Vendredi 23 février 2018

7 clefs pour comprendre

Les Aztèques

Dernière civilisation précolombienne du Mexique

Par Laure Meyer · L'ŒIL

Le 14 septembre 2007

En près de 250 ans, les Aztèques ont constitué une brillante civilisation autour de l’actuelle Mexico. Mais en ce début de XVIe siècle le « cinquième soleil » annonce un catalysme. Ce seront les conquistadors. Une splendide exposition au Guggenheim de Bilbao fait revivre cet empire. Voici 7 clefs pour en comprendre l’art et l’histoire.

Une expansion fulgurante
Tout s’est joué en deux siècles et demi. Les Aztèques, arrivés dans le sud du Mexique et venant du nord, étaient précédés, à juste titre, d’une réputation de « barbares » pillards et agressifs. Après avoir repoussé ces Mexicas, les souverains de la région finirent par leur concéder en 1256 le droit de s’installer en un lieu marécageux dont personne ne voulait, une île près du lac Texcoco, à l’emplacement de l’actuelle Mexico City. Dans l’eau peu profonde, ils placèrent des plates-formes d’osier couvertes de limon, créant des « jardins flottants » porteurs de belles récoltes. Les alliances négociées par les chefs assuraient la sécurité. Cette misérable bourgade de huttes devint vite une ville où, en 1500, se pressaient des centaines de milliers d’habitants. Un aqueduc amenait l’eau potable et des chaussées surélevées reliaient cette cité lacustre à la terre ferme. Découvrant en 1519 cette ville si riante les Espagnols croyaient rêver.

Tenochtitlan dans toute sa gloire
Cette Venise mexicaine dite Tenochtitlan, parcourue de canaux se rejoignant en son centre, est réduite en cendres en 1521 par les conquistadors mais, depuis 1978, les fouilles la font revivre. Sur une île, dans l’enceinte cérémonielle, le Templo Mayor était le point le plus sacré de l’empire. Sa situation tenait compte de la position des astres. Il était surmonté par deux pyramides, chacune vouée à un dieu. En saison humide, le soleil se levait derrière le temple bleu de Tlaloc, dieu de la pluie et de la terre. Durant l’été il montait derrière le temple rouge de Huitzilopochtli, dieu de la guerre. De nombreuses autres divinités dont Quetzalcoatl le serpent à plumes avaient aussi leurs temples. À proximité se trouvaient les habitations des prêtres. Au sud, dans le luxueux palais impérial, une salle hypostyle (à colonnes) pouvait facilement contenir trois mille personnes. Le souverain somptueusement vêtu y arrivait porté dans un palanquin. Cortès lui-même écrivait à Charles Quint : « Impossible d’en dire la beauté et la grandeur […] il n’y a rien de semblable en Espagne. »

Du sang pour que le soleil poursuive sa marche
Mais les Aztèques vivaient dans l’angoisse. Pour eux l’humanité était engagée dans un drame cosmique : quatre périodes antérieures, « les quatre soleils », s’étaient déjà écoulées. Le « cinquième soleil » est une catastrophe. Pour éviter un nouveau cataclysme, il fallait chaque jour nourrir les dieux de sang humain. La victime, souvent consentante, était couchée sur une pierre et un prêtre, de son couteau d’obsidienne, lui ouvrait la poitrine et lui arrachait le cœur. Ces dieux étaient innombrables, associés à des mythes d’une extrême complexité. À côté d’Uitzilopochtli, sa mère Coatlicue, effrayante déesse de la terre, avait aussi donné naissance à des dieux stellaires. Tlaloc, ancien dieu agraire de la végétation, était doublé de deux compagnes. Pour Xipe Totec, dieu du printemps, « notre seigneur l’écorché », le prêtre se revêtait de la peau de sa victime et la gardait sur lui jusqu’à la renaissance de la végétation. Quetzalcoatl Ehecatl commandait au vent, Mictlantecuhtli régnait sur la mort. Deux divinités semblent moins terribles, Xiuhtecuhtli, dieu du feu et du temps et Chalchiuhtlicue, déesse de l’eau aux jupes de jade.

L’architecture virile d’un empire guerrier
Pour dominer leur vaste empire et capturer les innombrables prisonniers sacrifiés aux dieux – vingt mille en 1507 pour les fêtes du « feu nouveau » – les Aztèques avaient besoin d’une armée puissante et d’une mystique guerrière. Dans toutes les villes, les temples devaient répondre à ce besoin. Faute de traditions dans ce domaine, les bâtisseurs se tournèrent vers l’art des Toltèques, vivant à Tula au XIe siècle. On y voit encore, atlantes colossaux soutenant le toit du sanctuaire, des piliers qui ont inspiré les Aztèques. Autour de Tenochtitlan aussi des atlantes ont été érigés. Les temples massifs et redoutables étaient des pyramides larges et basses, un escalier conduisant à la demeure du dieu. Devant la cella, la pierre du sacrifice était éclaboussée de sang, non loin des crânes accumulés sur un râtelier à crânes. D’autres temples étaient creusés à flanc de montagne comme à Malinalco où un temple rond était dédié aux guerriers aigles et jaguars, héros de la guerre sacrée.

La sculpture épouse l’architecture
La sculpture, intégrée aux édifices, servait la religion. La pierre régnait partout, rugueuse et brutale, parfois aussi doucement polie. Le Chac mool hérité des Toltèques, placé en bas de la pyramide, était un autel sacrificiel en forme d’homme couché sur le dos. D’autres sculptures monumentales rappelaient l’histoire, ainsi la pierre de Tizoc (nom d’un roi), la pierre du Soleil (calendrier), la pierre de la Guerre sacrée (trône) évoquaient les « quatre soleils » et des cataclysmes passés. Les statues de divinités étaient souvent d’un expressionnisme effrayant. Colossales, frontales, elles étaient parées de divers attributs. Ehecatl, dieu du vent, arbore un masque en forme de bec d’oiseau. La statue en céramique d’un guerrier-aigle, admirable chef-d’œuvre, exprime l’alliance de beauté et de terreur propre à l’art aztèque. Bustes et masques étaient rares mais de grande qualité, parfois inspirés par l’art de Teotihuacan (Ier millénaire ap. J.-C.) ou des Mixtèques. Les animaux étaient représentés avec réalisme, aigles et jaguars rituels, mais aussi le serpent ou le colimaçon symbolisant la terre et l’eau, et parfois même le papillon.

Des arts raffinés pour la vie quotidienne
Les Aztèques appréciaient la valeur esthétique des objets, ils en avaient largement pillé ou acheté chez leurs voisins et disposaient d’artisans compétents. Les potiers produisaient une belle vaisselle de céramique peinte et d’imposants vases cérémoniels. Les plumes de couleur s’étalaient en parures luxueuses, les boucliers se couvraient de mosaïques de plumes. Habiles à polir la pierre, d’autres artisans réalisaient des bijoux raffinés d’obsidienne, cristal de roche, néphrite et jade. Les orfèvres (des Mixtèques vivant dans une enclave de la cité) savaient travailler l’or avec les techniques du filigrane et de la fonte à cire perdue, mais ignoraient le fer. Nous ne connaîtrons jamais toute la splendeur de l’orfèvrerie aztèque fondue par les conquérants espagnols, mais il nous reste le témoignage d’Albert Dürer qui, en vrai fils de joaillier, a su apprécier les joyaux envoyés à Charles Quint : « J’y ai trouvé un art admirable et me suis émerveillé du génie subtil de ces hommes lointains. »

 Mort d’un empire en pleine jeunesse
Le « cinquième soleil », cataclysme tant redouté des Aztèques, débute en 1519 quand les Espagnols débarquent au Mexique. Cortez comprend vite la fragilité de cet empire trop grand, et joue de l’insoumission de certains chefs locaux, à Tlaxcala par exemple. Très vite l’empereur Moctezuma II est pris comme otage. Le combat est inégal, canons et épées d’acier contre lames d’obsidienne. Bientôt Tenochtitlan est assiégée et le 13 août 1521 les Aztèques se rendent. La ville sera rasée. Un cinquième des richesses est envoyé à Charles Quint et on admire encore à Vienne une somptueuse coiffe en plumes bleues qui pourrait avoir été celle de Moctezuma. Pour raconter l’élan brisé de l’empire aztèque il nous reste les nombreux codex. Certains, composés avant la conquête, utilisaient un système d’écriture pictographique, mais par la suite les auteurs ont été espagnols.

L'exposition

« L’empire aztèque » se déroule du 19 mars au 18 septembre, tous les jours sauf le lundi de 10 h à 20 h. Tarifs : 12 et 7 euros. BILBAO (Espagne), musée Guggenheim, Abandoibarra 2, tél. 0 34 94 435 90 80, www.guggenheim-bilbao.es

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°570 du 1 juin 2005, avec le titre suivant : Les Aztèques

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