Le nouveau siège de la maison de couture Fendi dans un monument dédié à la gloire du fascisme crée une polémique

Par Julie Paulais · lejournaldesarts.fr

Le 29 octobre 2015 - 628 mots

ROME (ITALIE) [29.10.15] – Après deux ans de travaux de rénovation, la maison de haute couture vient d’inaugurer son nouveau siège dans l’ancien Palazzo della Civiltà Italiana, construit en 1940 comme propagande du régime fasciste.

Le Palazzo della Civiltà Italiana, aussi connu comme le « Colisée Carré », est sans doute le projet architectural le plus emblématique réalisé pendant la dictature fasciste de Benito Mussolini. Jamais utilisé pendant soixante ans, il aurait dû se convertir en Musée national de l’audiovisuel au début des années 2000 puis en un pôle muséal accueillant le design italien, ce qui engendra 30 M€ de restauration dont près de la moitié fut à la charge du Ministère de la Culture. Le palais vient donc d’être de nouveau rénové, cette fois par la maison de haute couture italienne Fendi pour y installer son siège. Malgré les controverses suscitées par cette réutilisation d’un monument à la gloire du fascisme, l’inauguration a eu lieu le 22 octobre dernier.

D’après The Guardian, la maison de haute couture a signé un bail de quinze ans avec la municipalité de Rome, et paiera un loyer de 240 000 euros par an. Fendi a fait appel à l’architecte Marco Costanzi pour rénover ce bâtiment, une coquille vide sans eau courante ni électricité, dans lequel ont été aménagés des espaces de bureaux pour accueillir les 450 employés, l’atelier de fourrure, et un espace d’exposition au premier étage. Les travaux qui ont duré deux ans, ont permis de préserver ce patrimoine architectural majeur de la période fasciste.

Le Palazzo della Civiltà Italiana a été conçu entre 1937 et 1940 par Giovanni Guerrini, Ernesto Bruno Lapadula et Mario Romano comme manifeste de la volonté de Mussolini de fonder un nouvel Empire romain. Inspiré du Colisée, il s’agit d’un carré blanc monumental en béton armé, qui présente sur ses cinq étages une succession de neuf fausses arcades vides. Au rez-de-chaussée, chacune de ses arches est comblée par de gigantesques statues allégoriques valorisant les grandes valeurs du fascisme, tandis que sur la dalle trônent aux quatre coins des statues de figures viriles à cheval, censées interpréter le thème antique des Dioscures. Il s’agissait du bâtiment principal de l’EUR (Esposizione Universale di Roma), un nouveau complexe urbain conçu pour l'exposition internationale de 1942, mais qui compte tenu de la Seconde Guerre mondiale n’a jamais été utilisé pour cette fonction.

Interrogé par The Guardian pour répondre à la controverse sur le fait d’occuper un édifice si emblématique de ce passé sombre de l’Italie, le directeur général de Fendi, Pietro Beccari, a nié cet héritage fasciste. « Pour les Italiens et les Romains, ce bâtiment est complètement délesté, vide de toute signification liée à cette période [...] Aucune activité politique n’a eu lieu ici, on ne l'a jamais vu à travers le prisme du fascisme. [...] C’est un chef-d'œuvre de l'architecture. Pour reconstruire, cela coûterait aujourd'hui plus de 500 millions d’euros ».

Pourtant il s’agit bien d’une icône de l’architecture monumentale fasciste, et l’exposition inaugurale consacrée à l’histoire du bâtiment développe largement le fait qu’il représente l'une des périodes les plus sombres de l'Italie dans l'histoire moderne, bien que le nom de Mussolini ne soit jamais mentionné. Par ailleurs, certaines voix en Italie continuent à s’élever pour critiquer le fait que le pays ne s’est jamais confronté à son passé fasciste avec la même vigueur que l’Allemagne. Et l’installation de Fendi dans le Palazzo della Civiltà Italiana risque fort d’occulter petit à petit l’histoire du bâtiment.

Pour Pietro Beccari, cette décision d’installer le siège de Fendi dans ce monument est avant tout un symbole de l’engagement de la compagnie envers la préservation du patrimoine romain. Fendi est d’ailleurs actuellement en train de financer l’intégralité des travaux de restauration de la Fontaine de Trévi, estimés à 2,12 millions d’euros.

Légende photo

Le Palais de la civilisation du travail (Palazzo della civiltà del lavoro) ou Palais de la civilisation italienne (Palazzo della Civiltà Italiana) dans le quartier de Rome, appelé EUR (Esposizione Universale di Roma) © Photo Jean-Pierre Dalbéra - 2011 - Licence CC BY-SA 3.0 

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