Vendredi 30 octobre 2020

Foire

Art Basel : la folie des grandeurs

Par Stéphane Renault · lejournaldesarts.fr

Le 14 juin 2017 - 771 mots

BÂLE (SUISSE) [14.06.17] - La 48e édition de la foire bâloise ouvre ses portes au grand public ce jeudi jusqu’au 18 juin. Depuis lundi, les professionnels et VIP ont pu découvrir en avant-première les différents secteurs au sein du Messe Basel dessiné par Herzog & de Meuron ainsi que le Parcours proposé en ville. Premières impressions.

Est-ce un hasard ? Parallèlement au secteur Design, situé juste en face, l’ouverture d’Unlimited, consacré aux pièces et installations monumentales, marque le coup d’envoi du feu d’artifice annuel du marché de l’art à Art Basel. Autant dire, d’emblée, la volonté de frapper fort. De fait, le secteur affiche des propositions sans limites, par leur dimension comme leur qualité, justifiant pleinement son intitulé. Le meilleur y côtoie le pire, des pièces historiques au tape-à-l’œil, en passant par le ballon de baudruche qui ne déparerait pas sur la plage - voir l’installation de Otto Piene. Le tout dans une ambiance de fête foraine chic, avec champagne à volonté et selfies pour instagram devant des œuvres dont l’efficacité visuelle volontiers facile est inversement proportionnelle à l’exigence intellectuelle requise. Ajouter à la recette un soupçon de sexe pour pimenter le tout, à l’instar du totem phallique de Peter Regli (Lévy Gorvy).

Reste qu’au-delà du gigantisme, on ne boude pas son plaisir devant un nombre non négligeable d’œuvres. Parmi les 76 projets présentés, on retiendra au rayon du meilleur - sélection par définition subjective : La longue Marche (1974), exceptionnelle frise chromatique de 20 mètres de Julio Le Parc (Perrotin, en collaboration avec Nara Roesler), la vidéo Underwater Pavilions de Doug Aitken (303 Gallery, Victoria Miro, Eva Presenhuber, Regen Projects), les éclairs à la craie sur fond de tableau noir de Tacita Dean dans When first I raised the Tempest (Marian Goodman), le Ear sofa de John Baldessari (Marian Goodman, Sprüth Magers), légende vivante dont les œuvres sont omniprésentes sur les stands de la foire, en particulier dans le secteur Galleries. A voir aussi, l’installation sur un bras robotisé de textes en LED de Jenny Holzer (Sprüth Magers), les toiles de Thomas Huber (Skopia), la vidéo de l’Islandais Ragnar Kjartansson World Light- The Life and Death of an Artist (i8 Gallery, Luhring Augustine), l’installation mix media avec vidéo Gospel Rocket (2005) du regretté Mike Kelley (Blondeau & Cie), Royal (1971), toile représentant un pneu avec trace au sol, signée Peter Stämpfli (Vallois). Citons enfin le projet et la performance de Subodh Gupta Cooking the World (Galleria Continua, Hauser & Wirth), le très bel accrochage de néons Weeping Neonly (2001) du non moins regretté François Morellet (Kamel Mennour), Walks In Walks Out de Bruce Naumann (Sperone Westwater) ou encore la vidéo marquante, faite d’une succession d’images syncopées sur fond de rythme techno APEX (2013), réalisée par Arthur Jafa (Gavin Brown’s enterprise).

Dans une démarche à l’évidence non dénuée d’ironie caustique sur cette dérive qui a vu la foire suisse se muer au fil des ans en événement mondain et jet-set incontournable, privilégiant le divertissement sur le sens des œuvres, la jeune Claudia Comte propose sur la Messeplatz une installation réjouissante, où le public peut s’adonner sur différents stands à des jeux, du chamboule-tout à la piste de danse avec DJ (« Dance or die » !), avec la promesse de gagner une sculpture. Devant son projet intitulé Now I won, un panneau explicite accueille les visiteurs : Welcome to the fun fair. Succès garanti.

Dans les secteurs Feature, Statements et Galleries, le Saint des saints, on pouvait découvrir en « First Choice » dès mardi midi la sélection 2017 des meilleures galeries de la planète. Quelques heures seulement après l’ouverture, électrique, plusieurs marchands témoignaient de leur confiance sur la bonne santé retrouvée du marché, de nombreuses œuvres étant réservées ou avec des options en cours, à l’instar d’un magnifique Bacon chez Malborough ou d’un paysage de Polke chez David Zwirner. En vertu de l’adage bien connu : « vu à Venise, acheté à Bâle », un certain nombre de galeries proposent sur leurs murs des artistes présentés à la Biennale et à la Documenta 14 à Cassel. Ainsi de Douglas Gordon chez Gagosian ou Geta Bratescu chez Hauser & Wirth. Les photographies de Wolfgang Tillmans, auquel la Fondation Beyeler consacre une remarquable rétrospective, sont également largement exposées.

A Liste, la dynamique foire satellite dédiée aux jeunes galeries et artistes émergents, cette édition semblait tout autant s’annoncer sous les meilleurs auspices. Les collectionneurs étaient au rendez-vous et plusieurs galeristes qui avaient vendu des pièces dès l’ouverture attendaient des confirmations plus tard dans la semaine. « Bâle est une foire où l’on travaille bien et tous les jours », résumait une galeriste parisienne.

Information
Le site Internet de Art Basel

Légende Photo :
Otto Piene, Blue Star Linz, 1980, galerie Sprüth Magers - Art Basel 2017 section « Unlimited » © photo Stéphane Renault pour LeJournaldesArts.fr

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