Mercredi 19 février 2020

Belgique

Brafa se mobilise, mais les ventes sont poussives

Par Marie Potard · Le Journal des Arts

Le 2 février 2016 - 802 mots

Malgré une organisation et un décor soignés, beaucoup de marchands avouent avoir peu vendu. Les acheteurs se sont montrés plus hésitants que d’habitude.

BRUXELLES - Pour sa 31e édition, la Brafa (Brussels Art Fair), qui a fermé ses portes le 31 janvier, avait innové sur plusieurs plans mais cela n’a pas suffi. Parmi ces innovations, un aménagement différent de l’espace a permis d’ajouter 10 % d’exposants, soit 137 en tout. Ensuite, la circulation entre les stands a été améliorée, tandis que la décoration a été confiée à la société Stabilo, celle-là même qui organise Tefaf de Maastricht. Si ces changements ont permis aux stands de respirer, en revanche, la circulation était plus complexe et nombreux étaient les visiteurs qui se perdaient.

Des efforts notables
Certains stands sortaient du lot, comme celui de Steinitz, toujours raffiné, Phoenix Ancient Art, le Couvent des Ursulines (mais il faut aimer l’époque Charles X) ou encore Dierking-Frank Landau et Thomas Salis art & Design qui mélangeaient époques et styles avec une maison démontable de Jean Prouvé (900 000 euros), de l’art Khmer, du design, de l’art moderne et une commode italienne en bois doré du XVIIIe siècle. Puisque c’est la tendance aujourd’hui, comme l’avait déjà démontré Frieze Masters en octobre dernier, d’autres stands étaient le fruit de collaborations, comme celui d’Éric Coatalem et Philippe Perrin mélangeant mobilier, sculpture et tableaux anciens. De retour sur la foire après plusieurs années d’absence, les deux marchands se disaient déçus par cette édition. Le stand Stern-Pissarro (Londres) se distinguait également par l’importance en valeur des œuvres proposées, avec notamment un Monet, La Seine près de Vétheuil, temps orageux, proposé à 6,8 millions d’euros.
La déception vient donc du niveau des transactions, les marchands étaient dans l’ensemble plutôt dépités alors que paradoxalement, « le taux de fréquentation est en hausse par rapport à l’an passé », affirmait Harold t’Kint de Roodenbeke, président de la foire. « C’est plus dur », notait l’un d’eux ; « les acheteurs mettent du temps à se décider », rapportait l’autre ; « ça se passe doucement », indiquait Jean-Jacques Dutko. « Même si nous avons vendu, le climat n’est pas favorable et le salon a été plus difficile que les années passées », confiait Fabien Mathivet. La galerie De Jonckheere qui participait pour la première fois à la foire, proposant peinture ancienne et moderne, était en négociation pour une œuvre, mais guère plus. Il concédait en outre qu’un tableau de Gustave de Smet, La Fête foraine (entre 300 000 et 600 000 euros) suscitait beaucoup d’intérêt.

Des marchands plus ou moins satisfaits
« Mon niveau de ventes est assez bon », constatait pourtant Harold t’Kint de Roodenbeke, qui a vendu ses deux pièces phare, Sheherazade, de Magritte (entre 500 000 et 1 million d’euros) et une aquarelle sur papier de Fernand Léger (entre 200 000 et 300 000 euros). « Cependant, il y a plus d’hésitation que les autres années compte tenu du contexte global, même si la plupart des galeries sont rentrées dans leurs frais. Hors contexte économique, il est certain qu’au vu de l’organisation de la foire, nous aurions pu faire mieux. » Un avis que partage entre autres, Charly Bailly (Bailly Gallery, Genève) : « Il y a une volonté d’acheter, mais les clients se freinent. » Un connaisseur du marché reconnaît de son côté que « plusieurs visiteurs s’étaient plaints de prix surcotés sur le salon ».

La section archéologie comptait cette année douze marchands, un record. Mais pour Antonia Eberwein, « cela casse l’équilibre. Les marchands d’archéologie représentent 8 % des exposants. Or, il n’y a pas 8 % des clients du salon prêts à acheter de l’archéologie. Je trouve dommage qu’il n’y ait pas plus de mobilier Haute époque ou davantage d’argenterie ancienne ». La galeriste, qui a trouvé le salon « un peu dur », présentait notamment une rare bandelette de momie égyptienne de l’époque Ptolémaïque.

Certains marchands ont pourtant tiré leur épingle du jeu. « Malgré tout ce qui se passe, j’ai quand même vendu sept pièces, même si j’en avais cédé dix-huit il y a deux ans. Je suis finalement assez content. On vend tellement mal à Paris en ce moment », soulignait Éric Pouillot. C’est le cas également de Didier Claes, en art tribal, de la galerie Futur antérieur ou de Xavier Eeckhout qui a vendu un tiers des pièces de son stand, notamment une Grande gazelle, de Bugatti. Christophe Hioco a remporté son pari en amenant davantage d’art indien puisque sept pièces ont été vendues, dont un Bouddha de l’époque Pâla (autour de 140 000 euros). Le plus enthousiaste d’entre tous, Alain Berger, estimait avoir très bien vendu, soit plus de vingt pièces, dont une dizaine au-dessus de 45 000 euros, ainsi qu’un bureau plat de Migeon (65 000 euros) et un bonheur-du-jour de Topino (85 000 euros).

Légende photo

Vue du stand de la galerie Steinitz lors de l'édition 2016 de la BRAFA, Bruxelles. © BRAFA.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°450 du 5 février 2016, avec le titre suivant : Brafa se mobilise, mais les ventes sont poussives

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