Le futur ex-patron du conseil international des musées défend son bilan

Par David Robert (Correspondant à Rio de Janeiro) · lejournaldesarts.fr

Le 8 juillet 2016 - 669 mots

MILAN (ITALIE) [08.07.16] - Président du Conseil International des musées depuis 2010, l’allemand Hans-Martin Hinz va passer la main à l’issue de la conférence générale qui se termine samedi. Il revendique une plus grande stabilité de l’organisation.

Vous avez passé douze ans dans le comité exécutif, dont six comme président. Comment les musées ont-ils changé durant cette décennie ?
Le musée ne se définit plus seulement parce ce qui se passe entre ses quatre murs. C’était la leçon de la conférence de Rio sur le progrès social, et c’est le sens de l’idée de « paysage culturel » que porte la conférence de Milan. L’Icom est moteur de cette idée, qui replace le musée au cœur de sa société. Regardez, partout, l’extrême droite se développe et les questions d’identité reviennent. Les musées aident à y répondre intelligemment.

Comment l’Icom a-t-il accompagné ce changement, dans sa structure ?
Nous sommes beaucoup plus stables qu’avant. 80 % de notre budget vient des adhésions. Avant, nous augmentions les cotisations mécaniquement tous les deux ans, plus maintenant. C’est un bon signal pour les membres les moins aisés et une preuve de stabilité. Ensuite, l’Icom a grandi et est plus international. Notre politique de prix, notamment à destination de la catégorie 4* (15€ par an), a permis de nouvelles adhésions, en Afrique par exemple. Au total, 8000 nouveaux membres nous ont rejoints en 6 ans ( 30%) ! Nous agissons désormais vraiment à l’échelle globale (120 pays

Pourtant, 80 % de vos membres restent européens ?

D’abord, rappelons qu’il y a beaucoup plus de musées en Europe que dans le reste du monde, la proportion est aussi un reflet de la réalité. Mais les 20 % de non-européens pèsent aujourd’hui 7000 membres. Par ailleurs, nous avons entamé un travail de lobbying auprès de nombreux gouvernements aux côtés des membres locaux : en comprenant tout l’intérêt politique, éducatif et économique de voir leurs musées profiter de l’expertise de l’Icom, les dirigeants financent les adhésions de leurs musées à l’Icom. A ce titre, ce que fait la Zambie est exemplaire : leur programme « collections create connexions » instaure sur place une culture du musée et de la sauvegarde du patrimoine, qui est un facteur de paix et de développement économique.

L’évaluation de votre action « listes rouges » est difficile.
En effet, même s’il existe des critères concrets : le nombre d’appels reçus à propos d’objets présents sur les listes, émanant de particuliers, de galeries, de musées. Ensuite, il y a le nombre d’objets saisis par les organisations de douane ou de police avec lesquelles nous travaillons. C’est un travail de fourmi qui porte ses fruits. 13 objets de la liste irakienne ont été restitués quand on a pu prouver qu’ils avaient quitté l’Irak illégalement.

Quel sera le grand chantier de votre successeur ?
La coopération. La recommandation adoptée par l’Unesco en novembre dernier est un pas important dans notre rapport aux organisations internationales. La coordination avec le Bouclier bleu, pour la lutte contre le trafic illicite de biens culturels, devient une priorité. De manière générale, les chantiers de protection du patrimoine en danger ont pris une autre dimension, mais doivent encore se développer. Il y a aussi un travail de fond que notre globalisation rend plus urgent : la traduction des outils (et en premier lieu notre code de déontologie) dans toutes les langues de la communauté.

Comme vous précédemment, les candidates à votre succession n’ont pas développé de programme ou de feuille de route précise. Pourquoi ?
Regardez les listes rouges : l’Icom se doit d’abord de réagir à l’actualité, de prendre constamment le pouls de sa communauté. L’icom est une organisation professionnelle, non politique. Notre travail de fond, au quotidien, ne doit pas être délaissé au profit d’un agenda différent.

Les listes rouges ont davantage fait connaître l’Icom récemment, mais sa notoriété reste faible, en comparaison de l’Unesco par exemple. Cela doit-il changer ?
Notre notoriété grand public n’est pas un enjeu. Les professionnels des musées et de la politique culturelle nous identifient davantage aujourd’hui, et c’est le plus important.

Légende photo

Dr Hans-Martin Hinz - © Photo Biswarup Ganguly - 2014 - Photo sous Licence Domaine public CC0 1.0 

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