Justice

Malversations

Du mobilier pris à défaut

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 9 décembre 2008 - 635 mots

PARIS

Un vaste réseau de contrefaçon de meubles de Jean Prouvé, Alexandre Noll, Charlotte Perriand et Pierre Chareau vient d’être démantelé. Cette affaire, qui porte un coup au marché du design des années 1950, relance la question délicate de l’expertise et des certificats. La justice devra remonter la filière de l’écoulement des pièces.

BORDEAUX - En ces temps de crise, les marchands de design des années 1950 se seraient bien passés d’une affaire de faux jetant le discrédit sur leur marché. Le quotidien Sud Ouest a ainsi révélé une gigantesque opération de contrefaçons de meubles de Jean Prouvé, Alexandre Noll, Charlotte Perriand et Pierre Chareau orchestrée par Christian Duran, un peintre copiste décédé en 2006. Débuté en 2001, le trafic aurait été poursuivi à sa mort par sa famille. Le peintre aurait fait appel aux services de Dmytro, un artisan ukrainien sans papiers mais non sans talent. Six suspects, parmi lesquels quatre membres de la famille Duran, ont été interpellés le 25 novembre par le parquet de Bordeaux. Deux jours plus tard, la famille Duran était mise en examen pour contrefaçons, recel de contrefaçons en bande organisée, association de malfaiteurs et escroquerie en bande organisée. Le quotidien Le Monde a rapporté qu’une soixantaine de faux ont été retrouvés au domicile des six suspects.

Le problème est aujourd’hui de remonter la filière d’écoulement de ces pièces. Les marchands parisiens François Laffanour, Patrick Seguin, Philippe Jousse et Éric Touchaleaume affirment n’avoir jamais détenu une telle marchandise dans leur stock. Les deux premiers ont d’ailleurs décidé de se constituer partie civile dans l’affaire. « Les gens ne vont pas s’adresser à nous pour commercialiser des faux, déclare François Laffanour. Nous achetons principalement sur adresse et notre travail est dédié à la recherche à partir d’archives. Lorsqu’on mettait en garde les maisons de ventes sur des pièces douteuses, on nous rétorquait qu’on voulait noyauter le marché ! » Celui-ci confie même avoir été menacé voilà trois ans par Christian Duran, après avoir tenté de faire retirer des pièces d’une vacation organisée par la maison Wright à Chicago. Le marchand a fait consigner par un huissier le message téléphonique d’intimidation laissé par le peintre. L’histoire Duran relance d’ailleurs la question de l’expertise et des certificats. Ayant droit de Jean Prouvé, Catherine Prouvé se refuse ainsi à en fournir, tout comme Pernette Perriand, sauf cas exceptionnel. « Qu’il y ait des faux ne m’étonne pas. Mais je ne regarde pas spécialement ce qui se passe sur le marché, je suis dans les archives et le montage des expositions », nous a indiqué Pernette Perriand, portée partie civile dans cette affaire. Héritière d’Alexandre Noll, Odile Noll est la seule à avoir rencontré Christian Duran et son fils. « Ils m’ont présenté des pièces pour lesquelles ils me demandaient des certificats, nous a-t-elle déclaré. J’en ai donné moins d’une dizaine. Je me suis fait avoir bêtement car les meubles étaient incroyablement bien faits. » Même l’œil le plus avisé peut être berné. Patrick Seguin et François Laffanour ont ainsi acheté voilà six mois aux enchères une console de Prouvé-Perriand pour environ 55 000 euros. Après démontage, celle-ci s’est révélée fausse. Cette affaire risque fort de provoquer une crise de confiance généralisée. « Même si ça fait mal, ça ne peut être qu’une bonne chose, ça va assainir le marché », affirme Patrick Seguin.

La question des faux n’épargne pas le secteur de l’Art déco. Une paire d’appliques de Jacques Émile Ruhlmann, adjugée pour 48 750 euros chez Sotheby’s à Paris le 26 novembre, serait finalement un surmoulage d’un modèle connu. « Au regard d’éléments nouveaux apparus après la vacation, la vente aux enchères de cette paire d’appliques a été annulée, en accord avec l’acheteur et le vendeur, dans l’intérêt de la protection des deux parties », nous a indiqué Cécile Verdier, spécialiste de Sotheby’s.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°293 du 12 décembre 2008, avec le titre suivant : Du mobilier pris à défaut

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