Foire

Colombie

ArtBo révèle une scène en développement

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 13 octobre 2015 - 734 mots

BOGOTA / COLOMBIE

Dotée d’une vraie identité et présentant une belle homogénéité de contenu, la foire d’art contemporain de Bogotá s’impose comme l’une des plus intéressantes d’Amérique latine.

BOGOTA - Pour l’amateur étranger, même éclairé, faire le voyage jusqu’à Bogotá (Colombie) pour aller visiter une foire d’art contemporain n’est pas une démarche spontanée, même si depuis quelques années la scène artistique locale monte en puissance. Et pourtant… ArtBo, qui du 30 septembre au 4 octobre organisait sa onzième édition, a enclenché la vitesse supérieure depuis l’arrivée à sa tête en 2012 de María Paz Gaviria. Alors que la précédente édition regroupait 66 galeries, ce sont cette année 84 exposants provenant de 33 pays qui se sont rassemblés dans la capitale colombienne. Mais si les chiffres ne font pas tout, la qualité est un facteur essentiel.

Or ArtBo a acquis une véritable identité et présente un visage différent de celui de nombreuses manifestations commerciales dans le monde, latino-américain ou non ; elle est parvenue à allier à la qualité des exposants une surprenante homogénéité de contenu. Là où Zona Mexico remplit ses travées avec trop d’acteurs de seconde zone, et SP-Arte affiche à São Paulo une liste internationale certes attractive mais qui n’a rien d’original, le salon colombien a habilement mêlé galeries locales et acteurs venus de toute l’Amérique latine à des enseignes plus lointaines et de qualité. Jaqueline Martins ou Nara Roesler de São Paulo, Ignacio Liprandi, Ruth Benzacar ou Miau Miau de Buenos Aires côtoient ainsi Annet Gelink (Amsterdam), Gregor Podnar (Berlin), Arcade (Londres), Elba Benitez (Madrid) ou les parisiens Mor.Charpentier et Crèvecœur.

Si, lors de cette édition, quelques stands indéfendables avaient été relégués aux extrémités, comme il est d’usage, l’ensemble avait plutôt belle allure, avec une prédominance de travaux, Amérique latine oblige, développant des problématiques politiques et économico-sociales, ou bien d’aspect conceptuel.

Propriété de la Chambre de commerce et d’industrie de Bogotá, la foire a aussi pour enjeu le positionnement de la ville en tant que destination culturelle et plateforme d’échange, et l’augmentation du nombre de visiteurs internationaux. Cette année encore, ceux-ci sont demeurés majoritairement originaires du continent, États-Unis compris, une poignée seulement d’Européens ayant fait le voyage. Mais l’image de la Colombie change – les bombes posées au coin de la rue, fréquentes jusque dans les années 1990, semblent appartenir au passé – et l’économie est dans une phase de croissance. Un dynamisme qui touche également la création artistique.

Une scène en devenir
Née en 1964, l’artiste Monika Bravo, auteure d’un beau projet sur la lecture présenté sur le stand de (Bis) Oficina de Proyectos (Bogotá), relevait ainsi : « Comme de nombreux artistes de ma génération, je suis partie à l’étranger il y a vingt ans, notamment parce qu’il n’y avait pas de possibilités d’étudier l’art, puis je suis revenue en Colombie il y a quatre ans. Le pays est plus sûr et plus ouvert, et une jeune génération a multiplié des espaces à but non lucratif, ce qui a accompagné la possibilité de créer. »

Directrice de NoMínimo (Guayaquil), l’une des rares galeries d’Équateur, Pilar Estrada Lecaro ne cachait pas son admiration pour la scène locale et la qualité de la foire : « La scène colombienne est véritablement devenue forte, alors qu’en Équateur l’art contemporain est encore à l’état embryonnaire. Il y a sur la foire une vraie exigence dans la sélection des exposants, et les collectionneurs ici achètent potentiellement de tout et pas seulement du local, ce qui ouvre des perspectives intéressantes, même si la zone latine reste encore privilégiée. »

Venu de Zurich avec ses artistes latino – Fernanda Gomes, Francis Alÿs ou Los Carpinteros –, Peter Kilchmann notait pour sa part qu’« il s’agit d’un petit marché mais en croissance constante. Il y a dix ans tous ces collectionneurs venaient à Miami, désormais ils peuvent acheter ici ».

Un autre trait caractéristique d’ArtBo, et non des moindres, est qu’elle ne cherche pas à attirer les galeries les plus puissantes du monde. Ce qu’a pu constater Gregor Podnar selon lequel « cela lui donne une touche différente, ils tentent d’éviter la “macdonaldisation” de l’art ». Une vision défendue par María Paz Gaviria : « ArtBo est une foire de découvertes, avec des propositions commerciales et d’autres qui le sont moins. Les très grandes galeries ne sont pas notre priorité, mais peut-être certaines seront-elles conviées plus tard, si nous grandissons de manière organique avec le marché. » À suivre donc…

Légende photo

Fernando Zarif, Sans titre, acrylique, plumes et fils de coton sur toile, 70 x 54 x 2,5 cm. Courtesy Galeria Luciana Brito, Sao Paulo.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°443 du 16 octobre 2015, avec le titre suivant : ArtBo révèle une scène en développement

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