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Christophe Gaillard : « Ma théorie : faire les choses et voir ensuite ce qui vient »

Par Anne-Cécile Sanchez · L'ŒIL

Le 26 mai 2021 - 817 mots

Moins de quinze ans après l’ouverture de sa galerie parisienne, le galeriste s’apprête à ouvrir un nouveau lieu, La Résidence / Le Tremblay, à deux heures de Paris.

Le chantier de La Résidence/Le Tremblay est sur le point de se terminer. Ce lieu qui comprend, au milieu d’un parc paysagé, un petit château du XVIIIe restauré ainsi qu’une dépendance, sera-t-il ouvert au public ?

Nous l’ouvrirons à certaines occasions, comme peut-être les Journées du patrimoine, mais c’est avant tout un lieu que nous avons voulu pour prendre le temps d’échanger avec les artistes, les collectionneurs, les commissaires d’expositions, les critiques d’art et les amis, aussi, de la galerie. Nous y accueillerons des artistes en résidence dans un très bel atelier et, chaque saison, nous organiserons un événement, un symposium qui sera l’occasion de réunir des participants autour d’un thème de réflexion et… des nouveaux légumes du potager ! Pour commencer, j’aimerais lancer un séminaire d’automne sur la sculpture d’extérieur. C’est un thème qui m’intéresse, car j’envisage d’installer des sculptures dans le parc, d’une superficie de onze hectares, mais je ne veux surtout pas d’un parcours d’œuvres comme un chemin de croix avec ses différentes stations. La première sculpture que nous allons inaugurer est une fontaine d’Hélène Delprat, avec des serpents d’où jaillissent des jets d’eau, des loups-sangliers tenant des torches en verre à la Max Ingrand et un ours dont la tête sera dorée à la feuille d’or. Une œuvre dans un esprit baroque qui évoque les jardins de Bomarzo.

La Résidence/Le Tremblay a-t-elle vocation à générer des revenus ?

Je ne l’ai pas conçue de cette manière et je ne me suis livré à aucun calcul préalable. C’est ma théorie : faire les choses et voir ensuite ce qui vient. Je ne crois pas au business plan, car il vaut mieux rester ouvert à toutes les opportunités, même celles qui n’étaient pas prévues. Si l’on avait raisonné en termes d’argent, il aurait été plus raisonnable de ne pas faire la fontaine – elle a coûté environ 180 000 euros. Mais cette sculpture contribue à faire du Tremblay un lieu unique. De très beaux endroits, il en existe partout. Sans la fontaine, il manquerait une grandeur médicéenne à celui-ci. Or, il me plaît d’être prescripteur de commande : puisque nous ne sommes que de passage sur cette terre, donnons à voir du beau ! Cela n’est pas une question de goût ; j’espère que les gens seront touchés par la folie qui nous a animés pour mener à bien ce projet.

Comment ce projet est-il né ?

Il est né de l’envie de partager un bien-vivre autour des jardins, du potager ou des bibliothèques que nous voulons installer dans les chambres. Je suis un grand curieux ; ce lieu me permet de croiser tous mes centres d’intérêt, de la peinture du XVIIIe au wabi-sabi, qui donne la primauté au dépouillement, comme celui d’un mur de brique magnifié par une peinture bronze. On y présentera des œuvres d’art, on y fera des concerts… Et nous allons organiser une fête d’inauguration le 26 juin.

Qu’en est-il du financement ?

Le prix du château, en piteux état, était celui d’un petit deux-pièces parisien. L’achat et les travaux ont été financés sur les fonds propres de la galerie, complétés par un prêt auprès d’une banque, à hauteur d’un tiers environ du budget. Finalement, le seul dépassement est dû à la réfection de la façade, sur laquelle il a fallu changer des pierres, des enduits béton, etc. Pour le reste, nous sommes dans l’épure.

Cet investissement va-t-il modifier les objectifs de la galerie ?

Non, nous allons continuer à travailler comme nous l’avons toujours fait, guidés par nos passions. Ce sont ces mêmes passions qui vont nous permettre d’avancer, mieux que des calculs.

La galerie représente aussi bien des artistes proches de l’Art brut qu’un sculpteur minimaliste comme Richard Nonas, mais aussi des photographes. Quelle est la ligne de la galerie ?

De ne justement pas en avoir, de rester imprévisible. De nombreux collectionneurs sont eux-mêmes éclectiques dans leurs choix, ils apprécient qu’on leur fasse découvrir des choses, que ce ne soit pas toujours pareil. D’ailleurs, ils peuvent parfois me surprendre. Ainsi, François Pinault, qui était venu un jour pour voir les œuvres d’Hélène Delprat, est tombé en repartant sur les photos de Marcel Bascoulard, et il en a acheté plusieurs.

Avec quelle exposition rouvrez-vous la galerie ?

Une exposition autour du travail de Daniel Pommereulle, qui est surtout connu des artistes et des initiés, et que nous avons voulu montrer en résonance avec d’autres œuvres, de Martin Barré à Unica Zürn, en passant par Jean-Pierre Raynaud, qui est un grand fan de Pommereulle. Ces œuvres proviennent de collections privées, de marchands… Il ne s’agit pas de traquer des influences ou des inspirations. C’est un carambolage, pour reprendre l’expression de Jean-Hubert Martin, mais qui relève moins de la forme que du ressenti.

Galerie Christophe Gaillard,
5, rue Chapon, Paris-3e, galeriegaillard.com

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°744 du 1 juin 2021, avec le titre suivant : Christophe Gaillard : "Ma théorie : faire les choses et voir ensuite ce qui vient"

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