Dimanche 25 octobre 2020

Le mystère des 450 squelettes de nourrissons datant de la Grèce antique enfin élucidé

Par Julie Paulais · lejournaldesarts.fr

Le 19 juin 2015 - 652 mots

ATHENES (GRECE) [19.06.15] – La découverte dans les années 1930 d’une fosse près de l’Agora contenant les squelettes de 450 nourrissons et 150 chiens entremêlés a horrifié et dérouté les archéologues pendant des décennies. Une équipe travaillant depuis vingt ans sur ce cas a finalement élucidé le mystère.

Cette histoire macabre démystifiée aujourd’hui est relatée par Newsweek et The Archaeology News Network. Dans les années 1930, les archéologues avaient commencé l'excavation de l'Agora athénienne, au centre de l'ancienne ville grecque. Ils mettent alors au jour une fosse contenant entremêlés 450 squelettes de nourrissons et 150 squelettes de chiens.

Au fil des ans, les chercheurs avancent deux hypothèses principales pour expliquer cette découverte étrange, qui ne ressemble à rien de ce qu’ils connaissent du monde antique. Certains supposent que cet ensemble de squelettes pourrait être issus d'un infanticide de masse, tandis que d’autres plaident pour une épidémie de peste dévastatrice.

Au cours des deux dernières décennies, une équipe de chercheurs a fait appel aux technologies les plus avancées pour analyser les restes humains. Ils ont conclu qu'aucune des hypothèses précédentes ne sont correctes.

Maria Liston, une anthropologue biologiste à l'Université de Waterloo (Ontario), et son équipe ont déterminé qu'il y avait 450 enfants morts dans le puits, avec 150 chiens et chiots, et le squelette d'un adulte souffrant d’une difformité physique grave. Mélangées avec les os, ils ont trouvé des tonnes de tessons de poterie. En datant cette matière, l’archéologue Susan Rotroff de l'Université Washington à St. Louis a calculé que les corps remontaient à la période comprise entre 165 et 150 avant J.-C., à la fin de la période hellénistique.

Tous les nourrissons, sauf trois, étaient âgés de moins d'une semaine au moment de la mort, explique Maria Liston, et ils semblent être morts pour la majorité de causes naturelles et non d’une pandémie. Son étude des crânes suggère qu’un tiers des bébés est mort de méningite bactérienne, une infection du cerveau et des tissus environnants souvent causée par le fait de couper le cordon ombilical avec un objet non stérile, et qui laisse des marques reconnaissables dans les os du crâne. Les autres bébés sont probablement morts de l'une des nombreuses autres maladies communes à l'époque, telles que la déshydratation due à la diarrhée, qui ne laisse pas de marques sur le squelette. Toutefois, un enfant de 18 mois montre des signes de multiples fractures sur tout le corps, probablement dues à des coups fréquents.

Les chercheurs ont avancé une explication sur le fait que ces enfants aient été jetés dans une fosse commune. Les nourrissons grecs, tout comme ceux de Rome, ne sont pas considérés comme des citoyens véritables avant une cérémonie spéciale ayant lieu d'une semaine à 10 jours après la naissance, explique Susan Rotroff. Lors de cet événement, au moment où l’on donne son nom à l’enfant, le chef de famille décide s’il s’occupera de lui ou non. Il pouvait choisir de ne pas élever le bébé pour plusieurs raisons, par exemple dans le cas d'une difformité, ou si la famille était trop grande, ou si la mère était célibataire. Parfois, un bébé non désiré était laissé dans un lieu public, dans l'espoir qu'il soit adopté. Or, si des bébés sont morts avant cette cérémonie, ils sont considérés comme non citoyens et n’ont pas le droit à une véritable inhumation.

Concernant la présence de chiens, la zooarchéologue Lynn Snyder explique qu'ils ont probablement été sacrifiés. Bien que les oiseaux et les moutons fussent les offrandes les plus courantes, les chiens étaient considérés comme particulièrement bénéfiques pour soulager la « pollution». En effet, d’après Maria Liston, l'accouchement et la mort prématurée d’un bébé étaient considérés comme une sorte de contamination, et les Athéniens ont sans doute sacrifié des chiens pour aider à « se purifier » eux-mêmes.

L’analyse de cette équipe de chercheurs sera bientôt publiée dans Hesperia, la revue scientifique de l'école américaine des études classiques à Athènes.

Légende photo

L'emplacement de l'ancienne Agora d'Athènes © Photo DerHexer - 2008 - Licence CC BY-SA 3.0

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