Dresde, le lustre retrouvé de la céramique

Malgré les innondations du mois d’août, le Zwinger inaugure les salles consacrées à la collection d’Auguste le Fort

Le Journal des Arts

Le 8 novembre 2002 - 633 mots

Six semaines seulement après la crue de l’Elbe qui a inondé le palais baroque du Zwinger, où est conservée la majeure partie de l’inestimable collection d’œuvres d’art de Dresde, la zone du musée située dans l’aile nord, réaménagée et consacrée à la porcelaine, a rouvert ses portes conformément à l’agenda prévu. Les collections d’Auguste le Fort (1670-1733) s’y déploient dans toute leur richesse.

DRESDE - La réouverture du musée de la céramique de Dresde est un petit miracle dû à la détermination de son directeur, Ulrich Pietsch, et à celle de la municipalité. Cette inauguration redonne un nouvel élan à la ville meurtrie par les inondations. Par bonheur, aucune des pièces de la célèbre collection d’Auguste le Fort n’était stockée dans les réserves souterraines, et la plupart se trouvaient déjà dans les salles. Toutefois, à la suite de l’effondrement d’un mur porteur, l’une des salles a dû être évacuée en urgence. Les nouvelles installations techniques, récemment aménagées dans le sous-sol, ont été entièrement détruites. Le système d’alarme qui, grâce à des capteurs, rendait obsolète l’utilisation de vitrines, a subi le même sort. Passé le sinistre, le musée a rouvert ses portes. Trois années de travaux ont été nécessaires pour offrir aux visiteurs plus de 2 000 pièces. Les baies vitrées qui se déploient du sol au plafond dans l’ancienne orangerie sont parfaites pour l’exposition de porcelaines. La lumière inonde l’espace et met en relief les glaçures et la polychromie des objets, fournissant des conditions idéales pour la contemplation de ces pièces.

La muséographie se révèle tout aussi réussie. Les cartels sont discrets et les vitrines peu nombreuses. Quant aux parties basses de la salle, rénovées dans les années 1950, elles ont retrouvé leur revêtement d’origine. Un nouveau sol en marbre, copiant les motifs anciens, a été posé. Les décorations en stuc ou peintes ont été restaurées, et les chandeliers ont été remplacés par de nouvelles pièces fabriquées à l’identique. Les salles ont retrouvé leur harmonie et leur lustre d’antan. L’orientation générale a été modifiée pour renouer avec le large panorama permis par le lieu. L’entrée des visiteurs se fait à présent par le pavillon Glockenspiel, avec sa vue spectaculaire sur la cour du palais Zwinger. Certaines des plus belles pièces de la collection y sont exposées, comme le célèbre bouquet de fleurs en porcelaine envoyé depuis Vincennes par la fille d’Auguste, Marie-Josèphe de Saxe, juste après son mariage avec le dauphin. Quant aux toits en terrasses, ils sont enfin accessibles au public, qui peut, depuis ces hauteurs, contempler toute la ville.

Le parcours se déroule dans un ordre chronologique (la porcelaine orientale étant à l’étage inférieur et les porcelaines de Meissen au niveau supérieur), la scénographie culminant avec la présentation des sept vases “Dragon” bleu et blanc. Hauts de plus d’un mètre, ils doivent leur nom aux célèbres militaires du roi. En effet, Auguste les avait échangés avec le roi de Prusse contre un bataillon de ses “Dragons” royaux. L’exposition des porcelaines de Meissen commence avec les premiers grès de Böttger et se poursuit par une magnifique collection de figurines de Kändler, originellement conçues comme des décors de table, accompagnée de vingt-cinq pièces du service Swan, prêtées par la famille de Brühl. Ce service, qui fut vraisemblablement le plus beau jamais fabriqué par Meissen, a dans sa quasi-intégralité été détruit  lorsque les troupes soviétiques ont bombardé le château polonais où il était mis à l’abri.

Que tant de pièces de la collection d’Auguste le Fort aient survécu jusqu’à nos jours est d’ailleurs une chance exceptionnelle. La collection avait quitté l’Allemagne pour l’URSS pendant la guerre, mais 90 % de ses éléments ont réintégré le pays en 1958. Selon le directeur, quelque 500 pièces sont toujours en Russie, conservées dans des musées, tandis que d’autres font régulièrement leur apparition sur le marché de l’art.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°158 du 8 novembre 2002, avec le titre suivant : Dresde, le lustre retrouvé de la céramique

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