Samedi 15 décembre 2018

Le sac dans tous ses états

Par Marie Maertens · L'ŒIL

Le 1 novembre 2004 - 1034 mots

Le musée de la Mode et du Textile propose sous l’intitulé « Le cas du sac » une exposition mettant en scène le sac à travers les siècles et les civilisations. Un remarquable ouvrage, publié par la Maison Hermès et les éditions du Passage, vient compléter cette recension.

Accessoire de mode par excellence, essentiel de la parure féminine protégeant l’intimité, mais aussi utilitaire et fonctionnel, le cas du sac est retracé par des mises en scène thématiques s’échelonnant de la période carolingienne à nos jours et permettant d’en dévoiler les enjeux sociaux, économiques ou religieux.
Le sac a toujours existé, bien que son premier usage ait été fonctionnel et domestique à l’instar de notre sac en plastique actuel. La présence du premier sac à dos, constitué d’une armature de bois de cerf assemblée par des ficelles d’herbes, est même attestée dès 3 500 ans avant notre ère et les femmes romaines utilisaient un réticulum, ou filet, pour y déposer leurs provisions. Mais les plus anciens vestiges d’aumônières visibles au sein de l’exposition sont de l’époque carolingienne et il faut attendre le Moyen Âge pour admirer les bourses dont ses habitants étaient friands. Car c’est réellement durant cette période que le sac à main, tel qu’on le conçoit, prend naissance. Sa forme découle premièrement d’un changement vestimentaire, les robes devenant plus moulantes vers 1400, elles n’admettent plus l’ajout d’une ceinture d’où pendaient auparavant les objets. Cependant, la bourse acquiert très vite un statut d’enjeu social entre la noblesse et la bourgeoisie qui y décèle l’occasion rêvée d’étaler sa richesse et de compenser la place que l’État ne lui alloue pas. Brodée ou iconographiée, elle devient un symbole fort au même titre que les armoiries des chevaliers. C’est également à cette époque que les fermoirs font leur apparition, pouvant devenir de véritables chefs-d’œuvre de sculpture gothique, ainsi que les premières bananes. Le XVIe siècle fera en revanche entrer le sac dans trois siècles d’apparitions furtives, voire de disparitions. Là encore la cause en est imputable au changement de mode : l’ampleur des vêtements offre des prétextes de rangement dans les manches, les revers, les chapeaux, les manchons, voire même dans les braguettes.  Et les poches de coton indépendantes, nouées autour de la taille sous les robes, se développent. Le fondement en est également moral car les XVIe et XVIIe siècles mettent en avant la métonymie entre l’argent et le sac, ce dernier se retrouvant mêlé aux polémiques du temps des Réformes. Le sac est jugé à l’aune de la Bible et certaines aumônières hollandaises du XVIIe siècle témoignent, par leur décor issu des deux Testaments, de la bénédiction de l’Église sur les richesses. On rappellera d’ailleurs que le mot escarcelle, synonyme d’aumônière, vient de l’italien scarcella, signifiant petite avare. Le sac d’écus devient l’emblème d’appétit égoïste de la bourgeoisie triomphante, jusqu’à un autre tour de passe-passe dans la mode et une évolution historique. Le Directoire, avec ses robes à l’antique près du corps, remettra au goût du jour le réticule, inspiré directement des filets des dames romaines. Le sac réapparaît en tant que bijou et ne disparaîtra plus.
Le parti pris original de cette exposition est de mêler époques et pays selon diverses thématiques : du filet que l’on retrouve customisé par Jean Paul Gaultier ou Moschino, on passe aux paniers ou autres sacs professionnels et de loisirs permettant d’admirer des porte-dîners du XIXe siècle ou de belles outres à eau du Kenya. On découvre des bilums papous, provenant de Nouvelle-Guinée et composés de filets retenant des plumes de poules ou de perroquets, dont l’effet déconcertant est garanti. La Nouvelle-Guinée, décidément pas en reste de phénomènes paranormaux, est encore évoquée par des sacs de sorcières constitués d’assemblages hétéroclites d’écorces, de coquillages, d’os ou de mâchoires de mammifères comme autant de vecteurs du sort. Des sacs d’osselets divins du Mozambique et d’autres perlés du Nigeria (ill. 11) mettent en avant leur utilité divinatoire. Un pendant religieux que l’on retrouve en Europe dès le xiie siècle avec des bourses à relique qui servaient à la « translation » ou transport des reliques d’un saint assemblées dans de petits sacs en tissu pour lesquels chaque cathédrale rivalisait de richesse. Les chamans amérindiens employaient quant à eux leur sac comme voie d’accès aux régions du cosmos habitées par les morts. Pour les Japonais, l’art délicat du Furoshiki, une pièce de tissu en soie ou coton nouée, permet d’entourer les paquets-cadeaux qu’il est impoli d’apporter tels quels. Les grands classiques européens (comme Hermès, ill. 7) ne sont pas oubliés pour autant et mettent en exergue l’autre transformation fondamentale du sac qui apparaît dans les années 1920, où la pochette aux contours nets et géométriques répond aux nouvelles exigences des formes vestimentaires. De très beaux exemples de Jean Fouquet ornent l’exposition (ill. 6). C’est en outre pendant cette période qu’Émile Hermès développe les sacs de voyage en introduisant la fermeture éclair et en inventant le sac-mallette. Au cours des années 1930, les maisons de haute couture (ill. 5) commencent à s’approprier ce domaine jusqu’alors réservé aux maroquiniers et déjà la pochette devient le prétexte à poser le monogramme de la marque. L’exposition s’achève par les pièces les plus loufoques (ill. 1), comme ce sac en forme d’écrevisse ou encore de singe recouvert de strass… Christian Lacroix propose des réticules modernes et déclare que « chaque collection peut se résumer dans un sac ». Et si le mot lui-même fait partie de notre vocabulaire courant avec des expressions comme : « l’affaire est dans le sac », « avoir plus d’un tour dans son sac », « pris la main dans le sac » ou encore « vider son sac », on apprendra que l’appellation sac à main n’apparaît qu’au début du xxe siècle, mais avouons-le, c’est ce dernier (ill. 3) qui nous fascine toujours le plus !

L'exposition

L’exposition « Le cas du sac » se déroule du 7 octobre au 20 février 2005, tous les jours sauf le lundi, du mardi au vendredi de 11 h à 18 h, les samedi-dimanche de 10 h à 18 h. Tarifs : 6 et 4,5 euros. PARIS, Ucad, 107 rue de Rivoli, Ier, tél. 01 44 55 57 50,www.ucad.fr Avec le soutien de la Maison Hermès.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°563 du 1 novembre 2004, avec le titre suivant : Le sac dans tous ses états

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