Lundi 10 décembre 2018

Bernard et Benjamin Steinitz, garder les choses « dans leur jus »

Par Marie Maertens · L'ŒIL

Le 1 avril 2004 - 367 mots

Après avoir modestement sillonné la France entière en faisant du porte-à-porte, les Steinitz commencent à vendre aux plus grands marchands parisiens puis s’installent comme antiquaires dans les années 1960. En 1992, ils aménagent un espace de 700 m2 qui donne conjointement rue du Cirque et avenue Matignon, aujourd’hui un emplacement stratégique situé en face de chez Christie’s. C’est à cette époque que leur fils Benjamin décide de rejoindre l’entreprise familiale. Il admet que l’éclectisme de la galerie, peut-être plus poussé que chez les autres marchands, l’a particulièrement séduit. Davantage spécialisée dans les XVIIe et XVIIIe siècles, cette galerie a en effet l’originalité de présenter des décors d’époque ou de mêler dans une salle recouverte de boiseries de la Régence, des cariatides du xvie siècle accolées à des laques orientaux et un guéridon Empire, le tout surplombé de lustres vénitiens. Les différents espaces, garnis à profusion et coupés de l’extérieur, constituent un voyage hors du temps. La famille possède également des ateliers de restauration à Saint-Ouen, où différents corps de métiers sont représentés. Les meubles sont démontés, nettoyés afin de retrouver les peintures d’origine, les bronzes sont redorés, tout en respectant l’intégrité des œuvres. Les Steinitz reconnaissent préserver le plus possible l’état de conservation tel qu’il se présente à l’achat, ou, comme le dénomme le jargon des antiquaires, « les choses dans leur jus ». D’ailleurs, Benjamin se dit avec malice un peu cabaliste car il croit en la force émotionnelle des objets et aux passions communiquées par les précédents propriétaires.
Il récuse la restauration systématique et avoue avoir vu du mobilier quasiment mort après que leurs nouveaux acquéreurs leur donnent un grand « coup de jeune ». Sa curiosité le pousse également à faire des recherches de provenance qu’il publie dans un ouvrage annuel ou bisannuel, alors satisfait de communiquer ces informations « lorsque la part de mystère s’est évaporée… »
La galerie sera présente à la foire de Maastricht, où ironiquement de nombreux clients français achètent alors qu’ils ne franchissent pas nécessairement le pas de la galerie, ce que les Steinitz regrettent, toujours avides de parler de leurs trouvailles.

Galerie Steinitz, PARIS, 16 avenue Matignon et 9 rue du Cirque VIIIe, tél. 01 42 89 40 50.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°557 du 1 avril 2004, avec le titre suivant : Bernard et Benjamin Steinitz, garder les choses « dans leur jus »

Tous les articles dans Marché

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque