Dimanche 29 novembre 2020

Corte (Corse)

Les supplices du jardinier Raffini

Frac Corse jusqu’au 20 octobre 2017

Par Fabien Simode · L'ŒIL

Le 30 août 2017 - 351 mots

L’œuvre la plus discrète de l’exposition de David Raffini au Frac Corse se résume en un ticket de caisse énumérant une liste de graines à semer.

Intitulée Le Jardin, c’est elle qui accueille le visiteur à l’entrée de « Processumenti » – néologisme formé à partir de « process » et de « sumenti » (« semence » en Corse). Le Jardin n’est à proprement parler pas représentatif de ce qui est montré ensuite, mais il fonctionne comme le générique programmatique d’un film. David Raffini est revenu seul, sans Florian Pugnaire, sur la terre où il est né (en 1982 à Bastia), afin de présenter son verger, soit les fruits de ses recherches personnelles en matière de sculpture, de peinture et de vidéo, entre 2008 et 2017. Le résultat (quinze œuvres) ressemble à un joyeux capharnaüm, tant les pratiques exposées pourraient être de mains différentes… Car, qu’est-ce qui relie Méduses du radeau (2009), peinture de plus de 3 m sur plaque de contreplaqué, et Martyrs (2017), série de douze tôles embouties ? À priori, rien. Rien sauf la violente métamorphose, sinon la maltraitance, imposée par l’artiste aux matériaux. Réinterprétation déjantée du tableau de Géricault, Méduses du radeau a été brisé et presque effacé avant d’être grossièrement réparé, suturé à l’aide de connecteurs informatiques. L’artiste a fait vivre un supplice à la peinture, comme il l’a fait à la tôle : Martyrs décomposent en douze « stations » le processus d’emboutissage d’une feuille de tôle. D’abord léger, l’emboutissage d’une hélice dessine en relief de petits chocs sur la première tôle qui, emboutie de plus en plus violemment, finit par donner forme à un drapé digne d’être peint. Les matériaux et le processus de réalisation sont le nœud du travail de Raffini, qui dévoile dans sa vidéo Méduses (2007-2017) comment il élit certains de ses matériaux : dans une décharge sauvage. L’un d’eux, un IPN en acier tordu, en a d’ailleurs, telle une graine, été extrait. Replanté sur la terrasse du Frac Corse, il donne naissance à une sculpture. Son titre : Laocoon do Pallon (2014). Encore une référence à l’histoire de l’art…

« Processumenti, David Raffini », Frac Corse, La Citadelle, Corte (20), www.frac.corsica

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°704 du 1 septembre 2017, avec le titre suivant : Les supplices du jardinier Raffini

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