Les Pays-Bas restituent un trésor sous-marin à l’Italie

Par Julie Paulais · lejournaldesarts.fr

Le 23 novembre 2015 - 566 mots

AMSTERDAM (PAYS-BAS) [23.11.15] – Bien que les Pays-Bas n’aient pas signé la Convention de l’UNESCO sur la protection du patrimoine culturel subaquatique (2001), le Musée Allard Pierson rendra à l’Italie 36 objets en céramique et un morceau d'ancre vieux de 2 000 ans, pillés sur une épave de Campanie dans les années 1960.

Le Musée archéologique Allard Pierson de l'Université d'Amsterdam va retourner à l’Italie, « pour des raisons éthiques », 36 pièces de poterie noire de Campanie et un morceau de l'ancre d’un navire, datés de plus de 2 000 ans. El País raconte que l’'ensemble provient de l'épave d'un navire coulé dans les récifs Capistello, dans les îles Éoliennes, situées au nord-ouest du détroit de Messine.

La cargaison, composée principalement d'amphores contenant des grains, du raisin, de l’huile et du vin, et de vaisselle en céramique a été découverte au milieu des années 1960. L’épave a fait l'objet de plusieurs fouilles sous-marines dans les années suivantes, dont certaines illégales. Un grand nombre d’objets ont été pillés et écoulés sur le marché.

Les Néerlandais ont acheté l’ensemble en 1982 à un collectionneur belge, et les objets ont été stockés dans la réserve du Musée Allard Pierson, qui ignorait leur provenance. Suite à des recherches effectuées pour l’exposition sur la Sicile, actuellement en cours au Musée Allard Pierson, les chercheurs ont découvert que le trésor appartenait au patrimoine culturel de la Sicile, et le pays a décidé de le rendre à l’Italie à la fin de l’exposition, le 17 avril.

Cette décision est exceptionnelle, puisque les Pays-Bas privilégient la liberté de découverte en mer et n’ont pas signé la Convention de l’UNESCO sur la protection du patrimoine culturel subaquatique. Cette convention a été conçue en 2001 pour empêcher le pillage et la destruction des épaves et des vestiges sous-marins, mais si le pays concerné par la demande de restitution ne l’a pas signée la demande ne peut aboutir. Un problème d’harmonisation souligné d’ailleurs par Jean-Luc Martinez dans son récent rapport sur la protection du patrimoine de l’humanité.

Les experts amstellodamois ont invoqué des raisons éthiques pour justifier leur décision de rendre les artefacts à l’Italie. « Les Pays-Bas n’ont pas signé la Convention, car ils estiment que la mer n’appartient à personne et les eaux doivent rester libres pour ne pas compliquer le commerce. Cependant, voyant que le sceau de l'une des amphores est similaire à ceux de Capistello, il est clair que ces objets ne sont pas les nôtres et c’est pour cela qu’ils vont être rendus à l’Italie », a expliqué Steph Scholten, directeur des collections spéciales. « Quant au vendeur belge, nous pensons qu'il a pu explorer la zone pour son propre compte et prendre des choses, car il ne faisait pas partie des expéditions sous-marines italiennes officielles » ajoute-il. Bien qu'ils ne soient pas évalués, les artefacts peuvent atteindre une valeur de « plusieurs milliers d'euros » d’après Steph Scholten.

Le geste, présenté par les autorités italiennes comme un exemple à suivre pour éviter les poursuites, n’aura aucune incidence sur le reste de la collection archéologique du musée. En effet, les autres pièces ont été acquises avant 1970 et ne risquent pas de poser de problèmes de légitimité à l’échelle internationale. Cette date a été fixée par une autre Convention de l’UNESCO destinée à lutter contre le trafic illicite de biens culturels, ratifiée par les Pays-Bas il y a seulement trois ans.

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La façade du musée Allard Pierson, à Amsterdam © Photo BotMultichill - 2007 - Photo sous Licence Domaine public via Wikimedia Commons

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