Mercredi 18 septembre 2019

Les candidats à la direction de l’Ecole des beaux-arts sortent du bois

Par Roxana Azimi · lejournaldesarts.fr

Le 29 août 2011 - 743 mots

PARIS

PARIS [29.08.11] - Longtemps favori pour prendre la direction de l’ENSBA, Nicolas Bourriaud fait l’objet de nombreuses critiques au sein même de l’école. 7 candidats sont aujourd’hui en lice, dont 3 artistes qui portent des projets ambitieux.

Alors que la direction de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts (Ensba) avait été maladroitement promise à Nicolas Bourriaud, chef du service de l’Inspection de la Création artistique, les candidats se pressent désormais à la succession d’Henry-Claude Cousseau. C’est qu’une procédure de recrutement a été mise en place suite à la bronca du corps enseignant contre cette nomination. « Un directeur d’école doit être bienveillant, accepter toutes les approches. Et c’est difficile d’avoir été engagé, comme Bourriaud l’a été, notamment contre certaines formes artistiques, et de devenir soudain bienveillant », remarque un enseignant. D’après nos informations, Nicolas Bourriaud devra compter avec sept compétiteurs plus ou moins chevronnés : Catherine Grenier, directrice adjointe au Centre Pompidou, Frédéric Paul, ancien directeur du centre d’art de Kerguéhennec et membre pendant sept ans du Conseil d’administration de l’Ecole, la commissaire indépendante Chantal Ponbriand, présidente du jury de l’Ensba cette année, l’universitaire Patricia Falguières, et les artistes Jean-Marc Bustamante, Olivier Blanckart et Eric Corne.

L’enjeu pour le futur directeur sera d’inscrire l’école dans une dimension internationale, de mettre en place un véritable cycle de recherche remplaçant l’actuel Post-diplôme baptisé La Seine, de donner une cohérence aussi bien aux publications et expositions, et enfin de mieux faire connaître les collections. Il est intéressant de constater qu’après plusieurs décennies de direction par des conservateurs du patrimoine, trois plasticiens sont en lice pour ce poste. « Un artiste sent peut-être davantage l’urgence qu’il y a à ce qu’un tel lieu perdure. Il a des capacités à trouver des lignes de fuite, des accords originaux », souligne Eric Corne. Il a aussi une forte aptitude à mobiliser les artistes étrangers pour venir enseigner en France. « Les artistes peuvent fédérer des envies vis-à-vis d’autres artistes. Quand Tony Cragg a pris la direction de l’Ecole des Beaux-Arts de Düsseldorf, il a convaincu Richard Deacon de le rejoindre. On a un problème de recrutement, l’Ecole est un outil extraordinaire, mais il ne rayonne pas assez internationalement. Les salaires ne sont pas très alléchants. Il est difficile de remplacer les grands professeurs comme Annette Messager ou Christian Boltanski », souligne Jean-Marc Bustamante. Professeur depuis 1997 à l’Ensba, celui-ci avait par ailleurs averti par courrier tous ses collègues de sa candidature, récoltant dans la foulée de nombreux témoignages de soutien.

Bustamante avait aussi planché à la demande d’Henry-Claude Cousseau, sur l’idée d’un programme de recherche pour doctorants baptisé l’Institut supérieur des Beaux-Arts (Isba). « C’est le moment de faire une réforme rapide et en douceur, avec des artistes solidaires. J’aimerais créer une direction collégiale avec les représentants des départements », souligne-t-il. Si sa candidature est retenue, l’artiste entend garder son atelier, une façon selon lui d’éviter tout clivage entre l’administration et les étudiants.

Olivier Blanckart a sans doute soumis le projet de refonte le plus hardi sous le libellé Paris-Beaux Arts. Il propose ainsi de créer un établissement public à caractère scientifique, culturel et professionnel (EPSCP) fusionnant l’Ensba, l’Ecole des Beaux-Arts de Cergy Pontoise et l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs (Ensad). Dans ce dispositif, l’Ecole d’architecture qui partage aujourd’hui les locaux de l’Ensba migrerait dans les espaces laissés vacants par l’Ensad. « L’idée est d’articuler les systèmes d’enseignement, le système par atelier, par discipline et la recherche plastique. Les étudiants pourraient circuler d’un système à un autre », indique Olivier Blankart. Les ateliers actuellement installés à Saint-Ouen seraient transformés en une Villa Parisi, lieu de résidence d’artistes de niveau international. Son idée est aussi de construire un pavillon-galerie baptisé le Bozarium dans la Cour Bonaparte, un musée pour exploiter les collections dans le bâtiment des Loges sur l’aile Bonaparte, et une tour dotée d’espaces d’enseignement modernes et fonctionnels. Blanckart prône aussi la création d’une école préparatoire, Prép’Aris Beaux-Arts. Il entend enfin introduire sept nouveaux champs pédagogiques, notamment l’art monumental, la performance et le Street art. « Mon modèle pourrait servir pour que les grandes métropoles créent des clusters artistiques », indique-t-il. Et de rajouter : « L’idée forte de mon projet, c’est de renverser le rapport de force face à l’université, afin de redevenir une force qui compte et qui soit en mesure d’énoncer sa propre norme académique. » Bien qu’utopique dans un contexte de disette budgétaire et de pusillanimité généralisée, ce projet ne manque pas de souffle !

Légende photo

La Cour du Palais des études de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts - Paris - © photo dalbera - 2011 - Licence CC BY-SA 2.0

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