Jeudi 12 décembre 2019

Ventes publiques

Comprendre les garanties dans les Ventes aux enchères

Par Alexia Lanta Maestrati · Le Journal des Arts

Le 4 janvier 2019 - 733 mots

PARIS

Les maisons de ventes surtout anglo-saxonnes utilisent de plus en plus ce système qui n’est pas sans risques pour elles et rencontre de nombreux détracteurs.

1. Que sont les garanties ?

Les garanties sont un dispositif qui assure à un client la vente de son lot quelle que soit la tournure des enchères. Dans ce mécanisme la maison de ventes ou un tiers (conjointement avec cette dernière qui assure le rôle d’intermédiaire) achète l’œuvre, à un prix fixé en amont des enchères, si aucun enchérisseur ne porte une enchère supérieure au prix garanti. Les garanties sont des montages relativement récents que la crise de 2008 avait stoppés jusqu’en 2015. En 2015, le duopole Christie’s-Sotheby’s fait entrer dans le jeu des tiers pour garantir les œuvres : chez Sotheby’s sous le nom d’irrevocable bid (ordre d’achat irrévocable) et third-party guarantee (tierce partie) chez Christie’s. Principalement utilisées à Londres et à New York – pour les lots les plus importants –, en France les garanties existent depuis 2011, mais sont peu utilisées en raison du manque de lots exceptionnels.

2. Pourquoi les maisons de ventes proposent-elles des garanties ?

Ce mécanisme prend de plus en d’ampleur. Lors des grandes ventes d’art contemporain du soir de New York en novembre 2018, le catalogue de vente comportait 46 lots assortis de garanties sur 81 lots mis en vente chez Sotheby’s, et 18 sur 51 chez Christie’s. Cette assurance vise à convaincre un collectionneur de mettre en vente un tableau ou une sculpture et bien sûr de le confier à la maison de ventes qui le sollicite. Les lots prestigieux susceptibles de faire des records sont en effet indispensables à la réputation de l’auctioneer. Ainsi Nu couché (sur le côté gauche) de Modigliani adjugé chez Sotheby’s en mai 2018 pour la somme considérable de 157 millions de dollars (137 millions d’euros) était garanti, pour un montant que la maison de ventes n’a pas voulu communiquer.

3. Que deviennent les lots garantis ?

Si l’œuvre est adjugée pour un montant dépassant le prix garanti, et selon les accords signés en amont, les bénéfices sont partagés entre les différentes parties. Le lot revient au plus offrant, comme lors d’enchères classiques ; le tiers restant libre d’enchérir au-dessus du montant de son ordre pendant la vente. Si les enchères ne dépassent pas le prix garanti, il devient la propriété du garantisseur, c’est-à-dire de la maison de ventes ou de la tierce partie. Pour cette dernière le mécanisme est avantageux. Le tiers contourne ainsi le jeu classique des enchères en s’assurant une compensation financière si le lot est vendu au-delà de ce montant.

4. Quels sont les risques ?

Le risque principal est qu’il n’y ait pas d’enchérisseur au-dessus du prix garanti (souvent le prix de réserve) et que la maison de ventes se retrouve propriétaire de l’œuvre. Or une œuvre « ravalée » perd de sa valeur et il est difficile de la remettre au feu des enchères avant plusieurs mois voire années. L’opérateur doit trouver un acheteur de gré en gré, souvent à un prix inférieur au prix garanti, la différence constituant alors une perte pour l’opérateur. Ainsi Sotheby’s a cédé au premier semestre 2018 pour 56 millions de dollars d’œuvres dont elle s’est retrouvée propriétaire. Et dans le cas d’une œuvre garantie par un tiers, la maison de ventes ne perçoit souvent pas de commission acheteur, pénalisant sa rentabilité globale.

5. Les garanties faussent-elles le marché ?

Ce débat agite les professionnels. Certains estiment que ce mécanisme fausse le « libre jeu des enchères » en supprimant l’aléa. Ce à quoi d’autres répondent que le prix de réserve est déjà un élément de contrainte. Il est également fait reproche de l’opacité du système. En théorie, une œuvre garantie doit être obligatoirement mentionnée dans un catalogue, mais les maisons de ventes utilisent pour ce faire des codes peu lisibles du grand public. Il est vrai que seuls les grands marchands ou collectionneurs, parfaitement au fait du procédé, enchérissent sur de telles œuvres. Il est aussi fait grief, dans le cas de la garantie par un tiers, que ce tiers a accès à des informations que n’ont pas les autres enchérisseurs, notamment le prix de réserve ou qu’il bénéficie de privilèges, par exemple l’exemption de frais acheteurs. Dans un autre registre, les antiquaires et galeries se plaignent d’un procédé qui donne des arguments supplémentaires à des opérateurs qui en ont déjà beaucoup à leur goût.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°514 du 4 janvier 2019, avec le titre suivant : Comprendre les garanties dans les Ventes aux enchères

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