Mercredi 19 décembre 2018

Christie’s

Anthony Streatfield : 1994, un bon cru

Des signes encourageants pour 1995

Le Journal des Arts

Le 1 février 1995 - 803 mots

Anthony Streatfield, Managing Director de Christie’s, n’attache guère d’importance au fait d’avoir dépassé Sotheby’s au dernier trimestre 1994. Il constate la bonne santé du marché du mobilier, de la joaillerie et des tableaux anciens en particulier.

Comment s’est passée, pour vous, l’année 1994 ?
Le meuble et la joaillerie ont été des secteurs exceptionnels. Le marché des bijoux – et pas seulement le jade – est soutenu par le Proche et l’Extrême-Orient, ainsi que par l’Amérique du Nord et du Sud. Les peintures impressionnistes ont obtenu quelques bons résultats cet été. Les ventes composées et les ventes allemandes ont atteint des niveaux très élevés.
La confiance est revenue de façon encourageante. Certaines peintures se sont vendues quasiment au même prix qu’à la fin des années quatre-vingt. Celles qui se sont bien vendues étaient des œuvres rares, qui avaient une bonne provenance et une estimation convenable.
Quant à nos coûts de fonctionnement, ils ont évolué en fonction de notre progression sur de nouveaux marchés. Nous capitalisons sur les marchés où nous sommes déjà présents, tout en contrôlant nos coûts bien sûr. Nos dépenses sont fixes, avec quelques variables, notamment celles qui concernent l’édition des catalogues.
Dans ce domaine, nous tenons compte de la valeur des marchandises, de l’estimation de leur prix de vente, et de la façon d’obtenir le meilleur résultat pour notre client, le vendeur. L’équation est assez compliquée. Mais il y a aussi d’autres aspects : un grand nombre de personnes sont venues voir Houghton avant la vente. Lorsque nous avons édité le catalogue de la collection Givenchy, le nom de Christie’s figurait sur la couverture, et c’est un argument pour les clients qui envisagent de nous confier une collection importante.
Le catalogue de la vente de Houghton a coûté cher, c’est certain. Son coût représente 1 % du montant total des ventes, qui a été de 21 millions de livres ; 1,75 millions de francs, c’est beaucoup d’argent. Mais il a été l’outil essentiel de notre promotion, et continuera de jouer un rôle prépondérant dans la stratégie de marketing de Christie’s.

Vous avez légèrement dépassé Sotheby’s au dernier trimestre 1994.
Oui, mais il s’agit d’un seul trimestre... Les deux ventes les plus importantes de l’automne dernier ont été la vente du Codex de Léonard et la collection Houghton. Nous avons obtenu des prix supérieurs aux estimations.
Votre clientèle a-t-elle évolué, en termes de goût, de prix ? Plus de particuliers, moins de marchands ?
Il y a eu une hausse générale des achats, en provenance des marchands et des acheteurs privés, comme des institutions.

Pour le marché en général, quelles tendances avez-vous observées en 1994 ?
à l’automne 1993, nous avons eu quelques indications sur ce qu’allait être l’année 1994. Ces tendances ont été en fait confirmées dès les premiers mois de 1994. à l’automne 1994, la vente des œuvres allemandes, puis les ventes des tableaux contemporains et modernes à Londres et à New York ont été encourageantes. Les pourcentages de vendus atteignent environ 85 %.

Les principaux facteurs de la progression du marché de l’art, cette année, semblent être directement liés à la situation économique mondiale. Lesquels mettriez-vous particulièrement en avant ?
Ce qui compte avant tout, ce sont les objets qui arrivent sur le marché. Il faut qu’ils soient beaux ; leur provenance joue aussi un grand rôle. De nouveaux domaines sont apparus : la vente de tableaux allemands des XIXe et XXe siècles à Londres, par exemple. La vente des Orientalistes a constitué un autre succès, ainsi que celle des tableaux d’oiseaux et des scènes d’intérieur. à court terme, les problèmes d’un pays comme le Mexique, qui est sujet à de fortes fluctuations d’ordre économique et politique, influencent les achats sur place. Cependant les collectionneurs mexicains sérieux demeurent intéressés par l’achat d’œuvres d’art importantes quand elles sont proposées à la vente.

Comment les différents secteurs – mobilier, objets d’art, art ancien, moderne, contemporain, Art déco – ont-ils évolué ?
Des secteurs comme celui du mobilier ont très bien marché pendant toute l’année 1994, notamment en Europe. Nous avons terminé 1993 avec la vente Givenchy à Monaco, une vitrine idéale pour montrer ce qu’on peut faire avec bel ensemble. Il y a eu la vente de meubles anglais et le triomphe de la vente de Houghton, ainsi que la fantastique vente de meubles suédois. Et aussi des tableaux anciens, comme la vente du Canaletto en avril, qui a été excellente.

La vente des tableaux français à Londres, cet été, n’a-t-elle pas été un peu difficile ?
Il s’agissait d’une petite vente d’œuvres classiques, en dehors des ventes habituelles d’avril et de juillet. Mais le tableau de Jean-François de Troy, La lecture de Molière (qui venait du château de Houghton), s’est vendu 30,6 millions de francs. Le bas-relief assyrien s’est merveilleusement bien vendu. Les ventes de meubles de South Kensington ont connu aussi d’étonnantes réussites.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°11 du 1 février 1995, avec le titre suivant : Anthony Streatfield : 1994, un bon cru

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