Vendredi 14 décembre 2018

Exceptionnelle collection de paysages XIXe

Par Roxana Azimi · L'ŒIL

Le 1 mars 2004 - 696 mots

La maison de ventes Rossini disperse, en cinq vacations, la collection de l’historien d’art Pierre Miquel, décédé en 2002.
Exceptionnelle par sa taille avec plus d’un millier de lots, la collection de Pierre Miquel ne joue pas la carte de l’esbroufe ou le rosaire de sommités à prix prohibitifs. Peu de chef-d’œuvres, mais un regard d’historien de l’art caressant aussi bien les paysagistes romantiques comme Eugène Isabey et Paul Huet que les peintres de Barbizon, de Diaz de la Peña à Théodore Rousseau.
Homme de terroir, très attaché au paysage du Cantal, sa région d’enfance, Pierre Miquel collectionnait depuis les années 1950, au diapason de ses recherches sur le paysage au XIXe siècle. Actif dans les ventes de Drouot entre 1960 et 1980, il achetait aussi parfois directement auprès des familles des artistes, notamment le fonds d’œuvres de Paul Huet. Aux sombres heures de la spéculation, en bon amateur avisé, il se retire peu à peu de la scène. Sa collection n’en est pas moins aboutie. « On ne voit pas ce qui pourrait y manquer, les pièces dialoguent les unes avec les autres. Miquel aimait
le microcosme de la peinture romantique. Il resitue les artistes dans leur contexte politique », rappelle la commissaire-priseur de la vente, Pascale Marchandet. Chaque œuvre, même la plus anecdotique, est enserrée dans un maillage de connexions nées de l’esprit de synthèse de l’historien. Flirtant parfois avec le négoce, par le biais notamment de sa galerie Le Pavillon des Arts, Miquel n’a pas cherché à valoriser sa collection à travers ses publications. « Sa collection servait de démonstration à ses propos. Il y a un aller-retour continuel entre les recherches qui réclament une illustration et peuvent susciter des achats et inversement » explique l’expert de la vente, Michel Maket.
L’estimation globale, autour de 2 millions d’euros, est moins spectaculaire que la quantité d’œuvres dispersées. Les fourchettes de prix cultivent le grand écart de 500 et 100 000 euros. L’histoire de l’art a d’ailleurs fait son tamis. La recherche s’est dotée d’une rigueur scientifique qui faisait défaut à l’autodidacte. Malgré un certain parfum d’après-guerre, le regard de Pierre Miquel n’a pas pris tant
de rides. Certaines œuvres sont intéressantes pour leur valeur documentaire. D’autres font mouche par leur séduction immédiate. C’est le cas du Rageur, cavalier sous l’orage, une huile de Théodore Rousseau proposée pour 60 000/100 000 euros. C’est aussi le cas d’une Étude de mer dans la Manche de Paul Huet, toile de 1861 d’une veine impressionniste. Cette huile sur panneau représentant un homme face à l’immensité de la nature, thème romantique par excellence, est estimée 8 000/12 000 euros. De Paul Huet, on admire aussi pour 5 000/8 000 euros L’Orage à la fin du jour ou Le Cavalier à l’atmosphère hugolienne. On l’aura compris, cet artiste, perçu en son temps comme le « Delacroix du paysage » représente l’épine dorsale de la collection avec cinquante peintures et quelque cent quatre-vingts dessins et aquarelles. Excellent dans ses aquarelles, l’artiste s’est révélé plus inégal dans ses peintures.
On peut s’inquiéter de l’arrivée sur le marché d’un tel raz de marée d’œuvres. Peu de cotes y résistent. L’école de Barbizon et le paysage romantique ont d’ailleurs été malmenés ces derniers temps,
faute des habituels collectionneurs américains. « Je ne me fais pas de soucis, précise Pascale Marchandet. La vente sera à la fois un feu d’artifice et un chant du cygne parce qu’on ne reverra pas de sitôt sur le marché un ensemble d’œuvres de cette nature. Cette période est devenue très rare sur le marché. » Un jugement que partage le galeriste Antoine Laurentin, spécialiste du XIXe siècle : « Il y a dix ans, je pouvais faire une exposition entière d’Huet ou de Flandrin. Maintenant c’est très difficile. On a longtemps pensé que le xixe siècle était un puits sans fin. Mais le puits se tarit. » De leur côté, les musées du Louvre et d’Orsay disposent de suffisamment d’œuvres pour ne pas croiser le fer. Les estimations raisonnables pourraient toutefois déclencher de bonnes surprises.

Collection Pierre Miquel dispersée à Drouot les 29, 30, 31 mars, 1er et 2 avril. Renseignements : étude Rossini, tél. 01 53 34 55 00.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°556 du 1 mars 2004, avec le titre suivant : Exceptionnelle collection de paysages XIXe

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