Les Ports Francs de Genève entrouvrent leurs portes à France 3

Par Nathalie Eggs · lejournaldesarts.fr

Le 23 novembre 2016 - 583 mots

FRANCE [23.11.16] – Pour son 130e numéro, diffusé ce soir sur France 3, l’émission « Pièces à conviction » enquête sur les Ports Francs de Genève en revenant sur les derniers scandales qui ont frappé le marché de l’art. Yves Bouvier, personnage clé de l’enquête, se prête au jeu.

France 3 diffusera ce soir à 23h15 un reportage intitulé « Port franc de Genève : enquête sur le coffre-fort le plus secret du monde » réalisé par le journaliste Pascal Henry pour l’émission « Pièces à conviction ». Après avoir brièvement rappelé que les ports francs ont été conçus à l’origine pour le stockage de marchandises en zone libre de taxes en attente d'être exportées, le journaliste constate d’emblée que ces zones franches sont devenues des zones de stockage permanent, « un immense coffre-fort où grandes fortunes, spéculateurs et fraudeurs du monde entier viennent déposer leurs biens, loin du regard des douanes et du fisc. »

Yves Bouvier, propriétaire de la société Natural Le Coultre, société de transports d’œuvres d’art devenue multinationale et actionnaire principal des Ports Francs de Genève, est un personnage clé de l’enquête. Le Suisse a accepté d’être filmé dans les couloirs des ports francs, dans son domicile parisien du 8e arrondissement, au sein de sa galerie Gradiva située Quai Voltaire, dans son jet privé, dans les allées d’Art Basel en se confiant sereinement sur ses démêlés judiciaires. Car le « roi des Ports Francs », comme il est souvent désigné, est au cœur de plusieurs affaires, qu’il s’agisse de l’inculpation pour escroquerie à l'encontre du milliardaire russe Dmitri Rybolovlev ou de la plainte pour vol et recel de toiles de Picasso déposée par Catherine Hutin, la fille que Picasso a eue avec sa dernière femme, Jacqueline.

Revenant sur chacune de ces affaires sur un ton « choc », le journaliste pointe l’opacité du marché de l’art, d’abord en faisant référence aux marges excessives pratiquées par les marchands d’art (Yves Bouvier se défend d’être qualifié d’intermédiaire), puis en s’intéressant aux sociétés écrans, créées dans les paradis fiscaux pour éviter toute traçabilité de transactions et d’identités. Au-delà de la fraude fiscale, ces montages fiscaux soulèvent des problèmes plus épineux liés au vol, au recel et au blanchiment d’œuvres d’art. L’affaire du Modigliani spolié détenu par la société offshore International Art Center au Panama le montre bien : dans cette saga longuement mentionnée dans l’enquête, il s’agissait de retrouver l’ayant droit de la société off shore pour lui demander la restitution de l’œuvre, une mission impossible en partie résolue grâce au Panama Papers ; c’était le galeriste Davide Nahmad qui se cachait derrière la société écran, et l’œuvre était stockée… aux ports francs. Dans l’émission, David Hiller, le président des Ports Francs de Genève, indique d’ailleurs à juste titre que la plus grande difficulté pour contrer l’opacité du marché réside dans la législation elle-même : la loi requiert uniquement la connaissance de l’identité du propriétaire (souvent une société offshore) et non l’identité de l’ayant droit ou bénéficiaire.

En désignant trop simplement et de façon excessive la responsabilité des ports francs dans ces pratiques, « Pièce à convictions » oublie de souligner les récentes évolutions et les mesures prises au niveau des Ports Francs de Genève pour lutter contre le trafic illégal de biens culturels et le blanchiment dans le marché de l’art. Le documentaire conclut en interrogeant : « Après avoir lâché du leste sur le secret bancaire, la Suisse va-t-elle entrouvrir les portes du plus grand coffre-fort du monde » ?

Légende photo

Yves Bouvier lors du reportage « Port franc de Genève : enquête sur le coffre-fort le plus secret du monde » de l'émission « Pièces à conviction » diffusé le 23 novembre 2016 sur France 3 © Photo courtesy CAT & Cie (la société de production de l'enquête)

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