Le Salvator Mundi au centre de l’affaire Yves Bouvier

Par Cléo Garcia · lejournaldesarts.fr

Le 20 mars 2015 - 608 mots

GENEVE (SUISSE) [20.03.15] – Le Salvator Mundi découvert en 2005 et dont l’attribution à Léonard de Vinci fait débat est l’œuvre dont le prix éveilla les soupçons de l’oligarque russe Dimitry Rybolovlev envers le marchand d’art suisse Yves Bouvier, aujourd’hui inculpé pour « escroquerie ». Son histoire particulière éclaire les rapports parfois délictuels entre experts et marché de l’art.

L’histoire du Salvator Mundi, l’œuvre qui mit la puce à l’oreille au milliardaire russe Dimitry Rybolovlev quand à l’intégrité du marchand d’art suisse Yves Bouvier, inculpé fin février 2015 pour escroquerie, illustre une nouvelle fois la démesure des comportements lorsque les attributions concernent des maîtres de la peinture.

En 2005, une œuvre figurant un Christ « en sauveur du monde », c’est-à-dire tenant un orbe dans la main gauche et bénissant de la droite, est redécouverte puis restaurée. Plusieurs experts, que le spécialiste allemand de Léonard de Vinci Frank Zöllner qualifie de « peu critiques » et d’ « optimistes » sont consultés : tous s’accordent alors pour attribuer l’œuvre à Léonard de Vinci. En 2011, le tableau est exposé à la National Gallery de Londres lors de la grande exposition sur le peintre italien. En dépit des voix sceptiques et critiques qui se font entendre, la prestigieuse attribution y est affichée sans réserve. A ce moment, alors que l’œuvre fut par le passé offerte à des marchands ainsi qu’à au moins un musée européen, son propriétaire de l’époque Robert Simon affirme fermement ne pas avoir l’intention de vendre l’œuvre.

Immédiatement après la fin de l’exposition londonienne, le Salvator Mundi traverse cependant l’Atlantique pour être présenté au Dallas Museum of Art où il est alors question d’un achat par le musée américain. 200 millions de dollars son annoncés, puis 150, puis 120. Dallas renonce finalement à cette acquisition, probablement face aux doutes qui planent sur son auteur.

L’état de conservation actuel de l’œuvre pose problème. Fortement endommagée, elle a été l’objet d’importants travaux de restauration « qui ne permettent plus de disposer d’indices fiables sur son authenticité », explique Frank Zöllner au Journal des Arts. Depuis 2011, une publication sur des détails techniques de la restauration du tableau, censée balayer les doutes qui pourraient persister, est attendue, mais sa date de publication est sans cesse repoussée. Pendant ce temps, malgré des publications de spécialistes pointant les incertitudes concernant cette attribution fumeuse, celle-ci est très médiatisée et l’idée d’un consensus d’experts à son propos gagne l’opinion publique.

C’est dans ce contexte qu’en 2013, Dimitri Rybolovlev achète le Salvator Mundi pour 127,5 millions de dollars. En lisant le New York Times, il apprend quelques mois plus tard que les anciens propriétaires de l’œuvre reçurent pour cette vente seulement 75 à 80 millions de dollars. La différence importante, soit 50 millions de dollars, éveille alors des doutes chez Rybolovlev, qui commence à s’interroger à propos de son marchand d’art suisse Yves Bouvier. L’argent aurait pu être empoché par celui-ci qui aurait alors profité du fait que Rybolovlev ignore le débat autour de l’attribution de cette œuvre. La suite, nous la connaissons.

De l’histoire du Salvator Mundi, il ressort qu’aucun spécialiste sérieux ne fut consulté avant de présenter l’attribution comme certaine. « Le cas du Salvator Mundi […] illustre comment des musées et des experts importants se mettent au service de marchands d’art et d’acheteurs louches sans savoir exactement où les mènera le voyage », résume Frank Zöllner. Selon ce dernier, le tableau n’a pas été soumis aux analyses permettant d’affirmer avec certitude qu’il s’agit d’un tableau de Léonard de Vinci (les experts auraient selon Zöllner été choisis sur le critère d’une facilité à se prononcer positivement dans les discussions autour d’attributions controversées).

Légendes photos

Salvator Mundi attribué à Léonard de Vinci, 65,6 x 45,4 cm, circa 1490/1500
Etat du tableau et ses repeints entre 1900 et 1912 - source www.thehistoryblog.com

« Salvator Mundi est le nom donné aux représentations du Christ portant un orbe dans sa main gauche tout en utilisant sa main droite pour bénir. La composition souligne la portée eschatologique de la domination terrestre du Christ. » (source Wikipedia)

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