Mercredi 11 décembre 2019

Le faussaire Wolfgang Beltracchi avoue avoir imité environ cinquante peintres

Par Suzanne Lemardelé · lejournaldesarts.fr

Le 13 mars 2012 - 535 mots

COLOGNE (ALLEMAGNE) [13.03.12] – Dans une interview fleuve accordée au « Spiegel », Wolfgang Beltracchi et sa femme reviennent sur leur activité de faussaires et sur les étapes de leur arrestation. Le peintre avoue avoir imité une cinquantaine d’artistes au cours de sa carrière, stoppée selon lui « à cause d’une malheureuse erreur d’étiquetage ». PAR SUZANNE LEMARDELÉ

Wolfgang Beltracchi est un prisonnier très occupé. Condamné à six ans de détention en octobre dernier, le faussaire allemand rédige actuellement un livre sur sa vie, travaille sur un film documentaire et a récemment lancé un site internet avec un ami photographe, afin de vendre des œuvres - à son nom cette fois. Dans une interview de dix pages accordée au Spiegel, il revient avec sa femme sur leur activité et leur arrestation, jugeant sa condamnation « dure » mais « justifiée » et ajoutant qu’elle est « d’une certaine manière, également un soulagement ». « Maintenant je peux faire publiquement toutes les choses que j’ai toujours faites : écrire, filmer, sculpter, peindre mes propres sujets… », explique-t-il. Une activité légale, « pour la première fois de ma vie », rendue possible grâce au régime de semi-liberté dont les deux époux bénéficient.

Jugé pour seize fausses toiles, condamné légèrement en échange d’aveux rapides, Wolfgang Beltracchi ne dévoile bien sûr pas aux journalistes allemands combien de faux il a réellement mis sur le marché. « Mon avocat crierait », s’amuse-t-il. Il avoue cependant avoir imité « environ cinquante peintres » dans sa vie. Des maîtres anciens d’abord, « mais c’était trop de travail », puis des peintres modernes, « du Jugendstil et des expressionnistes ». « Ça partait bien sur le marché, j’aurais pu en vendre 1 000 ou 2 000 », crâne-t-il.

Leur procès a apporté aux époux Beltracchi la célébrité, mais également de lourdes dettes : « 6,5 millions d’euros, je crois. Ou même 8 », hésite le faussaire. Une somme qu’ils devront rembourser en partie grâce à la vente de leurs maisons en France et en Allemagne. Mais le couple s’étend peu sur le matériel, les gains comme les pertes. Leur enrichissement personnel, leur connaissance pointue des rouages du marché de l’art et des prix, tout l’aspect business de leur entreprise est soigneusement minimisé. Beltracchi préfère raconter les anecdotes, toujours à son avantage, comme lorsque Dorothea Tanning, la veuve de Max Ernst, avait jugé l’un de ses faux comme « le plus beau Max Ernst qu’elle ait jamais vu ». Il décrit également avec plaisir la réalisation des fausses photos anciennes qui servirent à justifier l’existence de la fictive collection Jägers : des photocopies d’œuvres, accrochées à un mur et prises en photo avec du vieux matériel acheté au marché aux puces. « Le plus compliqué, c’était de trouver le papier », s’amuse-t-il.

Leur petit commerce s’effondre en 2006, quand une expertise révèle qu’un tableau, attribué à Campendonk et vendu pour 2,9 millions d’euros à la société Trasteco, contient du blanc de titane, un pigment qui n’était pas employé à l’époque du peintre. Pourquoi cette erreur ? « J’avais toujours employé du blanc de zinc, très courant à l’époque de Campendonk », explique Beltracchi. « Et en règle générale, je faisais toujours mes mélanges moi-même. Mais il me manquait des pigments, alors j’ai utilisé du blanc de zinc en tube, sur lequel il n’était pas indiqué qu’il contenait également un peu de blanc de titane. On m’a découvert uniquement à cause d’un tube mal étiqueté », conclut-il.

Légende photo :

Ce faux présenté comme peint par Heinrich Campendonk en 1914 sous le titre Rouge avec chevaux, est la toile qui a entraîné la perte des Beltracchi : vendue par Lempertz en 2006 pour 2,9 millions d'euros, une analyse physico-chimique a ensuite révélé dans sa composition l'utilisation d'un pigment inexistant en 1914...

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