Samedi 28 novembre 2020

Enquête

Comment les rois de l’Internet collectionnent

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 16 février 2011 - 554 mots

Pour les amateurs d’art issus de l’industrie numérique, Internet est un moyen et non une fin dans l’achat d’œuvres d’art.

PARIS - Ils sont jeunes, ils sont riches et, depuis peu, ils sont collectionneurs. « Ils » ? Les nouvelles fortunes d’Internet qui commencent à faire leur marché dans les galeries et en ventes publiques. P.-D.G. de vente-privee.com, Jacques-Antoine Granjon avait acheté à la FIAC, à Paris en 2006, les deux sumos de David Mach présentés par Jérôme de Noirmont (Paris). Fondateur de pixmania.com, Steve et sa femme Chiara Rosenblum achètent depuis cinq ans de l’art contemporain. En octobre dernier, ils ont inauguré un bel espace dans le 13e arrondissement parisien. Fondateur du site de rencontres Meetic et grand amateur de littérature, Marc Simoncini achète lui aussi depuis cinq ans, notamment Jean-Michel Basquiat, On Kawara, Erwin Olaf et, récemment, David Mach. 

Selon l’intuition
Les nouvelles technologies influencent-elles leur mode d’achat ? Pas vraiment. Ainsi Marc Simoncini achète-t-il plutôt au gré du vent, selon ses impulsions et intuitions, des œuvres simples et puissantes visuellement. « Je passe 80 % de ma vie sur Internet. Je regarde les catalogues de ventes publiques sur Internet, mais je n’achèterai jamais un tableau sans l’avoir vu, précise-t-il. J’ai acheté mes voitures sans les voir, je pourrais aussi le faire pour une maison, mais pas pour une œuvre d’art. Le lien qu’on établit avec une œuvre n’est pas reproductible sur la Toile. Internet est un outil, une aide, mais cela ne peut pas remplacer le contact humain. » Celui-ci avoue avoir été désillusionné par des œuvres repérées sur Internet et appréhendées ensuite de visu, et inversement, avoir été enchanté par des œuvres qui, sur la Toile, passaient inaperçues. 

Recherche méthodique
« Internet ne correspond pas à notre mode d’achat, mais de recherche, car nous n’avons pas le temps, ni en semaine et ni vraiment le samedi, de voir les galeries, explique pour sa part Steve Rosenblum. Je me connecte vers 22 heures et je peux y passer deux heures. Il n’y a pas d’effet de saturation, et pas le stress d’être très concentré. » Si sa collection révèle une sensibilité et des partis pris forts, la recherche, elle, est méthodique. « Mon métier est basé sur les données. Je modélise en permanence les forces en présence, les centres et les nœuds du marché pour déterminer comment il est structuré. J’arrive à en avoir une macrovision, et cela vaut aussi pour le marché de l’art, poursuit-il. J’ai l’esprit analytique, je trie et je pondère les données. Quand un artiste m’intéresse, j’étudie son historique, sa trajectoire. Je vois d’autres artistes qui ont exposé avec lui et j’établis des liens. »

Les créateurs qui l’intéressent sont classifiés dans un répertoire sur son disque dur. À l’étape de recherche sur Internet succède celle de la plongée dans les livres. Il est arrivé aux Rosenblum d’acheter une pièce vue sur Internet, à l’instar de la sculpture de Duane Hanson découverte sur le catalogue de Christie’s online et acquise au téléphone. Le couple a récemment acquis, via Internet, des œuvres de Tamar Halpern dont ils avaient vu préalablement le travail à Miami. « On ne peut acheter une œuvre sur Internet que si on connaît bien le travail d’un artiste », constate Steve Rosenblum. Même pour les acteurs et usagers de l’immatériel, le tangible reste incontournable. 

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°341 du 18 février 2011, avec le titre suivant : Comment les rois de l’Internet collectionnent

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