Dimanche 23 février 2020

Le Qatar va ouvrir un musée de l’esclavage

Par Julie Paulais · lejournaldesarts.fr

Le 16 novembre 2015 - 640 mots

DOHA (QATAR) [16.11.15] – Faisant partie du vaste projet de 5 milliards d’euros visant à réaménager le centre ville de Doha, le musée de l’esclavage devrait ouvrir en 2016. Consacré à l’histoire de la traite des êtres humains dans le Golfe, il comprendra une section dédiée à « l’esclavage moderne ».

Le Qatar s’apprête à ouvrir un musée dédié à l’esclavage, a révélé l’Atlantic Council. Ce nouveau musée va examiner l’histoire de l’esclavage dans le Golfe et dans l’Océan Indien, montrant notamment l'implication de ce petit Etat dans le commerce des esclaves pratiqué au XIXe siècle et avec une section dédiée à « l’esclavage moderne ».

Selon le Telegraph, David Spence, directeur du Musée de Londres, a fourni des conseils pendant les étapes initiales du développement du musée de l'esclavage en 2011, et le musée a également travaillé avec la British Library pour obtenir un ensemble de documents d'affranchissement de la Mission britannique à Bahreïn.

L’Atlantic Council relate que le parcours muséal se déroule en trois parties, avec la première consacrée à la traite des esclaves dans l'Antiquité et aux origines de l'esclavage dans l'Océan Indien, et la seconde explorant plus précisément l’esclavage au Qatar, dont les eaux côtières renferment certains des plus riches lits de perles du Golfe, qui forment le pilier de l'économie locale.

Pratiqué depuis des siècles, l'esclavage sur le littoral de l'océan Indien s’est accéléré au XIXe siècle avec l’explosion de la demande mondiale des perles et des dattes, et grâce à l'ouverture du canal de Suez à la fin des années 1860. En raison de la faible densité de population locale, et du travail nécessaire pour la récolte des perles et la culture des dattes, les commerçants apportaient des esclaves, beaucoup venant de pays d'Afrique orientale. En 1905, les personnes d'origine africaine constituaient environ 17 % de la population de l'Arabie orientale côtière. Ce n’est qu’en 1952, que le Qatar a aboli l'esclavage et les esclaves nouvellement libérés ont été intégrés dans la société.

Le parcours se poursuit sur une troisième section consacrée à « l’esclavage moderne », qui crée des liens explicites entre les thèmes précédents et le fléau contemporain de traite des êtres humains. L’Atlantic Council relate qu’un panneau explicatif, détaillant les formes modernes de servitude, déclare ainsi que « beaucoup de travailleurs de la construction dans les régions du monde en voie d'industrialisation rapide, en particulier la région du Golfe, sont considérés comme contractuellement esclaves ». Le porte-parole du musée a expliqué que les programmes viseront à la fois les Qataris, les expatriés et les touristes, et que les visiteurs pourront s'attendre à « des informations fournies par les travailleurs révélant des récits de première main de leurs expériences », ainsi que « des informations actuelles sur les défis et les changements du système de travail. »

Au cours des dernières années, le Qatar est sous le feu des critiques en raison des faibles revenus accordés aux travailleurs étrangers et du système controversé de « kafala », qui place les travailleurs à la merci de leur employeur. Les rapports des médias soulignent régulièrement les conditions de vie des milliers de travailleurs d'origine étrangère sur les chantiers de construction des stades de la coupe du monde de football de 2022.

Le musée de l'esclavage est l'un des quatre musées patrimoniaux aménagés dans des maisons historiques dans le cadre du vaste projet Msheirib Downtown de Doha, un projet de revitalisation du centre ville à 5 milliards d’euros d’après le Telegraph. Le musée de l’esclavage aménagé dans Bin Jelmood House, qui devait initialement ouvrir en décembre 2013, avait été gardé secret jusqu’à aujourd’hui et n’est pas encore ouvert au public. Une cérémonie d'inauguration VIP a été menée récemment par Cheikha Mouza bint Nasser, présidente de la Fondation du Qatar, permettant à d’éminents Qataris de découvrir les expositions terminées. L’ouverture complète devrait se faire l’année prochaine.

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Des fontaines à Doha © Photo Kangxi emperor6868 - 2009

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