Vendredi 20 juillet 2018

Tour des galeries

De l’utile au beau

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 22 septembre 2006 - 647 mots

Riche rentrée pour le design des années 1950 à aujourd’hui.

PARIS - Parmi les galeries parisiennes spécialisées en design, il y a celles qui participent, jusqu’au 24 septembre, à la Biennale des antiquaires, et celles qui ont préféré opter pour la FIAC, en octobre, tandis que trois galeries jouent sur les deux tableaux : Jousse Entreprise, Patrick Seguin et Downtown.
La Galerie 54, qui présente notamment à la Biennale un fauteuil Grand Repos (1929) de Jean Prouvé, à l’esthétique robuste, montre dans ses murs des tables hautes Trapèze (1952) du même auteur (jusqu’au 30 nov.). Non loin de là, la galerie Dowtown qui, au Grand Palais, est focalisée sur Charlotte Perriand, a néanmoins conservé sur place une table haute Forme libre de la dame (200 000 euros) en proposant aussi bien des pièces de ses stars habituelles – Jean Prouvé, Serge Mouille… – que des meubles de sa dernière vedette, Ron Arad, avec une bibliothèque ronde RTW (25 000 euros) et une table en inox Paved with Good Intentions (55 000 euros). Enfin, Jousse Entreprise, qui exhibe au Grand Palais Jouve, Noll, Royère, Mouille, Perriand, Matégot, Prouvé… dans un environnement textile signé Paule Marrot, expose dans sa maison mère du 6e arrondissement un ensemble en inox imaginé par Maria Pergay : une petite table (20 000 euros), un bureau (70 000 euros) et une banquette (100 000 euros), datant tous de 1968, ainsi qu’un étrange luminaire,  Totem (1977, 25 000 euros), orné d’un crâne en bronze (jusqu’au 14 octobre).
En attendant la FIAC, la Galerie italienne présente, elle, une sélection fourre-tout baptisée « Zig-Zag, Crazy for Italian Design », où l’on retrouve des œuvres d’expositions passées comme celles en méthacrylate de Gino Marotta – d’une Plante rampante (15 000 euros) à un Éden artificiel (300 000 euros), datant de la fin des années 1960 – et les dernières pièces en acier polychrome émaillé de Marco Zanuso Jr., tabouret (6 800 euros), table haute (22 000 euros)… Ce méli-mélo transalpin comporte aussi quelques curiosités, tels un fauteuil Tapis volant d’Ettore Sottsass (1974, 18 000 euros), un petit rangement Mobile vert pomme d’Alessandro Mendini (1980, 5 800 euros), une installation d’Alessandro Guerriero intitulée Bad-Room (2004, 28 000 euros), ou encore, une pièce surprenante d’Andrea Branzi, Sensory (1992, 35 000 euros), qui change du tout au tout selon que l’on actionne le système lumineux ou pas (jusqu’au 3 nov.).

Pièces archéologiques
À la Tools Galerie, le designer Laurent Massaloux présente un travail nommé « Booling » en référence aux calculs de Boole. Les pièces font donc honneur à ces opérations mathématiques que sont l’union, l’intersection et la différence, et ce avec plus ou moins de réussite. Ainsi, la lampe polyédrique ExoLight (210 euros) s’est développée plutôt avec bonheur en une suspension ExoFly (900 euros) ou un luminaire géant ExoMega (1 400 euros). En revanche, le télescopage de formes qui génère la lampe CandleFlashLight (900 euros) ou l’horloge VanityClock (2 000 euros) laisse plutôt dubitatif (jusqu’au 21 oct.).
Davantage énigmatique est le travail que présente Jasper Morrison à la Galerie Kreo (jusqu’au 14 oct.). Après avoir montré, en juin, une série de petites tables-bancs en marbre de Carrare, le designer anglais présente cette fois un ensemble intitulé « Museum Pieces ». Trois vitrines renferment chacune 15 pièces en résine – chaque vitrine et son contenu coûte 45 000 euros. Elles existent sur une base carrée ou oblongue, les pièces en version blanche ou noire. Ces dernières paraissent familières, calquées sur ces silhouettes archéologiques que l’on trouve dans les musées : un vase, un bol, une coupe, une boîte à bijoux… Mais Jasper Morrison les a obstruées, leur retirant de fait leur valeur d’usage. Les vitrines en chêne clair et étagères de verre sont sobres, sans fioritures, presque banales. Morrison semble tout bonnement, l’espace d’un instant, s’être éloigné du design. S’agirait-il d’une tentative pour passer en douceur de l’utile au beau ?

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°243 du 22 septembre 2006, avec le titre suivant : De l’utile au beau

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