2006 : les folles enchères de l’art contemporain

Par Roxana Azimi · L'ŒIL

Le 6 août 2007 - 779 mots

L’année 2006 a porté les prix de l’art contemporain au firmament. La cuvée a été jalonnée de records dans les grandes maisons de ventes, aussi bien à New York, Londres que Paris.

Chaque saison semble rivaliser avec la précédente en termes de résultats. Ainsi le 15 novembre 2006, Christie’s a généré pour sa seule vente du soir 239,7 millions de dollars contre 143,19 millions le 9 mai. Les ventes londoniennes ne furent pas en reste. En février 2006, Christie’s et Sotheby’s ont engrangé respectivement 37,03 et 30,36 millions de livres sterling (55,3 et 45 millions d’euros). Difficile du coup d’imaginer un krach, malgré les mises en garde des vieux routards de la profession.

À New York et à Londres
Le cru 2006 marque le sacre des artistes américains. Willem De Kooning est devenu l’artiste d’après-guerre le plus cher au monde avec l’adjudication de 27,1 millions de dollars le 15 novembre  chez Christie’s. Le prix semble toutefois « raisonnable » face à la somme de 137,9 millions de dollars payée de gré à gré par le collectionneur Steve Cohen pour un autre tableau de cet artiste.
Autre grand vainqueur de l’année, Andy Warhol a vu ses prix effectuer des embardées spectaculaires. En février, un Small Torn Campbell’s Soup a été acheté pour 11,7 millions de dollars par le collectionneur américain Eli Broad. En deux jours, les 15 et 16 novembre, quatre toiles représentant Mao ont été livrées sur le marché. La plus grande, de 1972, a décroché 17,37 millions chez Christie’s. Le dernier Mao de cette taille avait obtenu 672 500 livres sterling (995 423 euros) en 1996 chez Sotheby’s. En dix ans, la valeur d’un tel tableau a donc décuplé.
Le peintre irlandais Francis Bacon affiche aussi un sans-faute. En février à Londres, un autoportrait s’est adjugé pour 5,1 millions de livres sterling chez Christie’s. Dans la même vente, une étude d’après le portrait d’Innocent X par Velázquez a décroché une enchère similaire. Ironiquement, ce tableau n’avait pas trouvé preneur en 1994 sur une estimation d’1,4 million de livres sterling ! Mais c’est à Sotheby’s qu’on doit le pic de 15 millions de dollars le 14 novembre pour le portrait d’un homme allongé, visiblement drogué. Ce tableau, qui n’avait pourtant rien d’un chef-d’œuvre, s’est autorisé une avancée de 5 millions par rapport au précédent record établi en 2005 !

Paris et la mondialisation
Dans une moindre mesure, Paris a bénéficié des ressacs des ventes outre-Atlantique et outre-Manche en alignant des résultats honorables. Leader dans la spécialité, Artcurial a même raflé la meilleure enchère pour une œuvre d’après-guerre en France. Le 28 octobre, Salut Sally de Joan Mitchell, a obtenu 2,5 millions d’euros. Ce record mondial a de quoi faire grimacer les concurrents anglo-saxons de cette maison parisienne !
Sotheby’s enregistre pour sa part la meilleure enchère pour l’œuvre d’un artiste français en 2006, à savoir un tableau de Soulages de 1959, adjugé 1,1 million d’euros le 6 juillet. La cote de Simon Hantai se porte aussi rondement (376 000 euros pour une toile de 1962 chez Christie’s, en avril). La vente des œuvres de Jean-Pierre Raynaud chez Christie’s le 27 octobre a aussi rallié les acheteurs en totalisant 2,2 millions d’euros sur une estimation raisonnable de 800 000 euros. Un collectionneur européen a même acheté pour 303 200 euros une pièce intitulée Sens Sens (1962). Enfin, Daniel Buren et Hervé Télémaque ont tous deux dépassé pour la première fois la barre des 200 000 euros.
L’art contemporain chinois fut bouillonnant en 2006, aussi bien à New York qu’à Hong Kong ou Paris. En novembre à Hong Kong, les deux ventes d’art contemporain asiatique et d’art du xxe siècle chinois ont totalisé près de 68 millions de dollars, du jamais vu ! La vente orchestrée le 29 juin par Artcurial a généré pour sa part 1,4 million d’euros. La maison de vente Cornette de Saint Cyr avance aussi ses cartes sur ce terrain en obtenant le meilleur résultat en France, avec un total d’1,7 million d’euros en octobre dernier. Une fois n’est pas coutume, la mondialisation profite à l’Hexagone.

Repères

Willem De Kooning (1904-1997). Voici l’artiste d’après-guerre le plus cher au monde. Son record en ventes publiques s’élève à 27,1 millions de dollars chez Christie’s le 15 novembre. Le même mois, une autre toile s’est négociée de gré à gré pour la somme de 137,9 millions de dollars. Andy Warhol (1928-1987). Warhol est le grand vainqueur de cette année. L’artiste a décroché un nouveau record de 17,37 millions de dollars le 15 novembre chez Christie’s. Francis Bacon (1909-1992). Ce peintre irlandais est l’un des rares Européens à engranger des prix solides. Sotheby’s a obtenu le record de 15 millions de dollars le 14 novemb

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°588 du 1 février 2007, avec le titre suivant : 2006 : les folles enchères de l’art contemporain

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