Entretien avec Didier Krzentowski, galeriste

« Le mot design ne veut plus rien dire »

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 2 septembre 2008

Le marchand et éditeur de design Didier Krzentowski inaugure le 13 septembre sa nouvelle galerie au 31 rue Dauphine à Paris. Il conserve ses anciens locaux rue Duchefdelaville, dans le 13e, comme showroom.

Vous quittez le 13e arrondissement pour le 6e. La rue Louise Weiss, autrefois prometteuse, est-elle vouée à dépérir ?
En tant qu’ancien président de l’association Louise 13, j’étais attaché à ce quartier comme toutes les galeries qui s’y trouvaient. Il y avait un partage des fichiers, une solidarité très forte que je ne trouverai sans doute pas ici. Pendant les trois-quatre premières années, les vernissages communs donnaient une ambiance incroyable. Nos soucis ont commencé lorsque nous avons demandé des locaux plus grands. Nous n’avons jamais senti d’efforts de la part de la mairie. Les galeristes sont partis, comme moi, pour avoir de plus grandes surfaces. Je ne pensais pas déménager, mais Fabienne Leclerc m’a signalé ce lieu rue Dauphine et j’ai eu un coup de foudre.

Quels sont les atouts de cet espace et de ce nouveau quartier ?
J’avais du 6e l’image d’un quartier d’antiquaires, mais le fait que des galeristes d’art contemporain comme Fabienne ou Kamel Mennour y soient me convient, car mon activité est proche de la leur. La proximité des marchands d’Art déco et des années 1950 sera sans doute un plus. Les clients auront peut-être envie de mélanger. Les étrangers viennent aussi plus facilement dans le 6e, où ils séjournent ou se promènent lorsqu’ils voyagent à Paris. Je n’aurais pas pu faire mon exposition inaugurale dans le 13e. Je propose seize pièces nouvelles de seize designers différents, de Marc Newson à Hella Jongerius. Il y aura notamment deux designers qui viennent de rejoindre la galerie, la Hollandaise Wieki Somers, avec un lampadaire constitué d’un tressage de fils électriques, et David Dubois, avec un banc renfermant une fontaine. Lorsqu’on s’assoit, on entend le bruit de l’eau.

Vous ne participez plus aux foires Design Miami à Bâle et en Floride. Comment expliquez-vous l’échec artistique de ces manifestations ?
C’est en tout cas un succès financier, et a priori cela devrait continuer à l’être. Les marchands des années 1950-1970 défendent sérieusement leurs meubles. Je ne juge pas la partie contemporaine, mais je ne la comprends pas. Ni moi, ni mes designers n’avons envie d’y être associé.

Justement ces foires ne vident-elles pas le mot design de tout son sens ?
C’est vrai que le mot design ne veut plus rien dire. Ce qui m’ennuie, c’est quand de grands designers ne sont plus dans l’histoire de la recherche, ou la réflexion sur la vie et la société et s’adonnent à une « Demolition Party » (1), en prétendant jouer à l’ouvrier pendant deux heures.

Quelle est votre définition de votre travail ?
Les designers qui collaborent avec l’industrie ressentent le besoin de travailler sans contrainte. Or, les industriels vont de plus en plus vite et sont frileux. Exception faite du cas Apple, où le design fait le produit, quand on regarde le secteur automobile, les voitures sont toutes les clones les unes des autres. Les designers ont trouvé chez nous la possibilité de faire des recherches.

En éditant des objets à douze exemplaires, vous vous êtes étalonné sur le marché de la photographie et de la sculpture. Cette démarche, qui a souvent été critiquée par vos confrères, signifie-t-elle que vous confondez art et design ?
Je ne confonds absolument pas les deux. Un artiste travaille sans contrainte, un designer a une contrainte, que ce soit la fonction, ou la théorie. Mon discours a toujours été très clair. Pour ce qui est de l’édition limitée, mes collègues ne mesuraient pas que la recherche coûte très cher, et que je dois rentrer dans mes frais.

Pourquoi les designers français comme les Bouroullec ou Martin Szekely sont-ils bien mieux exportés que les autres artistes hexagonaux ?
Il existe une tradition du mobilier en France. Les plus grandes galeries pour l’Art déco ou les années 1950 se trouvent ici. Les collectionneurs étrangers, y compris ceux d’art contemporain, y achètent leurs meubles, mais pas leur art. Par ailleurs, les designers acquièrent une notoriété grâce à la force de communication des industriels pour lesquels ils travaillent, que ce soit Vitra, Cappellini, etc. Les designers sont enfin obligés de bouger beaucoup plus à l’étranger, que ce soit pour les contacts avec ces groupes ou les lancements de leurs produits.

(1) Référence à la « Demolition Party » de l’hôtel Royal Monceau orchestrée par Philippe Starck en juin dernier.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°286 du 5 septembre 2008, avec le titre suivant : Entretien avec Didier Krzentowski, galeriste

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