Le fonds mondial pour le patrimoine en danger sera dirigé par l’homme d’affaires Thomas Kaplan

Par Vincent Noce · lejournaldesarts.fr

Le 21 mars 2017 - 643 mots

PARIS [21.03.17] - 75 millions de dollars ont déjà été promis pour le nouveau fonds mondial lancé par la France et les Emirats arabes unis, dont la présidence reviendrait à Thomas Kaplan. Vendredi, la France déposera au Conseil de sécurité une résolution affirmant les principes de la protection du patrimoine dans les guerres.

François Hollande a lancé lundi 20 mars au Louvre avec le vice-premier ministre des Émirats arabes unis, Cheikh Saif Bin Zayed Al Nahyan, le fonds mondial pour sauvegarder les biens culturels dans les pays en guerre, dont la constitution avait été annoncée lors d’une conférence internationale sous l’égide du G7 en décembre dernier à Abou Dhabi.

Les statuts de ce fonds baptisé « Alliance pour la protection du patrimoine dans les zones en conflit » (ALIPH, selon son acronyme anglais, ce qui évoque la première lettre de l’alphabet arabe- et hébreu) ont été déposés le 3 mars à Genève sous le droit suisse.

Les premiers membres du conseil d’administration, outre Jack Lang et Mohamed al-Moubarak, équivalent du ministre du Tourisme et de la Culture d’Abou Dhabi, sont le milliardaire américain et collectionneur Thomas Kaplan, qui en deviendrait le président; Mariët Westermann, une historienne de l’art qui représente la Fondation Mellon ; Richard Kurin, un anthropologue présidant aux destinées de la plupart des musées nationaux américains sous l’égide du Smithsonian Institute ; Markus Higert, directeur du département du Proche et Moyen Orient au Pergamon Museum de Berlin ; Jean-Luc Martinez, le président du Louvre, et un représentant de l’UNESCO. Le conseil, qui ne compte pas de Britannique en son sein pour le moment, devrait être élargi à quatorze membres.

Plus de 75 millions de dollars d’engagements fermes ont déjà été enregistrés, alors que François Hollande avait fixé l’objectif à une centaine de millions en l’espace de deux à trois ans. La France va débloquer quinze millions dès avril, promettant la même somme pour l’année prochaine. Outre les Emirats, qui se sont aussi engagés pour 15 millions, l'Arabie saoudite engagera vingt millions, le Koweït cinq, le Maroc trois. La Chine n’a pas encore fixé sa contribution. Les Américains sont naturellement absents et les Européens en retrait. L’Italie a promis trois millions, l’Allemagne a mis son infrastructure à disposition, tout comme la Suisse qui va installer la fondation à Genève pour un montant évalué à huit millions. Le Royaume-Uni a rappelé qu’il avait déjà lancé son propre fonds, à hauteur de 32 millions de dollars.

Les responsables français comptaient bien sur des financements privés, insistant sur l’importance de la présence de philanthropes américains comme Thomas Kaplan (qui donne un million de dollars) , le World Monuments Fund ou la Fondation Mellon à un fonds conçu comme un partenariat public-privé à l’image du fonds mondial de lutte contre le SIDA.

François Hollande a souligné que cette annonce se tenait exactement deux ans après sa venue au Louvre pour protester contre les destructions du Musée de Mossoul et de la cité antique de Nimroud. Le même jour, une attaque avait été lancée contre le Musée du Bardo à Tunis. Le président avait alors demandé à Jean-Luc Martinez un rapport sur les moyens de lutter contre cette barbarie, lequel avait émis l’idée d’un fonds mondial parmi ses cinquante propositions.

Vendredi prochain, la France va aussi proposer au Conseil de sécurité de l’ONU une résolution préparée avec l’Italie, actuellement présidente du G7, visant à protéger le patrimoine culturel dans toutes les guerres. Si le conseil de sécurité a déjà adopté des résolutions de ce genre pour l’Irak ou la Syrie, c’est la première fois qu’il s’apprête à adopter une telle proclamation à valeur universelle pour la défense de la culture et de l’histoire des peuples. Parallèlement, les 29 et 30 mars, l’Italie va réunir un « G7 culturel » à Florence dans lequel seront abordés ces questions, ainsi que son initiative en faveur de la formation d’un corps international d’urgence du patrimoine.

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Thomas Kaplan © Photo : Philippe Quaisse / The Leiden Collection

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