Ernesto Neto, le sculpteur de sensations

Par Roxana Azimi · L'ŒIL

Le 17 septembre 2007

Star de la jeune scène brésilienne, le sculpteur Ernesto Neto joue sur des formes et des matières organiques comme les épices et les graines, en cherchant à atteindre par ses installations un équilibre des odeurs (cf. L’Œil n° 569). « Les épices amplifient le champ gravitationnel. Pouvoir toucher la sculpture excite notre perception », indique le sculpteur en ajoutant : « Il y a deux notions importantes dans mon travail. D’une part, il y a la peau, de l’autre le contenu. »
Ernesto Neto s’est déjà taillé un chemin dans les grands raouts de l’art contemporain, notamment à la Biennale de Venise en 2001. La grande installation tentaculaire alors présentée fut acquise par le collectionneur de Miami Martin Z. Margulies. De leur côté, les amis du Musée national d’art moderne ne s’y sont pas trompés en offrant l’an dernier une œuvre très « poivrée » au Centre Pompidou. Le travail du sculpteur n’a souvent d’intérêt que dans le monumental alors que ses plus petites pièces, comme les Puff, font figure d’ersatz. Le marché, encore embryonnaire en vente publique, a déjà fait ses arbitrages. En juin 2004, la maison de vente de François Pinault enregistrait 16 730 euros pour un puff rempli de safran. En novembre 2004, quatre bas remplis de plomb ont été adjugés 14 340 dollars chez Christie’s à New York. Ses installations plus volumineuses se négocient entre 50 000 et 140 000 dollars. Une petite installation baptisée It happens in the frictions of the bodies (1999) n’a pas décollé de son estimation basse de 52 500 dollars chez Sotheby’s New York en 2001.
La pièce avait été propulsée trop tôt dans une vente du soir alors qu’elle aurait gagné à être vendue dans une vente de jour. Du premier au second marché la césure est peu visible. La galerie Tanya Bonakdar, qui représente l’artiste à New York, cédait une installation de filets roses contenant des perles pour 50 000 euros sur la foire Frieze à Londres en septembre dernier. Une pièce anecdotique, mais sans doute plus « domestique » que son travail sur les senteurs. Institutions et collectionneurs ont tout intérêt à doubler la mise et briguer les installations tentaculaires comme Taba Oca que le galeriste parisien Yvon Lambert proposait en avril dernier pour 140 000 dollars. Mais évidemment tout est question d’espace.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°570 du 1 juin 2005, avec le titre suivant : Ernesto Neto, le sculpteur de sensations

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