Jeudi 13 décembre 2018

Feria ARCOMADRID

ARCO sur un air de tango

Par Stéphane Renault · Le Journal des Arts

Le 28 février 2017 - 1061 mots

MADRID / ESPAGNE

Coup de projecteur sur la création argentine à l’occasion de la 36e édition de la foire internationale d’art contemporain de Madrid.

Madrid. « Mira, mira, mira ! » Certains visiteurs ne savaient plus où donner des yeux à l’ouverture de l’édition 2017 de la foire madrilène, du 22 au 26 février, tant la diversité des propositions sur les stands réservait de découvertes, tout particulièrement la scène latino-américaine. Une création dont ARCOmadrid s’est fait une spécialité. Véritable porte d’entrée de l’Amérique latine sur le Vieux Continent, Madrid est désormais un rendez-vous bien installé dans le calendrier de collectionneurs au nombre croissant, attirés par une sélection de qualité et la promesse d’y trouver exposés des artistes peu vus sous nos latitudes. Avec succès – l’an passé, la foire a attiré 100 000 visiteurs.

Cette 36e édition n’a pas dérogé à la règle en consacrant son focus à l’Argentine, qui menait la danse dans une section intitulée Argentina Plataforma/ARCO. Inés Katzenstein, directrice du département d’art de l’université Torcuato Di Tella de Buenos Aires a sélectionné douze galeries argentines sur les 200 de 27 pays présentes cette année dans les pavillons 7 et 9 de l’IFEMA. « J’ai voulu cette sélection la plus représentative de la scène argentine, avec des galeries prestigieuses et de plus jeunes, défendant la création émergente. En invitant ce groupe de 23 artistes, le résultat est un paysage contrasté, un peu à la manière de voisins, différents les uns des autres. Cette diversité est, je crois, ce qui nous représente. » Le marché est encore restreint en dehors de Buenos Aires, qui concentre l’essentiel des galeries. Et relativement fragile, bien que soutenu par des collectionneurs locaux qui ont fait le voyage à Madrid.

Une scène artistique inédite

Carlos Urroz, directeur de la foire, revendique ce rôle de défricheur de nouveaux horizons : « Nous accordons une grande importance à la découverte des scènes peu connues. Nous travaillons avec des commissaires pour mettre en lumière des artistes jeunes, en développement. C’est ce que recherchent la plupart des collectionneurs invités, pour un tiers Latino-Américains, le reste se répartissant à parts égales entre Nord-Américains et Européens. Les galeries nous sont très fidèles. C’est pour nous un signe de dynamisme du marché mais aussi de la qualité du contenu de la foire. » Chantal Crousel participe à ARCO depuis la toute première édition. « La foire s’améliore, surtout depuis les cinq dernières années. Ici, on a l’occasion de voir des œuvres de jeunes artistes, qui méritent tout à fait leur place sur la scène et le marché international. C’est un atout pour une foire quand on n’est pas là juste pour vendre. Pouvoir découvrir ce qui se passe ailleurs sans voyager dans le pays, c’est un bel enrichissement. » La galerie argentine Ruth Benzacar compte, elle aussi, parmi les plus anciennes participantes. Sur son stand, des vidéos de Fabio Kacero, un dessin de Pablo Siquier ou encore des peintures de Valentina Liernur. Orly Benzacar, fille de la fondatrice de la galerie en 1965, voit dans ce « véritable pont entre l’Amérique latine et l’Europe la possibilité de rencontrer de nouveaux collectionneurs, mais aussi des institutions pour montrer nos artistes. » Même credo chez Leopol Mones Cazon de Isla Flotante : « c’est une plate-forme pour montrer au monde notre potentiel artistique. Il est important de développer la scène contemporaine argentine, faire progresser les prix et les ressources des artistes pour leur permettre de travailler. » Omniprésents dans les galeries des rives du Rio de la Plata, les artistes argentins l’étaient aussi chez leurs consœurs internationales. L’occasion de découvrir ou revoir Leandro Erlich, Alberto Greco, Jorge Macchi, Mirtha Dermisache, Diego Bianchi, Liliana Maresca, Eduardo Basualdo, Claire de Santa Coloma, Guillermo Kuitca, Aimée Zito Lema, Mercedes Azpilicueta, Marie Orensanz et bien d’autres.

Plus largement, les grands noms sud-américains étaient de la fiesta, tel le Vénézuélien Jésús-Rafael Soto, dont les vibrations nous parvenaient à la Dan Galeria de São Paulo, non loin d’une sculpture en plexiglas fumé de Francisco Sobrino. Soto à l’honneur encore à la Galeria Cayon avec des créations récentes de son compatriote Carlos Cruz-Diez. Chez la Paulista Nara Roesler, Julio Le Parc dialoguait avec Eduardo Navarro. Les géométries colorées signées Alfredo Hlito étaient à voir chez Jorge Mara-La Ruche. La galerie portègne présentait en outre un accrochage soigné de très belles photographies noir et blanc des années 1930 de Horacio Coppola jouxtant des portraits et montages surréalistes de la même période de Grete Stern. Mendes Wood proposait des œuvres d’Anna Bella Geiger. L’unique galerie représentant le Guatemala, Proyectos Ultravioleta, faisait découvrir Jorge de Leòn et Alberto Rodríguez Collía. De son côté, la cubaine El Apartamento dévoilait le travail de Yornel Martinez et Eduardo Ponjuán. La galerie Revolver de Lima avait dégainé pour l’occasion une hypnotique installation lumineuse en mouvement de José Carlos Martinat, Distractor 3. Le Brésil, le Mexique, le Panama, le Chili ou encore la Colombie étaient représentés, complétant le fort contingent de galeries espagnoles.

Un rendez-vous avec l’Amérique latine

Jocelyn Wolff présentait des pièces de Franz Erhard Walther, bientôt exposé au pavillon Vélazquez dans le parc du Retiro par le Musée Reina Sofía, qui s’est hissé au rang des plus grands musées au monde sous l’impulsion de son directeur Manuel Borja-Villel. Le galeriste bellevillois participe depuis plusieurs éditions. « ARCO est devenue un rendez-vous clé dans le calendrier mondial, offrant un public qu’on ne voit pas à Paris. C’est un point de rencontre, qui fait le lien entre Européens et Latino-américains, comme Art Basel Miami le fait avec l’Amérique du Sud. » Côté transactions, la confiance semblait de mise. « L’an passé, nous avons fait une édition exceptionnelle. Dès lors que l’on a la capacité de venir avec des pièces importantes, les collectionneurs sont au rendez-vous, de toute l’Amérique latine comme les Espagnols, très passionnés. »

À écouter Catherine David, directrice adjointe du Musée national d’art moderne, dans le Centre Pompidou, à Paris, l’engouement pour ARCOmadrid réside dans la complémentarité, depuis quelques années, entre marché et offre institutionnelle pointue : « Il y a aujourd’hui une dynamique forte entre la foire, le travail des galeries et la programmation des musées. L’inauguration de l’exposition consacrée à Bruce Conner au Reina Sofia illustre bien cette synergie dans la qualité des propositions. » Moteur intellectuel, le musée joue ici pleinement son rôle avec valeur d’exemple et une moralité. Ne pas suivre le marché n’exclut pas de l’influencer.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°474 du 3 mars 2017, avec le titre suivant : ARCO sur un air de tango

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