Dimanche 20 septembre 2020

Foire

SECTEUR GÉNÉRAL

Fiac 2017, une édition entre valeurs sûres et redécouvertes

Par Anne-Cécile Sanchez · Le Journal des Arts

Le 5 octobre 2017 - 1369 mots

Dans un contexte plus serein que l’an dernier, le secteur général met en perspective l’art contemporain en instaurant une dynamique entre les grandes galeries établies et les propositions de la jeune création. Un équilibre délicat.

Bienvenue à la Foire internationale d’art contemporain (Fiac). Dans leur sac d’accueil offert, au milieu des badges et des documents d’informations, les exposants trouveront cette année un mètre ruban d’Annette Messager édité par We do not work alone. L’artiste a apposé sur cet accessoire de bricolage l’un de ses « mots-filets » : « Cool ». Une invitation à être précis donc, au moment du montage, mais aussi à rester détendu à la veille de cette 44e édition de la foire parisienne qui attirera cette année conservateurs de musées du monde entier, 12 500 visiteurs de marque, « VIP » ou invités d’honneur, et un public hexagonal auquel se sont mêlés en 2016 des visiteurs originaires de 50 nationalités.L’édition 2017 marque le retour du design au rez-de-chaussée de la nef. Jousse Entreprise, Kreo, Laffanour, Galerie Downtown, Éric Philippe et Patrick Seguin : une sélection 100 % parisienne de noms qui comptent à l’international.
 

L’art moderne comme socle

Galerie 1900-2000, Applicat-Prazan, Françoise Paviot, Le Minotaure, Natalie Seroussi, Tornabuoni Art, la galerie Zlotowski… : la présence française est aussi importante parmi les galeries d’art moderne. Le secteur est minoritaire, mais loin d’être marginal ; Jennifer Flay entend en effet « petit à petit, (le) renforcer (...) ». « On connaît la place de la France dans la tradition moderne ; je me suis battue pour conserver et consolider ce secteur au sein d’une foire où l’art contemporain semblait balayer tout le reste. C’est un socle indispensable. »

Démonstration sur le stand d’Applicat-Prazan qui a choisi, contrairement à son habitude, de ne pas faire d’exposition monographique, mais une ­présentation de dix artistes emblématiques de son travail : de Staël, Dubuffet, Fautrier, Freundlich, Hélion, Magnelli, Manessier, Millarès, Poliakoff et Vieira da Silva – les prix vont de 220 000 à 4 200 000 euros. Compter 4 000 000 euros pour La tour Eiffel et l’avion, un Robert Delaunay de 1925 présenté par la galerie Le Minotaure, qui propose également une Nature morte à la guitare d’Emil Filla (1 300 000 euros) et une Femme au jardin de Jean Metzinger datée de 1916 (1 500 000 euros). La galerie Zlotowski met en avant l’œuvre de François Morellet, qu’elle expose dans son espace de la rue de Seine jusqu’au 31 octobre : on verra sur son stand deux trames de grillage, -3° 3° de 1971 (120 000 euros) et un néon de 2016 Farandole blanche n° 4 (125 000 euros ). L’art italien du XXe siècle (Lucio Fontana, Alighiero Boetti, Alberto Burri, Emilio Vedova) est comme toujours défendu par Tornabuoni Art qui excelle dans ce domaine.

Côté galeries étrangères, outre les poids lourds tels Edward Tyler Nahem Fine Art ou Nahmad Contemporary, le secteur moderne voit l’arrivée des Québécois de Landau Fine Art, qui montreront, pour leur première participation, un tableau d’André Derain du début du XXe siècle Londres : le quai Victoria ; un Le Corbusier prémonitoire Menace de 1938 ; une Femme rêvant de l’évasion peint par Joan Miró en 1945… Citons également la galerie Cardi, spécialisée dans l’art européen d’après guerre et les minimalistes américains ; mais aussi sa consœur Mazzoleni ; les New-Yorkais Mitchell-Innes & Nash – qui comptent parmi leurs artistes des grands noms du XXe siècle comme Jean Arp, Willem de Kooning, Roy Lichtenstein ou Nicolas de Staël ; Ubu Gallery, spécialiste du Dadaïsme et du Surréalisme ; ou encore Waddington Custot, née en 2011 de l’association de Leslie Waddington avec le marchand français Stéphane Custot, et qui a introduit dans sa sélection d’artistes américains « post-war » (Morris Louis, Kenneth Noland, Helen Frankenthaler) et de maîtres de l’art moderne (Picasso, Matisse, Léger …), des représentants de la nouvelle génération de plasticiens britanniques comme Ian Davenport ou Fiona Rae.
 

Dialogues intergénérationnels

Annely Juda Fine Art, n’hésite pas, quant à elle, à mélanger des œuvres de David Nash, David Hockney, Anthony Caro… à des artistes « historiques » comme la constructiviste russe Ivan Klioune (Non-objective composition 1921, 725 000 euros ) et l’Ukrainienne Alexandra Exter (Stage Design for « Romeo and Juliet » 1921, 325 000 euros), mais aussi à Kasimir Malevitch, dont cette galerie londonienne est parmi les rares, sur le marché, à posséder encore quelques beaux exemples. D’autres galeries contemporaines remontent le temps pour faire de la place à des artistes plus classiques, comme le New-Yorkais Fergus McCaffrey, qui met en regard la période italienne de l’artiste Marcia Hafif avec des œuvres de Carol Rama, à laquelle le Musée d’art moderne de la Ville de Paris consacra une rétrospective en 2015.

Nombreux sont les stands à faire dialoguer les jeunes artistes avec leurs aînés : la galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois dispose d’un espace suffisamment vaste pour valoriser sa double orientation, entre nouveau réalisme et art contemporain. Elle se traduit par un parcours balisé d’une compression de voiture de César (350 000 euros), d’une sculpture Lili ou Tony de Niki de Saint-Phalle (900 000 euros), d’une installation de Taro Izumi vue dans l’exposition que lui consacra le Palais de Tokyo en début d’année et d’un ensemble de peintures de Pierre Seinturier, qui n’a pas 30 ans (à partir de 9 000 euros).

In Situ-Fabienne Leclerc développe, elle, une conversation inédite entre trois générations d’artistes : Vivien Roubaud, Patrick Tosani et le très radical artiste suédois Lars Fredrikson, décédé en 1997. Quant à la galerie Perrotin, elle confirme son inclinaison vers les valeurs sûres en présentant, à côté de la production d’un Laurent Grasso, d’un Jean-Michel Othoniel ou d’un Farad Moshiri, un ou deux tableaux de Hans Hartung, avant sa rétrospective annoncée début 2018 dans son nouvel espace new-yorkais.

Chez Air de Paris, enfin, Eliza Douglas, qui a présenté sa première exposition personnelle en novembre dernier à la galerie, côtoiera Guy de Cointet – au milieu d’œuvres de –Leonor Antunes, François Curlet, Liam Gillick, Rob Pruitt… (dans une fourchette de prix allant de 4 000 à 150 000 euros). La galerie de la rue Louise-Weiss mettra aussi en avant l’artiste Sadie Benning, qu’elle représente depuis peu et dont elle a organisé la première exposition européenne en septembre 2016. L’artiste américaine, qui s’inscrit dans le mouvement post-féministe des années 1990, a eu plusieurs solo shows aux États-Unis (notamment au Whitney Museum, à la Dia Foundation...) et a bénéficié en février d’une exposition personnelle à la Kunsthalle de Basel.
 

Découvertes et (re)découvertes

Originaire de Los Angeles, la galerie Blum & Poe propose pour sa part de (re)découvrir Henry Taylor. Cet artiste afro-américain de 60 ans dont l’œuvre à forte connotation politique fut très remarquée lors de la dernière Biennale du Whitney. On pourra voir sur la Fiac un ensemble de ses peintures et une installation spectaculaire de 2011 It’s like a jungle constituée de matériaux familiers et dont les embouts noirs évoquent les poings levés des Black Panthers (les prix vont de 15 000 à 200 000 dollars).

Nouvelle venue à la Fiac, la jeune galerie belge Waldburger Wouters conçoit son stand autour d’une brève rétrospective de l’artiste américaine Lynn Hershman Leeson, une pionnière des nouveaux médias peu connue en France : de la vidéo dans les années 1960 à la télérobotique et à Internet dans les années 1990. La galerie présente aussi une série de photographies de 1975 (autour de 32 000 euros) et une réflexion, très récente, sur la modification génétique Infinity Engine, constituée de photos et d’une vidéo.

Comment attirer l’attention du visiteur très sollicité de la Fiac ? Marian Goodman a choisi de présenter moins d’artistes et d’œuvres qu’à son habitude et des pièces plus imposantes, comme une sculpture de Nairy Baghramian présentée au Skulptur Projekte de Münster, une photographie repeinte de Tacita Dean de près de 5 mètres de long, un nouveau grand tirage de Thomas Struth… La 303 Gallery, elle, confie l’intégralité de son stand à Jeppe Hein, actuellement exposé au château La Coste, et dont on connaît le goût pour les interventions perturbatrices dans les espaces publics. Oscillant au-dessus de la foule, les « Mirror’s Balloons » de son installation (entre 20 000 et 30 000 euros pièce) refléteront par leur surface colorée l’environnement immédiat de la nef, suggérant à chacun une perspective décalée.

 

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°486 du 6 octobre 2017, avec le titre suivant : Fiac 2017, une édition entre valeurs sûres et redécouvertes

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