Jeudi 13 décembre 2018

Allemagne

Deux pas en avant et un pas en arrière

De bonnes ventes au printemps, des ventes d’automne décevantes

Par Le Journal des Arts · Le Journal des Arts

Le 1 février 1995 - 853 mots

Parler d’une reprise générale des ventes aux enchères en Allemagne en 1994 serait excessif, mais les grandes maisons de ventes allemandes s’accordent pour dire que cette année a été meilleure que 1993.

BERLIN - L’amélioration des ventes en 1994 concerne tant le pourcentage de lots vendus que le chiffre d’affaires. Des records mondiaux ont été établis en Allemagne pour des artistes modernes d’inspiration classique, parmi lesquels Nolde, Pechstein et Schmidt-Rottluff. Pour la première fois, des œuvres tardives de ces artistes ont atteint des prix réservés généralement aux premières toiles de leurs périodes de jeunesse.

La plupart des responsables des maisons de ventes allemandes pensent, comme Bernd Schultz, le directeur de la Villa Grisebach, que le succès des ventes Christie’s qui se sont tenues le 13 octobre dernier en Autriche et en Allemagne confirme"le fait que l’Impressionnisme et l’Expressionnisme allemands reçoivent enfin l’attention internationale qu’ils méritent".

Reconnaissant le bien-fondé de la stratégie de Christie’s, qui a privilégié les lots allemands lors de ces ventes, Hendrik Hanstein, le directeur de Kunsthaus Lempertz à Cologne, a souligné que depuis janvier, date à laquelle tous les membres de la CEE ont adopté les mêmes barèmes de taxes, il n’est plus aussi intéressant financièrement d’acheter à Londres.

Un compétition de plus en plus intense
Un marchand d’art munichois était, lui, d’avis contraire :"Les prix records mondiaux de cet automne ont été réalisés par Christie’s, lors d’une vente qui a atteint plus de 15 millions de deutschmarks (51 millions de francs). Ce succès peut probablement s’expliquer par le fait que cette vente s’est tenue très tôt dans l’année. Même s’il y avait d’autres facteurs d’explication, comme par exemple la présence d’objets exceptionnels, il n’en reste pas moins que l’argent dépensé à cette occasion n’était plus disponible pour les ventes de l’automne. Il y aura, dans l’avenir, une compétition de plus en plus intense pour les quelques pièces d’exception qui seront mises sur le marché."

À Munich, en mai dernier, Karl & Faber ont adjugé pour 3,3 millions de deutschmarks (11,4 millions de francs), l’Autoportrait à la poupée (1922) d’Oskar Kokoschka. C’est le prix le plus élevé offert pour un Kokoschka depuis la vente par Sotheby’s d’une toile, plus ancienne et plus grande, Dresden, Neustadt, acquise à New York, en 1989, pour un peu moins de 3 millions de dollars. Ketterer a vendu une toile d’Emil Nolde, Portrait d’Enfants (1937), pour 955 000 deutschmarks (3,3 millions de francs). C’était la première fois qu’une œuvre de cet artiste, datée de la fin des années 1930, approchait la barre du million de deutschmarks.

La Villa Grisebach, de Berlin, parvint à dépasser ce chiffre deux fois : en mai, avec une Nature morte aux fruits de Max Pechstein de 1913, et avec une toile de Schmidt-Rottluff qui atteint un record mondial (1,127 million de deutschmarks, soit environ 3,9 millions de francs). "Le plus grand défi de 1994 a été la vente d’un nu de Schmidt-Rottluff de 1914, une toile d’une superbe exécution", a déclaré Bernd Schultz. Mais ce record devait être battu quelque temps plus tard par une vente Christie’s à Londres.

Des valeurs sûres
“Le mouvement, en ce moment, c’est deux pas en avant et un pas en arrière", remarque Arthur Maier, de Ketterer. Selon Hans Karl, de chez Karl & Faber,"Les acheteurs sont plus sélectifs et mieux informés". Toutes les ventes n’ont pas battu des records, et un pourcentage élevé de lots est resté invendu. Encouragé par les résultats de juin, Hauswedell & Nolte, de Hambourg, a organisé une vente d’automne qui comportait des valeurs sûres, telles que Picasso ou Toulouse-Lautrec, ainsi que des artistes allemands. Plus d’un tiers des 1 208 lots, parmi lesquels certaines œuvres importantes, n’a pas trouvé acquéreur.

Cet échec s’explique, selon les uns, par l’insuffisante distribution du catalogue Hauswedell & Nolte en Amérique du Nord, selon les autres, par les dates tardives choisies pour la vente (8 et 9 décembre), ou encore par des réserves quant aux estimations."Bien des pièces étaient nettement surestimées", a expliqué Jeffry Kaplow, marchand de dessins et d’estampes à Paris. Des dessins classiques d’artistes modernes allemands se sont bien vendus : une aquarelle de George Grosz, datée de 1920, Sonniges Land, a été adjugée pour 153 750 deutschmarks (528 000 francs), et Gesprach V, de Willi Baumeister (1943), pour 221 400 deutschmarks (764 000 francs).

À l’exception de Lempertz, qui entame actuellement une opération d’envergure à Bruxelles, aucune maison allemande n’envisage de travailler à l’étranger, comme le font, par exemple, Butterfields de San Francisco et le Dorotheum de Vienne.

Leur stratégie à court et moyen terme vise à renforcer leurs assises, et peut-être offrir des œuvres s’étalant sur une période historique plus large. Même après les problèmes rencontrés lors des ventes du mois de décembre dernier, Ernst Nolte a décidé de maintenir le programme prévu :"Nous avons l’intention de continuer à organiser des ventes d’automne, et ce en gardant notre statut de maison indépendante, libre de toute affiliation ou de lien avec un quelconque partenaire".

En 1995, ce seront les œuvres exceptionnelles d’artistes de second plan et l’art du milieu du XXe siècle qui recevront probablement le plus d’attention de la part des acheteurs.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°11 du 1 février 1995, avec le titre suivant : Deux pas en avant et un pas en arrière

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