Mardi 18 décembre 2018

Mobilier ancien

Commode et pas commode

Sur fond de conflit, une rare commode Louis XV est proposée à Drouot le 2 octobre

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 16 septembre 2009 - 688 mots

PARIS - Lancée début 2009, la jeune société de ventes parisienne Europ Auction s’est une nouvelle fois vue refuser l’accès à l’hôtel Drouot pour sa vacation de la rentrée, au grand dam de ses actionnaires.

Pourtant, en prévision de sa vente de prestige de mobilier ancien du 2 octobre, elle s’était offert un sésame en la personne de Didier Lafarge, ancien « marteau » de la SVV Massol à l’hôtel des ventes. Le commissaire-priseur, qui est entré dans le capital d’Europ Auction et assume aussi les fonctions de directeur général de la maison de ventes depuis juin dernier, reste un actionnaire important de Drouot. « Dans ces conditions, nous empêcher de vendre à Drouot va à l’encontre du règlement intérieur de l’hôtel de ventes, lance Jean-Philippe Dumonceau, président d’Europ Auction. Nous avons obtenu du président du tribunal de commerce de Paris une Ordonnance nommant un huissier avec la mission de se rendre dans les locaux de Drouot Holding et de solliciter la remise des procès-verbaux des conseils d’administration de Drouot Holding qui ont statué sur notre cas. » Nous avons tenté de joindre à plusieurs reprises Georges Delettrez, président de Drouot Holding, mais celui-ci ne nous a jamais répondu. Certains utilisateurs de Drouot trouvent cependant déplacé de refuser l’entrée du temple des enchères parisien à un nouveau partenaire, à l’heure où son chiffre d’affaires s’effrite (de -15 % en valeur à l’issue du premier semestre 2009).

De facture royale
En attendant, la vente de prestige du 2 octobre d’Europ Auction aura bien lieu à Drouot, mais sous l’enseigne de la SVV Giafferi en solution de secours. Le clou de la vente est une exceptionnelle commode en laque du Japon d’époque Louis?XV (vers 1755), estampillée Joseph et estimée 1 à 1,5 million d’euros. « On ne connaît que trois commodes de Joseph en laque du Japon à travers le monde, dont celle que nous présentons et qui est inédite. Les deux autres sont conservées au Victoria & Albert Museum de Londres et au J.?Paul?Getty Museum de Los Angeles, rapporte l’expert Jean-Michel Franc. À l’égal de Bernard II Van Risen Burgh (dit BVRB), Joseph a produit des meubles d’une qualité exceptionnelle, mais sa production est plus rare. On ne lui connaît qu’une soixantaine de meubles. En tant que “ébéniste privilégié suivant la Cour”, Joseph travaillait pour des marchands-merciers qui revendaient leurs meubles aussi bien à une clientèle de riches particuliers, souvent proches de la Cour, qu’à la Couronne. Au vu de sa qualité, du caractère extraordinaire de la ciselure de ses bronzes et de leur décor ainsi que de celle du laque, il est évident que cette commode a dû appartenir à une personnalité de l’entourage royal. »
Une rare console d’époque Louis XIV (vers 1680) fait aussi l’objet de toutes les attentions. Estimée 80 000 euros minimum, elle se présente avec un piétement en chêne richement sculpté et doré, similaire à celui de meubles conservés dans de prestigieuses institutions telles que le château de Versailles, le Musée des arts décoratifs de Paris et le Philadelphia Museum of Art. Elle est de plus coiffée d’un plateau en jaspe de Sicile, rare pierre dure tant appréciée des Médicis. Notons encore une importante console d’époque Empire, estampillée Jacob, en acajou et placage d’acajou, avec une riche ornementation de bronzes ciselés et dorés à décor de sphinges ; une belle table chiffonnière d’époque Louis XVI, estampillée Montigny, à décor de marqueterie et de bronzes ciselés et dorés, estimée 40 000 euros ; ou encore une paire de bergères en cabriolet d’époque Louis XV, estampillée Nogaret, en bois naturel et sculpté, estimée 18 000 euros. Au total, plus de 400 meubles et objets d’art, estimés 3,5 millions d’euros, seront dispersés par Dominique Giafferi et par Nathalie Vermot, jeune commissaire-priseur habilitée à la fois chez Giafferi et Europ Auction.

MOBILIER ET OBJETS D’ART, vente le 2 octobre à Drouot, 9, rue Drouot, 75009 Paris, SVV Giafferi, tél. 06 88 82 49 46, expositions publiques : du 21 au 30 septembre 10h-18h (sauf le dimanche) à la galerie Camille Bürgi, 3, rue Rossini, 75009?Paris et à Drouot le 1er octobre 11h-21h et le 2 octobre 11h-12h, www.giafferi.auction.fr<:a>

MOBILIER ET OBJETS D’ART
Experts: Camille Bürgi, Jean-Michel Franc et Armand Godard-Desmarest
Estimation: 3,5 millions d’euros
Nombre de lots: 440

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°309 du 18 septembre 2009, avec le titre suivant : Commode et pas commode

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