Mercredi 12 décembre 2018

Des cristaux dissuasifs

Un système de marquage des œuvres d’art

Le Journal des Arts

Le 1 juillet 1995 - 586 mots

L’identification de l’œuvre d’art volée ou falsifiée constitue, en matière de protection du patrimoine, une question délicate que la recherche scientifique a peut-être résolue. Le professeur Schvoerer, de l’université de Bordeaux III, a mis au point un système de marquage qu’une société belge, Micro Trace, commercialise à travers l’Europe.

BRUXELLES (de notre correspondant) - Ce système repose sur des microcristaux de l’ordre d’un demi-micron, qui contiennent en mémoire un message précis et rigoureux sous forme d’une courbe dotée de 7 paramètres, dont la clé de lecture est propre à chacun de ces cristaux de synthèse. Produits par l’université de Bordeaux III, les cristaux sont fixés par une résine sur la surface picturale d’un tableau ou sur une sculpture. Invisibles et indécelables, ils réagissent par thermoluminescence. Analysée en laboratoire, l’œuvre ainsi marquée livrera son identité sous la forme d’un spectre qui correspondra aux données enregistrées à Bordeaux. Ce système permet de marquer n’importe quel objet.

Le marquage résout l’identification de l’œuvre et l’identification formelle de son propriétaire. En cas de vol, l’identité de l’objet éventuellement saisi par la police devient indiscutable. En outre, lors du marquage, l’œuvre est analysée en détail et une fiche signalétique, établie par un restaurateur, offre une série d’informations précieuses pour rechercher l’œuvre et la reconnaître lorsqu’elle resurgira.

Toutefois, ce système, pour infaillible qu’il soit, pose encore des problèmes pratiques. D’abord, l’identification doit être réalisée par le laboratoire de l’université de Bordeaux qui détient la liste des codes inscrits dans les microcristaux. La détection n’est pas rapide, et la procédure peut paraître pesante pour des applications à grande échelle. Pour se développer, le système Micro Trace devra se doter de laboratoires dont l’implantation géographique permettra de diminuer le coût des analyses.

La société chargée de la commercialisation de ce procédé est installée à Bruxelles. Elle œuvre à la reconnaissance publique et à la diffusion du procédé. Celui-ci est loin de faire l’unanimité, surtout du côté de certains négociants qui voient d’un mauvais œil l’irruption sur le marché d’œuvres douées de mémoire.

Pour Nadine Colmant, responsable de Micro Trace, l’objectif premier est, d’une part, la diffusion du procédé – en assurant une totale discrétion quant à l’identité des œuvres et de leur propriétaire –  et, d’autre part, la mise sur pied d’une législation qui donnerait une assise européenne à cette méthode de marquage, la seule reconnue actuellement par le Pact, organisme de coopération scientifique du Conseil de l’Europe.

Dernier détail, le marquage par Micro Trace et l’établissement d’une fiche signalétique complète reviennent à moins de 10 000 francs belges par œuvre (1 700 francs français). Certaines compagnies d’assurance commencent à l’imposer, d’autres offrent des abattements de primes de l’ordre de 10 %. Il y a un peu plus d’un an, cinq musées belges ont profité d’un sponsoring de Belgacom qui leur a permis de marquer 400 œuvres… une goutte d’eau dans l’océan.

Des cristaux fluorescents

Les propriétaires pressés peuvent aussi se rabattre sur des méthodes de marquage par cristaux fluorescents. Détectable aux ultraviolets, ce type de marquage est peu discret et ne contient aucun message. Il n’opère dès lors pas de façon aussi indiscutable que les microcristaux puisqu’il n’établit pas de façon définitive l’identité de l’objet marqué.
Autre technique mise au point par Claudine Masson du CNRS et par Marie-Florence Thal du CEA : Tami, un procédé olfactif détectable par des chiens policiers. Ce procédé a été envisagé pour des expositions itinérantes et pour des usages industriels précis. La durée de vie du marquage n’excède pas deux ans, et sa commercialisation n’est pas encore d’actualité.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°16 du 1 juillet 1995, avec le titre suivant : Des cristaux dissuasifs

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