Mercredi 28 octobre 2020

Les collections du Musée mondial de l’art érotique bientôt à Berlin ?

Par Julie Paulais · lejournaldesarts.fr

Le 26 août 2015 - 547 mots

MIAMI (ETATS-UNIS) [26.08.15] – La collection de 4 000 œuvres du World Erotic Art Museum de Miami pourrait rejoindre l'Allemagne, ancienne demeure d’une partie des pièces de la collection avant la purge nazie. L’Université Humboldt de Berlin est en négociations depuis 2014 pour acquérir tout ou partie de la collection, réparant ainsi la perte de l’Institut für Sexualwissenschaft en 1933.

La collection de 4 000 œuvres du World Erotic Art Museum de Miami pourrait rejoindre bientôt l'Allemagne, ancienne demeure d’une partie des pièces de la collection avant la purge nazie, rapporte le New York Daily News.

Le musée a été fondé en 2005 par Naomi Wilzig, veuve de Siegbert Wilzig (1926-2003), survivant du camp d’Auschwitz et membre fondateur du Holocaust Memorial Council de Washington, à partir de la collection que Naomi Wilzig commença dans les années 1980. Il accueille chaque année environ 30 000 visiteurs. Ce jeune musée possède aujourd’hui des œuvres érotiques variées et issues de diverses époques : des gravures signées de Rembrandt, des dessins de Toulouse-Lautrec, Klimt, Picasso, Dali, des photographies d’Hans Bellmer et Robert Mapplethorpe, des tableaux de Fernando Botero, et un large éventail d’œuvres contemporaines.

Un communiqué publié sur le site web du musée par Andreas Krass, des Archives du Centre de recherche en sexologie, dédié à la mémoire de Naomi Wilzig décédée le 7 avril 2015, indique que les pourparlers avec l'Université Humboldt de Berlin sont en cours depuis 2014.

Tout récemment, Ivan Wilzig, aîné de la fratrie des héritiers Wilzig, a confirmé également que sa mère était en négociations avec l’Université avant sa mort, et qu’il allait respecter ses dernières volontés. D’après le site d’information de Philadelphie, Philly.com, l'Université Humboldt de Berlin a exprimé un intérêt dans l'acquisition de tout ou partie de la collection de Naomi Wilzig, d’une valeur estimée à 10 millions de dollars. Ivan Wilzig a déclaré qu'il prévoyait de rencontrer les responsables de l'Université : « nous ne sommes pas intéressés à faire partie de cette entreprise muséale. Mais nous voulons perpétuer l'héritage de ma mère: éduquer les gens sur le sexe ainsi que supprimer ses stigmates et tabous ». Cependant, Ivan Wilzig a précisé qu’une partie de la collection resterait à Miami, et serait exposée dans un nouvel espace.

Fondée en 1810 par le philosophe et diplomate Wilhelm von Humboldt, l'Université Humboldt accueille depuis 1996 le nouvel Institut für Sexualwissenschaft (1919-1933), qui fut un des modèles de Naomi Wilzig pour la création de son musée dédié à l’art érotique. L'Institut für Sexualwissenschaft était un institut privé de recherche en sexologie de Berlin, dirigé par Magnus Hirschfeld. Après la prise de contrôle de l'Allemagne par le régime nazi dans les années 1930, les archives de l'institut et ses bibliothèques ont été détruites dans le cadre d'un programme de censure par des brigades de jeunes. Autour de 20 000 livres et revues, et 5 000 images ont été brûlés dans les rues lors d’autodafés en 1933.

Andreas Krass a précisé dans son hommage que le souhait de Naomi Wilzig de voir sa collection à Berlin provenait d’une volonté de « contrebalancer la perte historique de 1933, quand les Nazis ont pillé l’Institut Hirschfeld et ses collections ». Ainsi une partie de l’art considéré comme « dégénéré » par le régime nazi retournera peut-être sur sa terre natale.

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Étudiants allemands et nazis pilleant la bibliothèque du Dr Magnus Hirschfeld © Photo sous Licence Domaine public via Wikimedia Commons

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