Aipad

30 ans

Le Journal des Arts

Le 15 avril 2009

La foire américaine de photo a fêté son anniversaire à New York.

NEW YORK - Les esprits n’étaient pas à la fête lors du 30e anniversaire de l’Aipad (Association of International Photography Art Dealers) que cette foire sélective pionnière célébrait au cœur du quartier le plus huppé de Manhattan. Du 26 au 29 mars, soixante-treize de ses cent vingt membres bravaient les périls d’une ville gouvernée par la Bourse. « Le marché de la photo, c’est l’Amérique. Mais avec la crise financière actuelle et l’“affaire Madoff”, on s’attend à zéro vente. N’importe laquelle sera un plus », pronostiquait le marchand londonien Eric Franck, lequel avait loué 18 000 dollars (env. 13 000 euros) son stand de 30 m2 : une opération de communication aux yeux de ce rare représentant des galeries étrangères (sept au total). « Pour maintenir le niveau de qualité habituel », affirmaient les organisateurs – et remplir les stands d’une foire mobilisant un budget de plus de 500 000 dollars –, l’Aipad, qui inaugurait un partenariat avec l’assureur Axa Art, avait dû inviter des galeries postulantes telles que Rick Wester Fine Art (New York), Robert Morat Galerie (Hambourg) et trois librairies photographiques. Harper’s Books (East Hamptons) cédait aussitôt à une institution américaine l’exemplaire personnel de Let us now praise famous men de Walker Evans pour 35 000 dollars.

Un Kertész à 600 dollars
En 1979, l’édition photographique n’est alors pas en vogue lorsque quinze marchands américains férus de photographie ancienne et moderne fondent l’Aipad, où s’échangent des vintages et se vendent déjà des clichés d’Ansels Adams. Un tirage d’André Kertész se négocie à l’époque entre 600 et 1 500 dollars. Cette foire itinérante prospecte sa clientèle à travers les États-Unis avant de s’établir, dès les années 1980, à date fixe dans un hôtel new-yorkais où elle s’ouvre au public. L’explosion de la photo contemporaine attire des galeries d’art branchées. Depuis trois ans, l’Aipad se tient à l’Armory Park Avenue, un lieu d’expositions chic permettant d’accrocher les grands formats qui plaisent aux grosses fortunes voisines. « Ces dix dernières années, les segments de la photographie historique et contemporaine sont ceux qui ont le plus progressé, expliquait Stephen Bulger (Toronto), président de l’Aipad. L’exposition “Innovation” [organisée dans le cadre de la foire] offrait un nouveau moyen de démontrer notre expertise dans ces domaines. » Une « chasse au trésor » historique, habilement accrocheuse, menait d’un daguerréotype de Pierre-Ambroise Richebourg à une œuvre numérique de Lisa Holden en passant par un tirage solarisé d’Edmund Teske.

Remise inhabituelle
Foin d’images dérangeantes. Cette 29e édition abondait en habituels classiques de choix où se notaient une rareté du primitif J. B. Greene à 40 000 dollars ou des œuvres de Harry Callahan, Bill Brandt et Joseph Breitenbach entre 7 000 et 18 000 dollars. S’y mêlaient les vues contemporaines de Stephen Shore à 24 000 dollars ou de Jeffrey Conley à 900 dollars. Fidèles au rendez-vous, les conservateurs d’institutions américaines et étrangères, les collectionneurs et les marchands cherchaient en vain ces images « à tomber » dénichées lors des éditions passées. L’attrait du « people » commercial perçait avec les portraits en grand format de la princesse Diana par Vik Muniz (Edwynn Houk Gallery, New York) ou du couple Obama dans son intimité en 1996 à Chicago (Lee Marks Fine Art, Shelbyville). Prudente, la Robert Klein Gallery (Boston), qui montrait un portrait de Dora Maar par Man Ray à 900 000 dollars, avait baissé ses prix de 15 % tandis que des stands octroyaient une remise inhabituelle assortie de délais de paiement. « Ce qui est nouveau, c’est le rabais de 20 % que nous demandent les clients », notait de son côté William Hunt (Hasted & Hunt Gallery, New York), qui défendait Julian Faulhaber, une valeur montante.
La surprise provenait des 8 000 visiteurs comme d’une embellie du marché : Yancey Richardson Gallery (New York) vendait vingt tirages contemporains d’Hellen Van Meene et d’Andrew Moore entre 7 100 dollars et 15 800 dollars ; Throckmorton Fine Art (New York) cédait dix pièces dont un vintage de Manuel Álvarez Bravo à 50 000 dollars. Quant à la galerie Serge Plantureux (Paris), dont le résultat avoisinait 200 000 dollars en cinquante ventes, elle a vu partir à 20 000 dollars un cliché méconnu d’Henri Cartier-Bresson, à la veille de la rétrospective de l’artiste, au MoMA en 2010. Mais, pour un tiers des exposants, la foire aurait été un fiasco.
Après l’échec de la fusion entre l’Aipad et Paris Photo en 2005, puis celui d’une édition de l’Aipad à Miami en 2007, la foire new-yorkaise s’oriente vers le partenariat médiatique avec des festivals tels que le Mois de la photo parisien.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°301 du 17 avril 2009, avec le titre suivant : 30 ans

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