Mercredi 18 septembre 2019

Disparition

Disparition du commissaire-priseur Guy Loudmer

Par Marie Potard · lejournaldesarts.fr

Le 2 septembre 2019 - 577 mots

PAYS BASQUE

L’ancien commissaire-priseur parisien dirigeait dans les années 70 et 80 l’une des études les plus dynamiques du marché.

Guy Loudmer en juin 2001 © Photo Daniel Janin / AFP.
Guy Loudmer en juin 2001
© Photo Daniel Janin / AFP.

Guy Loudmer s’est éteint le 27 août dernier à l’âge 86 ans au Pays basque où il s’était retiré. Doté d’un œil exceptionnel, le commissaire-priseur avait fait prospérer son étude en étant l’un des premiers à se spécialiser. Ses domaines de prédilection ? La peinture moderne, les arts primitifs et la bibliophilie du XXe siècle. 

« C’était un homme d’exception, d’une culture insensée. Il avait une vision anglo-saxonne du métier et était en avance sur son temps. Il ne venait pas du sérail et considérait qu’il fallait faire le métier de commissaire-priseur comme un commerçant, ce qui à l’époque était mal vu », raconte Marie-Laure Amrouche qui a été son clerc principal et son bras droit puis son associée pendant près de 40 ans. Bourreau de travail, franc-tireur, l’homme au cigare ne s’était pas fait que des amis. 

En 1981, il est le premier à vouloir créer son propre hôtel des ventes, installé au 73, rue du Faubourg Saint Honoré avec son confrère Hervé Poulain. Mais la Compagnie des commissaires-priseurs ne l’entend pas de cette oreille et à la suite d’un procès qu’elle lui intente pour concurrence déloyale envers Drouot, il est tenu de réintégrer l’hôtel des ventes parisien. Il ouvre alors un bureau rue de Provence dans le 9e, à côté de Drouot. 

« C’est à cette époque qu’il organise les ventes de la collection Maeght pour lesquelles il avait loué tout Drouot, du paquebot France (1983), de Tristan Tzara (1989)… », se remémore Marie-Laure Amrouche. Il a également été l’un des premiers à exposer à New York et au Japon et à organiser des ventes en duplex au Japon au milieu des années 80 quand le marché japonais était très acquéreur. 

Installé ensuite au 45 rue Lafayette, il orchestre en 1990 la « vente du siècle », celle de la collection des époux Bourdon, qui comprend des Picasso, Modigliani... Le produit d’adjudication s’élève à 509 millions de francs (77 millions d’euros), un record à l’époque mais elle signera sa lente descente aux enfers et plusieurs années de démêlés avec la justice suite à une mauvaise gestion de l’association Bourdon créée pour gérer le produit de la vente (il sera condamné pour abus de confiance aggravé mais s’en sortira finalement avec une simple amende). De 1994 à 1997, il investit des locaux rue Rossini mais en 1997, l’affaire Bourdon précipite la liquidation de son étude. Il cesse d’être commissaire-priseur en 1998. 

Guy Loudmer n’a pas dit son dernier mot. Privé de marteau, il devient consultant pour des maisons de ventes comme Artus, Calmels-Cohen ou encore Enchères Rive Gauche et est à l’origine de plusieurs dispersions de collections qui ont fait date : Gaffé (2001), Cavalero (2002), Arp (2003), Descargues (2005) ou encore Vérité  en 2006 (44 M€). 

En janvier dernier, l’ancien commissaire-priseur a de nouveau fait parler de lui en faisant don de ses archives à l’Institut national d’histoire de l’art (INHA), qui comprenaient également celles d’Alphonse Bellier et Raoul Oury, qui l’avaient précédé dans l’étude.

« Guy Loudmer compte parmi les quelques rares visionnaires de sa profession, il a toujours été à la recherche de solutions commerciales innovantes au service de la clientèle et du marché français. Chaleureux et fraternel, il a marqué le marché de l'art pendant 30 ans », se souvient Pierre Amrouche, expert en arts premiers avec qui il a collaboré de 1983 à 2006.
 

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