Drouot à l’heure de l’euro

Me Néret-Minet a conduit les premières enchères dans la nouvelle monnaie

Le Journal des Arts

Le 4 février 2008

Le 12 janvier dernier, l’étude Néret-Minet, constituée en société de ventes, procédait à la première vacation en euros de Drouot. L’usage de la nouvelle monnaie a déstabilisé à la fois l’équipe du commissaire-priseur et le public venu en nombre. En conduisant les enchères de manière moins rapide que ne le veut l’usage, Me Néret-Minet a initié les acheteurs à la nouvelle composante des ventes volontaires.

PARIS - Le programme de la vente était ambitieux. Consacrée à l’archéologie, elle proposait plus de 400 lots recouvrant de nombreux domaines : le Moyen-Orient antique, l’Égypte, l’Étrurie, la Grèce, l’Empire romain, les arts gréco-bouddhiques, les arts précolombiens, les arts khmers et la Chine. La plupart des pièces étaient de qualité moyenne, et de ce fait situées dans des gammes de prix raisonnables. Deux œuvres faisaient exception même si elles n’ont pas été achetées : un grand bouddha en bois du XVIIIe siècle, originaire du Siam, estimé entre 12 et 15 000 euros et un ensemble de sept cloches en bronze à deux sons de l’époque des Han (30-38 000 euros). Les objets originaires du bassin méditerranéen ont emporté un franc succès et ont presque tous été vendus. Un goût prononcé a été particulièrement remarqué pour les pièces provenant du Gandhara, un engouement sans doute lié à l’actualité politique. Elles n’ont cependant pas été acquises à des prix très élevés. Parmi les plus importantes, un bas-relief en stéatite représentant la naissance de Siddhârta a été adjugé 1 200 euros et une tête de Bouddha en stuc Jaulian 700 euros. La très importante quantité d’objets chinois n’a pas rencontré le même succès, un nombre conséquent de lots ayant été retirés de la vente faute d’acquéreurs.

Paliers d’enchères
Le total de la vacation, 88 360 euros, satisfait aussi bien le commissaire-priseur que l’expert, Patrice Laporte, qui retrouvent là leurs résultats habituels. La vente a été plus longue et plus lente que d’ordinaire, et ce en raison de deux paramètres financiers. Le premier, le changement de la monnaie courante, a transformé les paliers d’enchères. Il faut désormais remplacer les traditionnelles sommes de 50, 100 ou 500 francs en 10, 50 ou 100 euros, encore difficiles à aborder sans conversion. Malgré le convertisseur de la salle, gageons que chacun essayait de calculer d’avance de combien il pouvait augmenter l’enchère. L’usage de l’euro n’est pas encore entré dans les mœurs et son approche est encore parfois laborieuse. L’expert lui-même confie avoir estimé les œuvres en francs, avant de convertir les sommes. Ceci explique la précision de certaines estimations : un grand cratère grec du IVe siècle avant J.-C., en céramique vernissée noire, décoré de profils de Ménades, vendu 4 000 euros, avait par exemple été estimé entre 5 335,72 et 6 097,96 euros. L’autre nouveauté inaugurée par la vacation est le changement des taux de frais et des taxes à la charge de l’acheteur qui s’élèvent désormais chez Néret-Minet à 15 % jusqu’à 100 000 euros, auxquels s’ajoute la TVA. Un autre facteur de calcul mental pour les enchérisseurs qui ne tarderont certainement pas à prendre de nouveaux repères.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°141 du 25 janvier 2002, avec le titre suivant : Drouot à l’heure de l’euro

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