographes, ne sont compétents pour cela. J’avais proposé un comité d’experts en manuscrits n’ayant jamais travaillé avec Aristophil, sous l’égide des deux grandes compagnies d’expert : la CNE (Compagnie nationale des experts) et la CNES (Chambre nationale des experts spécialisés en objets d’art et de collection). Ce comité, avec sa connaissance du marché, aurait planifié les ventes dans la durée, sélectionné les commissaires-priseurs adéquats et coordonné la promotion. Bref une vision globale et pérenne effectuée par de vrais spécialistes. On a choisi de liquider. Les commissaires-priseurs vont se partager les dépouilles jusqu’à épuisement.

La vente aux enchères était-elle la seule solution ?

Tout était possible. On aurait pu panacher, ventes publiques et ventes de gré à gré. Mais l’important était l’option de départ. Il n’est pas dans l’intérêt des propriétaires de vendre dans ces conditions. Pour certains, c’est vital, on ne peut pas faire autrement, mais d’autres peuvent attendre. Ce sont les vendeurs, appuyés sur un comité d’experts qui devraient avoir la main, or c’est un commissaire-priseur qui est à la tâche, avec des préoccupations forcément immédiates et limitées. J’ai le sentiment qu’on est en train de gâcher une opportunité, pour les propriétaires comme pour le marché des autographes en général. Gâcher la seule chance de sortie par le haut après la catastrophe.

(1) Nommé pour épauler l’administrateur judiciaire, Me Hotte, et composé de Frédéric Mitterrand, Michel Maket et Didier Griffe.

 

Thématiques

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°498 du 30 mars 2018, avec le titre suivant : Frédéric Castaing, président de la Compagnie nationale des experts : « Il faut élargir le cercle des collectionneurs en valorisant ces œuvres »

Tous les articles dans Marché

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque