Samedi 7 décembre 2019

Consécration pour le Pop français

Retour en grâce de la Figuration narrative

Le Journal des Arts

Le 22 février 2002 - 815 mots

Les artistes de la Figuration narrative reviennent en force, après
des années de purgatoire.
Une tendance qui commence
à se confirmer sur le marché : la vente “Pop. Manifeste
pour la Nouvelle Figuration”?, organisée le 4 février par
les études Poulain-Le Fur
et Robin Fattori, a remporté un joli succès.

PARIS - Un titre accrocheur, quatre records du monde, de belles batailles d’enchères, de nouveaux collectionneurs... La vente “Pop” du 4 février a révélé que l’on avait certainement enterré un peu vite nombre d’artistes de la scène parisienne des années 1960. Leur cote d’amour est confirmée en France par cette vente événement.
“Manifeste pour une Nouvelle Figuration”. Le sous-titre du catalogue “Pop” annonçait la couleur. Le prosélytisme était affiché pour cette vente orchestrée au Palais des congrès, à Paris, par les études Poulain-Le Fur et Robin Fattori. Le choix de réunir sous une même bannière les différents mouvements artistiques parisiens des années 1960 était délibéré. La Nouvelle Figuration côtoyait la Figuration narrative, le Nouveau Réalisme et même des pièces de la Figuration libre des années 1980. Un dénominateur commun : “l’esprit pop”. Jean-François Roudillon, co-organisateur de la vente avec Didier Viltart, éminence grise de la galerie Loft et ardent défenseur des peintres de la Figuration narrative, avait des intentions claires : “Ces artistes ont été marginalisés par les institutions et les critiques. Ils subissent aujourd’hui une sous-cote que rien ne justifie. Je les ai défendus en les exposant. Maintenant, je veux les défendre par des records de ventes.”

Enchérisseurs au top
Des records, il y en eut. Et une clientèle impressionnante. L’homme d’affaires François Pinault est venu à l’exposition pré-vente, tout comme le président du Centre Georges-Pompidou, Jean-Jacques Aillagon, et le directeur du Musée national d’art moderne, Alfred Pacquement. Au final, le produit de la vente s’élève à 927 000 euros pour cinquante lots vendus (soit 60 % des lots proposés).
Andy Warhol rafle la plus haute enchère avec 93 000 euros pour Blackglama (1985), portrait présumé de Judy Garland. Mais de manière générale, le Pop américain n’a pas fait courir les collectionneurs. Ils ont dédaigné un autre Warhol de 1985, Lifesavers, et même un Autoportrait de Robert Indiana, huile sur toile de 1969. Ce tableau provenait de la collection de Jean-Marc Decrop, dont une vingtaine d’œuvres constituaient le noyau de la vente. Ce cadre français, aujourd’hui expert en art contemporain chinois, a collectionné la Figuration narrative dès les années 1980. Les œuvres qu’il dispersait illustrent ces premières amours “pop”. Trois d’entre elles ont réalisé des scores jamais atteints. Malcom X (1968), encre sérigraphiée sur Plexiglas de Bernard Rancillac, s’envolait à 38 000 euros pour une estimation haute de 27 500 euros. Pour la même estimation, Palace (1968-1976), huile sur toile sous Plexiglas criblé de balles par Jacques Monory, partait pour 45 500 euros. Enfin, le Déjeuner sur l’herbe (1964), diptyque sérigraphié d’Alain Jacquet, était adjugé 35 000 euros. Hors collection Decrop, Le Prince de Hombourg (1965), huile sur toile grand format de Gérard Fromanger, a fait sensation. Un acteur français célèbre, ami du peintre, l’a arrachée à 61 000 euros. Le dernier résultat pour un tableau de Fromanger s’élevait à 110 000 francs (16 769,39 euros). Autre belle surprise : un tout petit tableau de Peter Klasen (12 x 16 cm), peint en 1965, a été vendu 18 000 euros pour une estimation haute de 7 000 euros. Hallo Mutti (1974), huile sur toile politico-comique de l’Islandais Gulmundur Errò, a été adjugée 37 000 euros pour une estimation haute de 24 500 euros.
La Figuration narrative et ses artistes ont donc bien tiré leur épingle du jeu. “Le marché commence à confirmer une tendance que j’observe depuis quelques années, déclare Robert Bonaccorsi, organisateur en 2000 d’une exposition “Figuration narrative” à la villa Tamaris, à la Seyne-sur-Mer. Les commissaires des expositions les ‘Années pop’ à Beaubourg, et de ‘Paris capitale des arts’ à Londres ont contribué à redonner à ce mouvement sa place dans l’histoire de l’art.”
Il ajoute : “Au milieu des années 1970, les critiques français prophétisaient la fin de la peinture. Les défenseurs de la Figuration narrative déclenchaient une franche hilarité.” Leur cote a désormais, selon Didier Viltart, un grand avenir. Hervé Poulain tempère : “Il faut désormais maintenir la qualité des œuvres dans les ventes.” Car de l’aveu même de Didier Viltart, les artistes de la Figuration narrative ont beaucoup produit et produisent encore. Du bon et du moins bon.
Aujourd’hui, certains regardent déjà du côté de l’Europe. “Pour cette vente, nous avons communiqué exclusivement en France et attiré 90 % d’acheteurs français, résume Didier Viltart. Les artistes étrangers de la Figuration narrative – Voss, Klasen, Adami ou Seguí – ne se sont pas tous bien vendus le 4 février. Mais ils ont d’autres acheteurs en Europe.” Aussi, pour la nouvelle vente en cours d’élaboration et prévue dans trois mois, le catalogue sera envoyé à l’étranger. Alors, bientôt une “Pop 2” ?

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°143 du 22 février 2002, avec le titre suivant : Consécration pour le Pop français

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