Aux États-Unis, « Supports » refait surface

Par Vincent Delaury · L'ŒIL

Le 19 novembre 2014 - 743 mots

Qui l’eût cru ! Le mouvement né en 1969 visant à déconstruire la peinture est regardé et recherché par les Américains, artistes (principalement new-yorkais), institutionnels et collectionneurs.

Le goût de Supports/Surfaces pour la toile libre, l’empreinte et le refus du pinceau, ainsi que son engagement marxiste intriguent les Américains. Le jeune peintre new-yorkais Wallace Whitney, défendu par les galeries Canada (New York) et Ceysson (Paris) qui promeuvent ensemble Supports/Surfaces sur le territoire américain, note : « Ces artistes à l’esthétique “Do it Yourself ” sont très attirants pour les plasticiens actuels : Joe Bradley, Sarah Braman, Matt Connors, Jacob Kassay, Sadie Laska, Gedi Sibony et moi-même. J’ai découvert Supports/Surfaces il y a quatre ans chez Ceysson. À l’époque, je n’avais jamais entendu parler de ces artistes, comme la plupart du public américain. Pour des raisons mystérieuses, l’art contemporain français est presque totalement inconnu aux États-Unis. » Depuis les deux expositions Supports/Surfaces de 2014 qui ont fait parlé d’elles aux États-Unis (la première en janvier à la Galerie Cherry & Martin de Los Angeles, la seconde en juin à la Galerie Canada de New York, toutes deux en collaboration avec l’équipe Ceysson), la presse américaine s’emballe : une dizaine d’articles de grands médias outre-Atlantique (Art in America, Artforum, The Wall Street Journal, The New York Times…) et environ soixante-dix blogs américains, très suivis, commentent Supports/Surfaces. Et, last but not least, à partir du mois de novembre de cette année, une exposition Supports/Surfaces se déroule à Portland, au Reed College Museum, puis au 356 S. Mission Road, un espace très à la mode à Los Angeles, géré par Laura Owens, qui expose chez Gavin Brown.

Les Américains apprécient ce groupe d’une quinzaine de protagonistes (Arnal, Bioulès, Cane, Devade, Dezeuze, Dolla, Meurice, Saytour, Viallat…) pour l’aventure formelle, le recours aux matériaux naturels insolites (bois, cordes, pierres, tissus…) et pour une certaine nonchalance dans l’exécution. Loïc Bénétière, co-directeur de la Galerie Ceysson, précise : « Ils aiment le côté rude, brut, bricolé, non pas les couleurs vives. » Et Bernard Ceysson, ancien conservateur de musées, d’ajouter : « Certes, la dimension maoïste ne passe pas au premier plan chez eux. Pour autant, les Américains n’en restent pas qu’aux formes. Ils aiment cet art libre, qui amène la peinture en dehors des galeries d’art conventionnelles : elle va dans les paysages, les parcs, sur les plages. Ils ont un lien fort avec la nature, ils lisent Thoreau. Et le côté “trappeur” de certaines pièces signées Pagès ou Grand leur rappelle un univers western qu’ils apprécient. »

La valeur d’un Viallat chez l’Oncle Sam
Les acteurs majeurs qui participent à cette découverte de Supports/Surfaces en Amérique sont les galeries Canada et Ceysson, auxquelles on peut ajouter les galeries Templon et Cherry & Martin ; il y a plus de dix ans, en 2002, le Parisien Daniel Templon, galeriste historique de Supports/Surfaces, avait déjà organisé une exposition Viallat dans la prestigieuse galerie new-yorkaise Cheim & Read. Avouons-le, en ce qui concerne la présence de Supports/Surfaces dans les institutions américaines, il y a encore un effort à faire : certes le MoMA de New York possède des Viallat, dont une belle acrylique sur bâche de 1979, mais c’est tout ! En ce qui concerne les collections privées américaines, le bilan est en revanche meilleur. Le collectionneur américain Steven Guttman, président de la fondation américaine de soutien au Centre Pompidou, a acheté chez Ceysson des œuvres historiques des années 1970 (une corde de Viallat, une échelle de Saytour, un bois équarri de Grand) autour de 100 000 dollars (environ 75 000 euros). En juin 2014, la Galerie Ceysson a vendu deux pièces, l’une de Viallat (une corde de 1972) et l’autre de Buraglio (un tableau de 1982), à deux collectionneurs privés américains. Pour François Ceysson, codirecteur de la galerie : « On peut encore acheter un chef-d’œuvre de Supports/Surfaces pour 100 000 dollars. Certes, nos Français sont dix fois moins chers que les Américains de l’époque (Frank Stella, Robert Morris, Donald Judd…). Et nous ne sommes pas naïfs : les Américains ne se ruent pas en masse sur Supports/Surfaces ! Néanmoins, ce qui nous rend fiers, c’est de savoir qu’ils trouvent une profondeur à ce mouvement et qu’ils cherchent à acquérir des pièces pour combler des manques. » 

Erratum

Dans notre dernier numéro, nous indiquions que M. Antoine Van de Beuque avait été l’ancien président de la maison Wildenstein. Il en a été l’ancien vice-président. L’ancien président étant à l’époque Guy Wildenstein.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°674 du 1 décembre 2014, avec le titre suivant : Aux États-Unis, « Supports » refait surface

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