Samedi 7 décembre 2019

Le Louvre censure une œuvre dans le parcours de la FIAC hors-les-murs

Par Magali Lesauvage · lejournaldesarts.fr

Le 3 octobre 2017 - 503 mots

PARIS [03.10.17] - A quelques jours seulement de son installation dans les Tuileries, Domestikator, une sculpture-habitation de l'Atelier Van Lieshout a été rejetée par la direction du Louvre en raison de sa signification trop ouvertement sexuelle.

Chat échaudé craint l'eau froide... Trois ans après le scandale provoqué par l'installation, place Vendôme, de la sculpture Tree de l'artiste américain Paul McCarthy, en forme de plug anal, c'est au tour d'une sculpture-habitation du collectif néerlandais Atelier Van Lieshout (AVL) de susciter la méfiance.

Intitulée Domestikator, l'œuvre de douze mètres de hauteur, fabriquée de manière artisanale, est le détournement drolatique d'une architecture de cubes, vaguement inspirée du futurisme italien et de ses penchants pour le fascisme, et dont le profil évoque immanquablement l'acte sexuel.

Présentée à la Ruhrtriennale de Bochum depuis trois ans, avant de partir pour Amsterdam l'été prochain, elle devait être présentée, avec le soutien de la Carpenters Workshop Gallery, dans les jardins des Tuileries, dans le cadre du parcours hors-les-murs de la FIAC, qui voit chaque année des sculptures investir les majestueux espaces verts situés entre le Louvre et le Grand Palais.

Pour l'artiste néerlandais Joep Van Lieshout, fondateur en 1995 à Rotterdam de l'AVL, l'œuvre représente « une vision humoristique et provocante de la domestication des êtres humains sur le monde », et plus largement de la domination des hommes sur l'environnement. Elle s'inscrit dans une démarche plus large qui vise à dénoncer, par le biais notamment d'objets architecturaux et de design comme la Womb House (2004), appartement en forme d'utérus, les modes d'exploitation ou de coercition exercés par l'homme et la société capitaliste. Joep Van Lieshout devait y déménager son atelier et créer des œuvres en collaboration avec des artistes invités pendant toute la durée de l'exposition.

Mais le public parisien et les collectionneurs venant en nombre à Paris au moment de la FIAC ne pourront pas voir Domestikator. Dans une lettre à la FIAC datée du 26 septembre, le Musée du Louvre, en la personne de son directeur Jean-Luc Martine, a rejeté le projet, à quelques jours seulement de l'inauguration, par crainte d'être « mal reçue par le public traditionnel du jardin des Tuileries », sous tutelle du Louvre. L'installation devait débuter ce lundi, mais les sept camions contenant Domestikator resteront à Rotterdam – le soutien de la Ville de Paris, qui a essayé de trouver un nouvel emplacement à l'habitacle, aura été en vain.

Cette frilosité peut sembler étonnante tant l'histoire de l'art, et le Louvre en particulier, sont truffés de scènes de sexe – dont certaines autrement plus violentes et moins suggestives. Interrogé par Le Journal des Arts, Joep Van Lieshout, s'est dit « étonné et triste de voir la peur se développer dans les musées, qui devraient être là pour montrer et expliquer ». « Je présente toujours les trois faces de la médaille : le bon, le mauvais, et l'horrible, poursuit-il. Je ne juge jamais, je laisse cela au regardeur. Mais j'espère que l'œuvre déclenche quelque chose ». Le public n'aura pas l'occasion d'en faire l'expérience.

Légende photo

Atelier Van Lieshout, Domestikator - Photo Atelier Van Lieshout - www.ateliervanlieshout.com

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