L’Inde n’obtient pas son diamant mais un festival

Par Julie Paulais · lejournaldesarts.fr

Le 18 novembre 2015 - 568 mots

LONDRES (ROYAUME-UNI) [18.11.15] – Depuis des années l’Inde réclame en vain la restitution du Koh-i-noor, célèbre diamant ornant la couronne du sacre d’Elizabeth II, détenu par le Royaume-Uni depuis 1851. En revanche les deux pays vont créer un festival commun.

Un nouveau festival célébrant les liens culturels entre l'Inde et le Royaume-Uni sera lancé en 2017 pour marquer le 70e anniversaire de l'indépendance indienne, indique The Art Newspaper. Cette manifestation culturelle, soutenue par le Premier ministre David Cameron, fait suite à une visite d'Etat très médiatisée au Royaume-Uni la semaine dernière par le Premier ministre indien Narendra Modi.

Le Centre Nehru à Londres et le British Council comptent parmi les organisateurs de la nouvelle initiative. Une grande exposition au musée CSMVS à Mumbai (Chhatrapati Shivaji Maharaj Vastu Sangrahalaya) comprenant un certain nombre de prêts d’œuvres majeures du British Museum constituera l’événement central du festival 2017. « L’exposition racontera l’histoire et la civilisation indienne dans le contexte plus large des événements mondiaux simultanés », précise un communiqué de presse du département britannique de la Culture, des Médias et du Sport. Deux documents britanniques de première importance issus de la British Library, le Premier Folio de Shakespeare et l’édition 1225 de la Magna Carta, feront l’objet de deux expositions itinérantes à travers l'Inde. En parallèle au Royaume-Uni, une exposition sur le thème de l'Inde ouvrira au Musée de Manchester.

Seule ombre au tableau de cette apparente entente culturelle : l’épineux dossier du retour du Koh-i-noor, diamant indien appartenant depuis le milieu du XIXe siècle aux joyaux de la couronne britannique. Depuis des années, l’Inde réclame le retour du diamant de 105 carats, l’un des plus gros du monde d’une valeur de 140 millions d’euros, afin de solder le passé colonial de la Grande-Bretagne. En vain.

Le Koh-i-noor avait été offert à la reine Victoria par le dernier souverain des Sikhs, Duleep Singh, deux ans après la colonisation de la région du Pendjab en 1849. Le diamant orne désormais la couronne conservée dans la Tour de Londres, portée par la Reine Mère au couronnement de son mari le roi George VI en 1937 et à nouveau au couronnement de la reine Elizabeth II en 1953.

En 2009 c’était le petit-fils de Gandhi qui réclamait le rapatriement du Koh-i-noor. La semaine dernière c’est un mouvement composé d'oligarques indiens et d'acteurs de Bollywood, baptisé « Mountain of light » (la traduction anglaise de Koh-i-noor) qui a mené une action en justice contre la reine d'Angleterre devant la Haute Cour de Londres, raconte The Independent. Ils souhaitent la contraindre à restituer le précieux diamant, en s’appuyant sur l’« Holocaust Act », un texte de loi visant au rapatriement des biens spoliés par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale.

Cette affaire rappelle celle des marbres du Parthénon conservés au British Museum que la Grèce essaye en vain de récupérer depuis des années. Toutefois, l’historien d’art Andrew Roberts a déclaré au Daily Mail que « la Grande-Bretagne a un meilleur dossier pour garder le Koh-i-noor, acquis à la suite d'un traité juridiquement contraignant, par rapport aux marbres d'Elgin, qui est également indiscutable ».

Lors de la visite officielle du Premier ministre Narendra Modi, l’affaire du diamant devait être évoquée lors d’un déjeuner d'État au palais de Buckingham. Il semblerait qu’une fois de plus le Royaume-Uni ait refusé de rendre son joyau à l’Inde, qui devra se contenter de la venue en 2017 des trésors des musées britanniques.

Légende photo

CSMVS (Chhatrapati Shivaji Maharaj Vastu Sangrahalaya), Mumbai, Inde © Photo Bgag - 2013 - Licence CC BY-SA 4.0 

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque